Carburant sans plafond : les chauffeurs de taxi malgaches redoutent le pire pour leur surv
Océanie

Carburant sans plafond : les chauffeurs de taxi malgaches redoutent le pire pour leur surv

À Antananarivo, des milliers de chauffeurs craignent de ne plus joindre les deux bouts.

Joseph n’a pas attendu le décret pour mesurer ce qui l’attend. Chauffeur de taxi à Antananarivo, il résume d’une phrase la réalité de son quotidien : « Nous, les taxis, nous constatons déjà une baisse significative de nos clients. Donc, nous sommes préoccupés. La hausse du prix du carburant sera un manque à gagner pour moi, car je dois payer la location de cette voiture. Ce ne sera pas tenable si le prix du carburant augmente. » Derrière cette inquiétude personnelle se dessine une angoisse collective qui traverse toute une profession.

Le 2 juillet 2026, le Conseil des ministres a rétabli le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants, mettant fin à trois mois de gel tarifaire à la pompe. Instauré en avril en réponse aux tensions internationales sur les marchés de l’énergie, l’état d’urgence énergétique appartient désormais au passé. Concrètement, les prix ne sont plus plafonnés et pourront varier chaque mois dans une limite de 200 ariary par litre, soit environ quatre centimes d’euros, à la hausse comme à la baisse, selon les cours mondiaux. La mesure pourrait s’appliquer dès la fin de cette semaine, selon des informations rapportées par la correspondante de RFI à Antananarivo, Aurélie Kouman.

Additional reference context is available at https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260703-%C3%A0-madagascar-l-inqui%C3%A9tude-de-taxis-face-%C3%A0-la-fin-annonc%C3%A9e-du-plafonnement-des-prix-%C3%A0-la-pompe.

Dans la capitale malgache, plus de 7 000 taxis pourraient être directement touchés. Pour les chauffeurs de taxi-be, ces minibus privés gérés par des coopératives, la menace est d’autant plus concrète qu’elle ne s’arrêtera pas à leur porte. Elle se répercutera sur les usagers.

Andry, l’un de ces chauffeurs, ne mâche pas ses mots. « S’il y a hausse du prix du carburant, c’est intenable, dit-il. La coopérative va augmenter les frais de transport, car les dépenses ne vont plus couvrir les frais. Cela dépendra de la hausse, de la différence entre le prix actuel et le nouveau prix. La situation actuelle est à peine tenable, mais on n’a pas d’autres recours. »

Ces mots disent ce que les chiffres seuls ne rendent pas : pour des travailleurs qui ne possèdent pas leur véhicule et doivent en payer la location chaque jour, chaque ariary supplémentaire au litre réduit directement la marge entre viabilité et perte sèche. Pas de coussin, pas de recours. Juste le compteur qui tourne.

La décision du gouvernement intervient dans un contexte politiquement tendu. Madagascar vient de traverser plusieurs vagues de contestation sociale alimentées par le coût de la vie, et la suspension en juin d’une taxe sur les véhicules à moteur avait déjà mobilisé la rue avant d’être abandonnée face à la pression populaire. Ce précédent pèse, même si le gouvernement n’y fait pas explicitement référence.

Le décret d’application précisant les nouvelles modalités tarifaires est attendu dans les prochains jours. En rétablissant le mécanisme automatique, les autorités cherchent à aligner les prix locaux sur les fluctuations des marchés mondiaux, tout en maintenant un plafond de variation mensuelle censé éviter les chocs trop brutaux. Ce garde-fou, cependant, ne convainc pas ceux qui vivent au plus près de la pompe.

Pour Joseph, pour Andry et pour des milliers de chauffeurs qui sillonnent quotidiennement Antananarivo, 200 ariary par litre reste une abstraction administrative. Ce qui compte, c’est la somme qu’ils remettront chaque soir au propriétaire du véhicule, et ce qu’il restera ensuite. L’équilibre que tente de tenir le gouvernement entre ses finances publiques et le pouvoir d’achat de ses citoyens se joue désormais, très concrètement, au compteur de chaque station-service de la capitale. La vraie question, celle que ni le décret ni ses plafonds ne tranchent encore, est de savoir jusqu’où les marchés mondiaux pousseront ce curseur dans les semaines à venir.

Questions-réponses

Qui sont les chauffeurs qui témoignent dans cet article et quelle est leur situation ?

Joseph est chauffeur de taxi à Antananarivo ; il loue son véhicule et constate déjà une baisse de clientèle. Andry est chauffeur de taxi-be, ces minibus privés gérés par des coopératives ; il juge la situation actuelle à peine tenable et redoute une hausse des frais imposée par sa coopérative.

Quelle décision a pris le gouvernement malgache le 2 juillet 2026 ?

Le Conseil des ministres a rétabli le mécanisme d'ajustement automatique des prix des carburants, mettant fin à trois mois de gel tarifaire instauré en avril 2026. Les prix pourront désormais varier chaque mois dans une limite de 200 ariary par litre selon les cours mondiaux.

Combien de taxis pourraient être touchés à Antananarivo, et pourquoi la situation est-elle particulièrement précaire pour ces travailleurs ?

Plus de 7 000 taxis pourraient être directement affectés. La précarité est accentuée par le fait que beaucoup de chauffeurs ne possèdent pas leur véhicule et doivent en payer la location quotidiennement, ce qui laisse une marge très étroite entre viabilité et perte sèche.

Quel précédent social pèse sur cette décision gouvernementale ?

En juin, une taxe sur les véhicules à moteur avait mobilisé la population et avait finalement été abandonnée face à la pression populaire. Ce précédent s'inscrit dans un contexte de plusieurs vagues de contestation sociale liées au coût de la vie à Madagascar.