Coups de feu la nuit à Antananarivo : les riverains témoignent des drones visant le présid
Océanie

Coups de feu la nuit à Antananarivo : les riverains témoignent des drones visant le présid

Des riverains d'Antananarivo vivent au rythme des tirs nocturnes et des drones non identifiés au-dessus de leur quartier.

Deux nuits de suite, des coups de feu dans les rues d’Antananarivo

Les riverains du quartier résidentiel où loge le chef de l’État malgache ont entendu des coups de feu dans la nuit de vendredi. Ce n’était pas un fait divers ordinaire: c’était la garde présidentielle qui tentait d’abattre des drones survolant le convoi du colonel Michaël Randrianirina alors qu’il rentrait chez lui. Les appareils volaient trop haut. Les gardes n’ont pas réussi à les neutraliser. Le colonel est arrivé sain et sauf à son domicile, selon un communiqué officiel de la présidence de la République.

Pour ceux qui habitent ce quartier, la scène a une réalité très concrète: des tirs en pleine nuit, des appareils non identifiés au-dessus des toits, et des hommes en armes dans les rues de la capitale. Le renforcement de la sécurité autour de la résidence présidentielle, annoncé par la présidence dans la foulée de l’incident, se traduit aussi par une présence militaire accrue dans un espace de vie habité. C’est une conséquence directe que les voisins du chef de l’État subissent sans l’avoir choisie.

Les hommes de la garde présidentielle, eux, se sont retrouvés en première ligne ce soir-là. Leur mission de protection s’est heurtée à une menace aérienne pour laquelle ils ne disposaient visiblement pas des moyens adaptés. Contraints d’ouvrir le feu sans résultat, ils incarnent, à leur échelle, les limites d’un dispositif de sécurité mis à l’épreuve à plusieurs reprises en peu de temps.

Ce qui rend la situation particulièrement pesante pour ceux qui vivent et travaillent autour du pouvoir malgache, c’est le caractère répété de ces incidents. La veille, un premier drone avait déjà suivi le convoi présidentiel avant de s’éloigner. Deux soirs consécutifs, donc, où le trajet du chef de l’État à travers la capitale a été perturbé par des appareils non identifiés.

Ce double épisode ne surgit pas isolément. En avril 2026, la présidence avait signalé le survol de cinq drones au-dessus de la résidence présidentielle, qualifiant cet épisode de tentative d’assassinat. Un mois avant ce premier survol, treize personnes, dont un général, avaient été inculpées dans une affaire de complot présumé contre le chef de l’État. Ces affaires successives composent un tableau sécuritaire particulièrement instable, dont les effets se font sentir bien au-delà des cercles du pouvoir.

Pour les habitants d’Antananarivo, ces épisodes répétés posent des questions très concrètes sur la stabilité de leur ville. Lorsque des coups de feu retentissent en pleine nuit dans les rues de la capitale et que des appareils inconnus survolent des convois officiels à plusieurs reprises, c’est toute une population qui perçoit les signes d’une crise politique dont elle subit indirectement les effets au quotidien.

La présidence n’a fourni aucune indication sur l’origine des drones impliqués dans les incidents de jeudi et vendredi. Qui les pilotait, depuis quel endroit, dans quel but: ces questions restent sans réponse publique. Une enquête a été ouverte, selon le communiqué officiel. C’est la correspondante de RFI à Antananarivo, Aurélie Kouman, qui a rapporté les détails de cette affaire.

L’enquête devra déterminer qui se cache derrière ces survols et si un lien existe avec les affaires de complot déjà instruites par la justice malgache. Dans l’attente de ces réponses, le colonel Michaël Randrianirina continue d’exercer ses fonctions à la tête de la transition. Mais pour les habitants d’une capitale où sa sécurité personnelle est devenue en quelques semaines l’un des sujets les plus sensibles de l’actualité, la vraie question reste entière: jusqu’où ces incidents peuvent-ils se multiplier avant que leurs effets sur la vie ordinaire de la ville ne deviennent impossibles à ignorer?

Questions-réponses

Qu'ont vécu concrètement les habitants du quartier résidentiel lors de ces deux nuits?

Ils ont entendu des coups de feu en pleine nuit, vu des appareils non identifiés survoler les toits et constaté la présence d'hommes en armes dans leurs rues, ainsi qu'un renforcement de la sécurité militaire autour de la résidence présidentielle.

Pourquoi la garde présidentielle n'a-t-elle pas réussi à neutraliser les drones?

Les appareils volaient trop haut, et les gardes ne disposaient visiblement pas des moyens adaptés pour faire face à ce type de menace aérienne.

Ces incidents s'inscrivent-ils dans un contexte plus large de tensions sécuritaires à Madagascar?

Oui. En avril 2026, cinq drones avaient déjà survolé la résidence présidentielle dans ce qui avait été qualifié de tentative d'assassinat. Un mois auparavant, treize personnes dont un général avaient été inculpées dans une affaire de complot présumé contre le chef de l'État.

Qui a rapporté les détails de cette affaire et quelles questions restent sans réponse?

C'est Aurélie Kouman, correspondante de RFI à Antananarivo, qui a rapporté les détails. L'origine des drones, l'identité de leurs pilotes, leur localisation et leurs motivations restent sans réponse publique, dans l'attente des conclusions de l'enquête ouverte.