Politique & Gouvernance

Chagos : le silence de Londres au Parlement ravive les craintes de Maurice

Les incertitudes politiques à Londres fragilisent les espoirs mauriciens sur la souveraineté de l'archipel.

Chagos : l’instabilité de Starmer soulève des inquiétudes à Port-Louis

Pas un mot sur les Chagos. Mercredi, lors du State Opening of Parliament, le roi Charles III a présenté devant la Chambre des Lords et les membres de la Chambre des communes les priorités législatives du gouvernement britannique pour l’année à venir. L’archipel n’a reçu aucune mention, une absence qui a alimenté les interrogations de ceux qui suivent ce dossier sensible depuis Port-Louis.

Le King’s Speech est rédigé par le gouvernement britannique lui-même, et non par le souverain. Il reflète donc fidèlement les choix politiques de l’exécutif dirigé par Keir Starmer. Pour certains observateurs, l’omission totale de toute référence aux Chagos témoigne d’une volonté délibérée d’écarter un sujet devenu politiquement épineux au Royaume-Uni, après les critiques formulées par des élus conservateurs et d’anciens militaires britanniques fermement opposés à une rétrocession de l’archipel à Maurice.

Ce silence s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation du Premier ministre britannique. Keir Starmer fait face à une contestation croissante au sein même du Parti travailliste, et son avenir à Downing Street est de plus en plus incertain. Ces turbulences internes nourrissent les spéculations sur un éventuel changement de leadership, une perspective que les cercles gouvernementaux mauriciens observent avec une inquiétude grandissante.

Une source proche du dossier au Parlement mauricien ne mâche pas ses mots. Un départ de Keir Starmer, selon elle, “compliquera définitivement les choses pour l’aboutissement du deal Chagos”. Elle poursuit : “Cela peut amener une autre dynamique dans la finalisation. Ce sera compromis jusqu’à un certain niveau. Mais si c’est un Labour qui reprend le poste, il devrait y avoir une constance dans la politique des travaillistes au pouvoir. Par contre, si l’on va vers des élections anticipées, et que les travaillistes britanniques mordent la poussière, on ne peut que redouter le pire.” La source conclut avec prudence : “On ne peut qu’observer. On doit rester vigilant.”

Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères, partage cette lecture du dossier. Un remplacement de Starmer entraînerait inévitablement un nouveau retard dans le processus. “Si Keir Starmer part, évidemment cela va retarder les choses. Il est connu comme étant très favorable à ce dossier, mais les conseils qu’il a eus, et la façon dont il a procédé ont fait qu’il n’a pas pu faire aboutir les choses comme il le fallait”, explique-t-il. Il nuance néanmoins son analyse en ajoutant que, dans l’hypothèse d’un successeur travailliste, “le gouvernement travailliste est plutôt favorable à la décolonisation”, ce qui laisserait une marge d’espoir pour la continuation des négociations.

Le texte législatif indispensable à la rétrocession de l’archipel est bloqué au Parlement britannique depuis le mois de février, alors même qu’il avait atteint un stade avancé de finalisation. Ce blocage est attribué aux pressions exercées par le président américain Donald Trump sur les Britanniques, une contrainte extérieure qui a paralysé le processus malgré la volonté affichée de Keir Starmer d’aller au bout de l’accord.

À Port-Louis, l’optimisme reste officiellement de mise dans les cercles gouvernementaux. Mais une appréhension réelle s’est installée face à l’accumulation des incertitudes côté britannique. Le dossier des Chagos, qui engage la souveraineté de Maurice sur un archipel stratégique de l’océan Indien, se retrouve tributaire de dynamiques politiques londoniennes sur lesquelles les autorités mauriciennes n’ont aucune prise directe. La question qui se pose désormais à Port-Louis est celle-ci : si les travaillistes britanniques perdaient le pouvoir avant toute ratification, qui, à Westminster, porterait encore ce dossier ?

Questions-réponses

Pourquoi l'absence des Chagos dans le King's Speech a-t-elle suscité des inquiétudes ?

Le King's Speech reflète les priorités législatives du gouvernement britannique. L'omission totale de toute référence aux Chagos est perçue comme une volonté délibérée d'écarter un sujet politiquement épineux, après les critiques d'élus conservateurs et d'anciens militaires britanniques opposés à la rétrocession.

Quel est l'état actuel du texte législatif sur la rétrocession des Chagos ?

Le texte législatif indispensable à la rétrocession est bloqué au Parlement britannique depuis le mois de février, malgré un stade avancé de finalisation. Ce blocage est attribué aux pressions exercées par le président américain Donald Trump sur les Britanniques.

Que redoute une source proche du dossier au Parlement mauricien en cas de départ de Starmer ?

La source estime qu'un départ de Keir Starmer compliquerait définitivement l'aboutissement de l'accord sur les Chagos. Elle précise que si des élections anticipées conduisaient à une défaite des travaillistes britanniques, il faudrait redouter le pire pour la finalisation du dossier.

Quelle lecture Vijay Makhan fait-il d'un éventuel changement de leadership à Londres ?

Vijay Makhan estime qu'un départ de Starmer retarderait inévitablement le processus. Il nuance toutefois en soulignant que le Parti travailliste est globalement favorable à la décolonisation, ce qui laisserait une marge d'espoir si un successeur travailliste prenait la tête du gouvernement.