Antananarivo : des familles dans l'attente après 90 disparitions d'enfants depuis janvier

Antananarivo : des familles dans l'attente après 90 disparitions d'enfants depuis janvier

À Antananarivo, des proches suspendus dans l'angoisse face à une vague de crimes contre des enfants.

Trois corps en une semaine. C’est le détail qui résume, mieux que tout chiffre officiel, ce que vivent les habitants d’Antananarivo depuis le début de l’année 2026. Derrière les statistiques compilées par les services de police depuis le 1er janvier, il y a des mères qui attendent un appel, des pères qui ont déposé plainte puis cessé de donner des nouvelles aux enquêteurs, des familles suspendues dans une angoisse dont personne ne sait encore quand elle prendra fin.

Quatre-vingt-dix jeunes, enfants et adolescents, ont été victimes de meurtre ou d’enlèvement dans la capitale malgache. Sur l’ensemble du territoire, 172 plaintes ont été enregistrées, dont 64 pour disparition. Huit victimes ont été retrouvées mortes. Quatre-vingt-une personnes ont pu rentrer chez elles saines et sauves. Mais 83 restent introuvables. La capitale concentre à elle seule 119 dossiers sur l’ensemble du territoire national, selon Madagascar-Tribune. Ces faits ne datent pas de la fin du mois de juin 2026 : ils s’inscrivent dans une série qui s’étire sur plusieurs mois, même si les disparitions se sont amplifiées ces dernières semaines.

Ce sont ces familles silencieuses, dont certaines n’ont plus recontacté les enquêteurs après le signalement initial, qui donnent la mesure réelle de la crise. Leur silence dit peut-être la méfiance, peut-être l’épuisement.

Face à cette situation, le colonel Michaël Randrianirina, président de la République de la Refondation de Madagascar, a pris la parole publiquement. Selon lui, les crimes perpétrés dans la capitale ne relèvent plus de la criminalité ordinaire. “Ce qui se passe actuellement ne relève plus de la politique, c’est du terrorisme. C’est peut-être une chose que l’on cherche à montrer à la Communauté internationale pour faire croire que Madagascar est un pays totalement instable”, a-t-il déclaré, cité par Midi-Madagascar. Cette sortie a immédiatement fait la une de la presse locale et retenu l’attention des médias internationaux.

En réponse, quatre cents membres des forces de sécurité et la garde présidentielle ont été déployés dans les rues d’Antananarivo. Un centre opérationnel a été ouvert pour coordonner les recherches. Ce déploiement s’accompagne de fouilles généralisées des véhicules, y compris ceux de personnalités de haut rang, note RFI.

La réaction de la société civile ne s’est pas fait attendre. La Gen Z a salué la décision tout en la jugeant tardive. Le Syndicat des enseignants-chercheurs, le Seces, a publié un communiqué exprimant son inquiétude et appelant les autorités à aller au-delà des déclarations d’intention. Le syndicat demande “de ne pas se contenter des déclarations sur les objectifs supposés des personnes qui seraient derrière ces faits.” Il ajoute, cité par L’Express de Madagascar : “La population attend du pouvoir en place, un pouvoir militaire qui plus est, qu’il éradique ces faits à la racine, et non pas qu’il se contente d’interpeller les petits poissons.”

Ce contraste, entre la politisation du dossier par les dirigeants et l’attente concrète des proches, révèle la profondeur du malaise. Pour les familles qui espèrent encore, la question de la stabilité géopolitique du pays reste abstraite. Ce qui compte, c’est une seule chose, bien plus immédiate : savoir si leur enfant rentrera un jour à la maison. La vraie mesure de la réponse des autorités se lira dans les semaines à venir, non pas dans les déclarations, mais dans le nombre de familles à qui l’on rendra enfin une réponse.

Questions-réponses

Combien d'enfants et d'adolescents sont-ils encore portés disparus à Madagascar depuis le début de l'année 2026 ?

83 personnes restent introuvables sur l'ensemble du territoire. Sur les 172 plaintes enregistrées, dont 64 pour disparition, 8 victimes ont été retrouvées mortes et 81 ont pu rentrer chez elles saines et sauves.

Quelle est la position de la société civile face à la réponse des autorités ?

La Gen Z a salué le déploiement des forces de sécurité tout en le jugeant tardif. Le Seces a publié un communiqué appelant les autorités à aller au-delà des déclarations et à 'éradiquer ces faits à la racine', et non à se contenter d'interpeller 'les petits poissons'.

Comment le colonel Michaël Randrianirina a-t-il qualifié les crimes commis dans la capitale ?

Il a déclaré que les faits 'ne relèvent plus de la politique' mais du 'terrorisme', suggérant qu'ils pourraient viser à faire croire à la communauté internationale que Madagascar est un pays totalement instable.

Quelles mesures concrètes ont été mises en place pour répondre à la crise ?

Quatre cents membres des forces de sécurité et la garde présidentielle ont été déployés dans les rues d'Antananarivo. Un centre opérationnel a été ouvert pour coordonner les recherches, et des fouilles généralisées des véhicules, y compris ceux de personnalités de haut rang, ont été menées.