Condamné pour violences, Richard Ravalomanana soulage familles et jeunes Malgaches
Océanie

Condamné pour violences, Richard Ravalomanana soulage familles et jeunes Malgaches

Des familles et des jeunes Malgaches saluent un verdict judiciaire historique, tout en réclamant une justice plus complète.

À Madagascar, la jeunesse et les familles des victimes accueillent avec soulagement la condamnation de Richard Ravalomanana

Pour les jeunes Malgaches qui avaient bravé les rues en 2025, la décision du tribunal n’est pas une abstraction juridique. C’est une réponse, longtemps attendue, à des images que beaucoup n’ont pas oubliées : un jeune homme inerte traîné au sol par des forces de l’ordre, des mères et leurs bébés suffoquant sous les gaz lacrymogènes, des étudiants passés à tabac. Ces scènes de répression avaient circulé en boucle sur les réseaux sociaux, bouleversant la population malgache.

Le 1er septembre 2026, Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat et proche du président déchu Andry Rajoelina, a été condamné à dix ans de travaux forcés. La justice reconnaît ainsi son implication dans la répression des manifestations de septembre et octobre 2025, mobilisation historique conduite en grande partie par la jeunesse malgache, au cours de laquelle vingt-deux personnes avaient été tuées et une centaine d’autres blessées, selon les chiffres de l’ONU.

Zo Ramanampisoa, membre actif de la Gen Z à Madagascar, exprime un soulagement mêlé d’une signification profonde. “Nous attendions depuis longtemps que justice soit rendue pour les violences et les actes de barbarie commis par les forces de sécurité lors des manifestations”, dit-il. “Cette décision est d’autant plus significative que, contrairement à d’autres détentions arbitraires du régime actuel, la procédure semble avoir été respectée. Même son avocat a confirmé la validité du jugement. Qu’un tel personnage, symbole du mépris de l’État de droit, soit aujourd’hui sanctionné par ce même État de droit, est pour nous un signal très fort.”

Parmi ceux qui accompagnent les victimes depuis le début, maître Maromanana Aliarivelo a défendu bénévolement des jeunes arrêtés lors des événements de l’année précédente. Pour cet avocat, la décision rendue témoigne d’une justice malgache qui commence à oser. “Tout le monde sait maintenant qu’une justice malgache ose prendre les décisions contre d’anciens dirigeants, en se basant sur des preuves et dans le respect des droits de la défense”, observe-t-il.

Il ajoute cependant que le travail est loin d’être terminé. “Ceux qui exécutaient les ordres n’ont pas été retrouvés jusqu’à maintenant pour la plupart, alors qu’on dispose de preuves vidéo. On ne sait pas s’ils ont quitté le pays ou s’ils se cachent. C’est ce que regrettent les jeunes.” Pour maître Aliarivelo, il ne s’agit pas d’un règlement de comptes, mais d’un processus nécessaire pour apaiser les victimes et leurs familles.

Cette attente s’inscrit dans un contexte plus large où l’impunité demeure une blessure ouverte. Andry Rajoelina, président de Madagascar de 2019 à 2025, avait fui le pays en octobre dernier après plusieurs semaines de contestations sociales nourries notamment par la colère face aux délestages et aux coupures d’eau. Le ralliement de militaires au mouvement avait conduit à la prise de pouvoir du colonel Michaël Randrianirina, devenu le nouvel homme fort de l’île. Depuis, Rajoelina, exilé, échappe à toute procédure judiciaire. L’Assemblée nationale n’a pas voté sa mise en accusation, étape pourtant indispensable avant toute saisine de la Haute cour de justice, seule instance habilitée à juger un chef d’État.

Pour les jeunes mobilisés et pour les familles endeuillées, la condamnation de Richard Ravalomanana constitue un premier pas, salué précisément parce qu’il repose sur des preuves et sur le respect des droits de la défense. Un premier pas. Tant que ceux qui ont exécuté les ordres restent introuvables, et tant qu’aucune procédure n’atteint les plus hauts responsables, la question qui hante les familles reste entière : jusqu’où la justice malgache osera-t-elle aller ?

Questions-réponses

Pourquoi la condamnation de Richard Ravalomanana est-elle accueillie avec soulagement par les jeunes et les familles malgaches ?

Parce qu'elle représente une réponse judiciaire aux violences de la répression de 2025, au cours de laquelle vingt-deux personnes avaient été tuées et une centaine blessées. Les jeunes et les familles des victimes attendaient depuis longtemps que justice soit rendue pour ces actes.

Quelle peine a été prononcée contre Richard Ravalomanana, et quand ?

Le 1er septembre 2026, Richard Ravalomanana a été condamné à dix ans de travaux forcés pour son implication dans la répression des manifestations de septembre et octobre 2025.

Quelles limites les proches des victimes identifient-ils dans ce verdict ?

Maître Maromanana Aliarivelo souligne que la plupart des exécutants des ordres n'ont pas été retrouvés, malgré l'existence de preuves vidéo. Par ailleurs, Andry Rajoelina, exilé, échappe à toute procédure judiciaire, l'Assemblée nationale n'ayant pas voté sa mise en accusation.

Quel contexte politique a conduit à la chute d'Andry Rajoelina et à l'arrivée au pouvoir du colonel Michaël Randrianirina ?

Andry Rajoelina a fui Madagascar en octobre 2025 après plusieurs semaines de contestations sociales alimentées par la colère face aux délestages et aux coupures d'eau. Le ralliement de militaires au mouvement a conduit à la prise de pouvoir du colonel Michaël Randrianirina.