Quarante agriculteurs réunionnais certifiés : comment l'entraide et l'Europe ont transform
Océanie

Quarante agriculteurs réunionnais certifiés : comment l'entraide et l'Europe ont transform

Des producteurs réunionnais transforment leurs pratiques grâce à un soutien technique et des financements partagés.

À La Réunion, des agriculteurs mieux armés face au marché grâce à l’Europe et à leurs pairs

Il y a trois ans, à peine deux producteurs membres de l’association Anafruit détenaient une certification environnementale. Ils sont aujourd’hui une quarantaine. Anderson Payet, responsable technique et administratif de l’organisation depuis dix ans, sait exactement ce qui a changé : l’arrivée de deux techniciens dans les exploitations. Des pratiques qui évoluent, des choix de cultures mieux calibrés, des revenus un peu moins soumis aux caprices du marché.

Anafruit regroupe 113 producteurs réunionnais cultivant des ananas, des letchis, des fruits de la passion, des goyaves, des bananes et bien d’autres variétés encore. Certains ont aussi développé une activité maraîchère. Leur point commun : ils livrent leurs récoltes sur une plateforme de collecte commune, d’où les fruits partent vers des détaillants, des transformateurs ou des collectivités, ou bien sont conditionnés et expédiés par avion vers la France métropolitaine, parfois jusqu’au marché de Rungis. Anafruit est l’une des neuf organisations de producteurs actives sur l’île.

La mission de l’association, Anderson Payet la formule sans détour : “Permettre aux agriculteurs de mieux gagner leur vie.” Simple à énoncer. Difficile à tenir au quotidien. L’un des problèmes les plus récurrents est l’inadéquation entre l’offre et la demande. “Certains producteurs indépendants pensent faire le choix de la bonne variété, mais il peut s’avérer contre-productif lorsque la récolte dépasse le niveau de la demande”, observe-t-il. Les prix s’effondrent, les marges rétrécissent, et des mois de travail se traduisent par des bénéfices décevants.

C’est pour répondre à ces réalités concrètes qu’Anafruit a intensifié son accompagnement en 2024, en réponse à un appel à projet. Deux techniciens se rendent désormais chaque mois dans les exploitations pour conseiller les producteurs sur les variétés à privilégier, les périodes de plantation adaptées et les techniques agricoles les mieux accordées aux exigences du marché. Ils travaillent également à diffuser les certifications environnementales et à encourager certains agriculteurs à franchir le pas vers l’agriculture biologique. C’est ce soutien de terrain qui explique en grande partie le bond spectaculaire du nombre de producteurs certifiés en trois ans.

Ce dispositif repose sur un financement partagé : 80 % proviennent de l’Union européenne via le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), et 20 % du Conseil départemental. Le coût total du projet s’élève à 223 000 euros pour la période 2024-2027. Le FEADER dispose d’une enveloppe de 1,94 milliard d’euros allouée à la France pour la période 2021-2027 et constitue le deuxième pilier de la Politique agricole commune (PAC), dont les objectifs incluent l’amélioration de la compétitivité agricole, la gestion durable des ressources naturelles, la lutte contre le changement climatique et un développement territorial équilibré des communautés rurales.

Anderson Payet reconnaît que cet accompagnement existait avant 2024, mais avec des moyens bien moindres et un impact limité. Sans le financement européen et départemental, les deux techniciens n’auraient tout simplement pas pu intervenir à cette échelle. Ce qu’il redoute, c’est que cette dynamique s’interrompe brutalement en 2027. “Nous souhaiterions prolonger le déploiement des techniciens après la fin du projet, mais s’il n’y a plus de budget, on essaiera de faire sans. Et ça sera difficile, car nous sommes une structure associative avec des moyens limités”, confie-t-il.

La perspective qui l’inquiète le plus est celle d’augmenter les cotisations des adhérents, alors même que leurs coûts de production augmentent et que leurs marges se resserrent. “Avec le temps, les subventions agricoles ont tendance à diminuer, mais c’est là qu’elles prendraient tout leur sens !”, dit-il. Une contradiction que les 113 producteurs d’Anafruit connaissent bien.

Au-delà de l’incertitude financière, Anderson Payet nourrit un espoir plus durable : que les conseils dispensés ces trois années s’ancrent suffisamment dans les pratiques des agriculteurs pour que ceux-ci continuent, bien au-delà de 2027, de récolter les fruits de cet accompagnement. La vraie question, à l’horizon de la prochaine programmation européenne, est de savoir si les fonds suivront.

Questions-réponses

Combien de producteurs d'Anafruit sont désormais certifiés sur le plan environnemental, et quelle était la situation il y a trois ans ?

Ils sont aujourd'hui une quarantaine à détenir une certification environnementale, contre seulement deux producteurs il y a trois ans.

Quel est le principal problème auquel font face les producteurs membres d'Anafruit au quotidien ?

L'inadéquation entre l'offre et la demande : lorsque la récolte dépasse le niveau de la demande, les prix s'effondrent, les marges rétrécissent et des mois de travail se traduisent par des bénéfices décevants.

Que craint Anderson Payet pour l'avenir de l'association après 2027 ?

Il redoute que la dynamique s'interrompe brutalement faute de budget, ce qui forcerait l'association à se passer des techniciens. Il souhaite éviter d'augmenter les cotisations des adhérents, dont les coûts de production augmentent déjà et les marges se resserrent.

Comment le projet d'accompagnement d'Anafruit est-il financé, et quel en est le coût total ?

Le dispositif repose sur un financement partagé : 80 % proviennent de l'Union européenne via le FEADER et 20 % du Conseil départemental. Le coût total du projet s'élève à 223 000 euros pour la période 2024-2027.