Des milliers de Réunionnais privés d'internet : un nouveau câble sous-marin vers l'Afrique
Comment une panne d'août 2023 a poussé La Réunion à construire sa propre route numérique vers l'Afrique.
En août 2023, des milliers de Réunionnais ont ressenti quelque chose d’inhabituel : leurs pages mettaient du temps à charger, leurs vidéos se figeaient, leurs échanges numériques ralentissaient sans explication apparente. La cause était technique, mais les conséquences, elles, étaient bien concrètes. Le câble SAT3 avait subi une coupure au moment même où LION 2 se trouvait en maintenance simultanée. Pour les habitants de l’île, cette superposition de pannes a transformé une infrastructure invisible en réalité quotidienne pesante.
C’est depuis ce souvenir que la Région Réunion a présenté, le 2 septembre 2026, le projet “Réunion New Indian Ocean Network”, baptisé RéuNION. L’idée est simple : ne plus jamais se retrouver dans une situation où la rupture d’un seul câble prive les Réunionnais d’un accès numérique fiable.
Le câble reliera Saint-Paul, à La Réunion, à Durban, en Afrique du Sud. Il s’ajoutera aux trois liaisons sous-marines existantes, METISS, LION et SAFE, non pas parce que les capacités actuelles sont insuffisantes, mais parce qu’une route supplémentaire garantit la continuité en cas d’incident sur l’une des lignes déjà en place. “En dupliquant ou en multipliant les infrastructures, on dispose de plusieurs routes pour faire transiter les données en cas de coupure sur un des câbles”, explique la Région Réunion. L’anticipation joue aussi un rôle : le câble SAFE approche de sa fin de vie, prévue à partir de 2027, et RéuNION doit être prêt à prendre le relais.
Au-delà de la simple redondance, le projet vise à réduire la latence ressentie par les utilisateurs, grâce à un câble de nouvelle génération équipé de 16 paires de fibres, chacune d’une capacité de 20 Tbps. La Réunion est aujourd’hui le deuxième territoire le plus fibré de France, avec un taux de couverture de 98%, rappelle Normane Omarjee, vice-président du conseil régional, délégué au désenclavement aérien, maritime et numérique.
Omarjee inscrit le projet dans une ambition plus large que la seule fiabilité technique. “Ce câble sous-marin va relier Saint-Paul à Durban, donc La Réunion vers l’Afrique du Sud, avec pour objectif très clair d’assumer une forme de souveraineté numérique du territoire. On n’ignore pas le contexte géopolitique”, précise-t-il. La composition du consortium, “100% français” selon l’élu, a d’ailleurs constitué un argument décisif pour l’acceptation du dossier par la Commission européenne.
Le coût total du projet s’élève à 88,3 millions d’euros. L’Union européenne y contribue à hauteur de 50 millions d’euros, via le fonds FEDER, pour 30 millions d’euros, et le mécanisme CEF, Connecting Europe Facility, pour 20 millions d’euros. L’État apportera 6,5 millions d’euros au sein de La Réunion Connectée, la régie de la Région Réunion. Le reste, soit 36,6 millions d’euros, sera pris en charge par un consortium d’opérateurs privés : La Réunion Connectée pour 23,6 millions d’euros, Orange pour 7,3 millions d’euros, Réunicable pour 6,1 millions d’euros et Telco OI pour 6,1 millions d’euros.
Le calendrier est serré. Les règles d’éligibilité des fonds européens imposent une réalisation en trois ans au maximum. Des études marines débuteront dès cette année. La fabrication du câble, sa pose et la construction des stations d’atterrissement sont prévues pour 2027 et 2028, avec une mise en service attendue dans la foulée, en 2028.
Une deuxième phase est déjà envisagée au-delà de ce premier tronçon. Elle consisterait en un câble reliant La Réunion à Singapour, hub international, offrant ainsi aux Réunionnais un accès numérique via un point de sortie situé hors de la zone africaine. Pour les familles et les habitants de l’île, ce serait une garantie supplémentaire que leur connexion au reste du monde reste stable, quelles que soient les circonstances. La vraie question qui se pose désormais est de savoir si la cadence imposée par les financements européens laissera suffisamment de temps pour que tout soit en place avant que le câble SAFE ne rende l’âme.
Questions-réponses
Pourquoi les Réunionnais ont-ils subi des perturbations internet en août 2023 ?
Le câble SAT3 a subi une coupure au moment même où LION 2 se trouvait en maintenance simultanée, privant les habitants d'un accès numérique fiable et ralentissant leurs usages quotidiens.
Quel est l'objectif concret du projet RéuNION pour les habitants de l'île ?
Garantir la continuité de la connexion internet des Réunionnais en ajoutant une route sous-marine supplémentaire entre Saint-Paul et Durban, en complément des câbles METISS, LION et SAFE déjà existants.
Qui finance le projet et à quelle hauteur ?
Le coût total est de 88,3 millions d'euros : l'Union européenne apporte 50 millions d'euros via le FEDER et le mécanisme CEF, l'État 6,5 millions d'euros, et un consortium privé composé de La Réunion Connectée, Orange, Réunicable et Telco OI couvre les 36,6 millions restants.
Quand les Réunionnais pourront-ils bénéficier du nouveau câble ?
La mise en service est prévue en 2028, après des études marines dès cette année et la fabrication, la pose du câble ainsi que la construction des stations d'atterrissement en 2027 et 2028.