Familles mauriciennes sous pression : Ramgoolam face à l'urgence du quotidien
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Familles mauriciennes sous pression : Ramgoolam face à l'urgence du quotidien

Des ménages mauriciens fragilisés attendent des réponses concrètes du budget de vendredi.

Dans les rayons des épiceries, dans les usines textiles de la région, et dans les agences de voyage où les billets d’avion sont devenus inaccessibles pour beaucoup : les familles mauriciennes n’ont pas attendu le budget pour sentir que quelque chose ne tourne plus rond. C’est dans ce contexte de pression quotidienne que Navin Ramgoolam, Premier ministre et ministre des Finances, s’apprête à présenter vendredi le deuxième Budget Speech du gouvernement de l’Alliance du Changement. Un discours que des milliers de ménages espèrent taillé à la mesure de ce qu’ils vivent concrètement.

L’analyse du MCB Group, conduite par Vick Hurrynag à la tête de la MCB Research Team, dresse un diagnostic sans détour : le ralentissement économique est engagé. Les prévisions de croissance ont été révisées à la baisse de 50 points de base, tombant à 2,9%, sous le seuil symbolique de 3%. Des ajustements supplémentaires restent possibles, notamment selon l’évolution du conflit au Moyen-Orient.

Ce sont les 83 000 personnes employées dans la filière manufacturière qui absorbent peut-être le choc le plus brutal. Les exportations du secteur ont chuté de 20,2% au premier trimestre par rapport à l’année précédente. Dans le textile, les recettes ont glissé de Rs 4,5 milliards à Rs 3,6 milliards, soit une contraction de 19,9%. Le thon en conserve n’est pas épargné : une baisse de 4,7% ramène les recettes à Rs 3,3 milliards. Pour les travailleurs de ces filières, dont la contribution au PIB atteint 13%, ces chiffres se lisent en carnets de commandes allégés et en incertitude sur les semaines à venir. L’avenir des dispositions de l’Africa Growth and Opportunity Act pour le textile, après la fin de cette année, alourdit encore cette anxiété.

Ces mêmes opérateurs doivent par ailleurs absorber une hausse de 15% des tarifs du Central Electricity Board, une progression de 9,4% dans l’indice des prix des matières premières et une augmentation de 3,2% des coûts unitaires de la main-d’oeuvre. Des pressions qui pèsent sur les marges et, directement, sur la stabilité des emplois.

Les 32 500 personnes travaillant dans l’agriculture, dominée par la canne à sucre, font face à une double contrainte qui leur échappe totalement. D’un côté, les prix des fertilisants ont bondi de 55% en raison des perturbations liées au conflit au Moyen-Orient. De l’autre, un déficit pluviométrique de 55% entre janvier et mai, conséquence directe du changement climatique, frappe les récoltes. Ces agriculteurs voient leurs coûts s’envoler sans pouvoir y remédier.

Pour les familles dont les revenus dépendent du tourisme, hôtellerie, restauration ou services connexes, le tableau n’est guère plus rassurant. Après une croissance de 3,2% sur la période janvier-mai, avec 573 379 arrivées, le secteur a affiché une baisse de 0,8% entre mars et mai. Le coût des billets d’avion a augmenté de 25%. La desserte de Maurice par Ethiopian Airlines de juin à septembre et des sièges supplémentaires via Turkish Airlines offrent un certain répit, mais le MCB Group prévient que ces mesures pourraient s’avérer insuffisantes face à une contraction majeure de la demande.

Pendant ce temps, la consommation des ménages, pilier de la croissance ces dernières années, montre des signes d’essoufflement. Le marché automobile a reculé de 20% entre janvier et avril. Les coûts de fret ont bondi de 50% selon le Baltic Index Global, avec des hausses de 25 à 45% pour les marchandises en provenance des ports chinois, de 8 à 16% depuis l’Inde, de 10% depuis l’Europe et de 215% depuis le Moyen-Orient. Ces surcoûts se répercutent inévitablement sur les prix que les ménages paient chaque semaine.

Face à cette érosion du pouvoir d’achat, le MCB Group appelle à une politique de solidarité nationale, préconisant des mesures ciblées et temporaires pour protéger les ménages et les entreprises les plus vulnérables. L’institution souligne aussi que la croissance plus faible risque d’elle-même de ralentir la consolidation budgétaire, rendant l’équation d’autant plus délicate pour Ramgoolam.

La toile de fond chiffrée est lourde. La dette publique atteint 89,5% du PIB à fin mars, le déficit commercial s’établit à Rs 245 milliards, soit 31% du PIB, et le déficit du compte courant est de 6,9%. Le manque à gagner de Rs 10 milliards lié au loyer de la base militaire de Diego Garcia dans le cadre du Chagos Deal pèse en plus sur la balance budgétaire. Des recettes publiques en hausse de 12,1%, atteignant Rs 160 milliards pour la période de juillet 2025 à avril dernier, et une baisse de 1,3% des dépenses publiques constituent des signaux encourageants, mais le MCB Group avertit que progresser vers une dette ramenée à 75% du PIB d’ici 2030 et à 60% d’ici 2035, conformément à la Public Debt Management Act, restera un exercice graduel dans un environnement difficile.

Le secteur des services financiers est identifié comme une bouée de sauvetage potentielle pour l’ensemble de l’économie. Le MCB Group conditionne cet espoir au maintien de la notation souveraine de qualité investissement de Maurice, qu’il qualifie de pierre angulaire de la réputation du centre financier international du pays.

Si le conflit au Moyen-Orient perdurait au second semestre, les efforts de Donald Trump pour un retour à la paix n’ayant pas abouti, le MCB Group chiffre le risque à une perte d’environ un point de pourcentage ou plus sur la croissance. Pour des familles déjà sous tension, ce scénario n’est pas abstrait.

L’introduction de la Fiscal Responsibility Act, maintes fois annoncée mais devant encore être présentée, débattue et adoptée à l’Assemblée nationale, est identifiée comme un levier clé pour asseoir une gestion durable des finances publiques. Condition nécessaire, mais non suffisante : vendredi, ce que les Mauriciens écouteront, c’est surtout ce que le budget fera concrètement pour ceux dont le quotidien est déjà entamé, et combien de temps ils devront encore attendre avant que la trajectoire économique les protège à nouveau.

Questions-réponses

Quels travailleurs sont les plus directement touchés par le ralentissement économique décrit dans l'article?

Les 83 000 personnes employées dans le secteur manufacturier, notamment le textile, et les 32 500 personnes travaillant dans l'agriculture, principalement la canne à sucre, sont les plus durement frappées, avec des baisses de recettes significatives et des coûts en forte hausse.

Comment la vie quotidienne des familles mauriciennes est-elle concrètement affectée?

Les familles subissent une hausse de 25% du coût des billets d'avion, des coûts de fret en hausse de 50% qui se répercutent sur les prix des marchandises, un recul de 20% du marché automobile et une consommation des ménages en essoufflement général.

Quelles mesures le MCB Group recommande-t-il pour protéger les ménages?

Le MCB Group appelle à une politique de solidarité nationale avec des mesures ciblées et temporaires pour protéger les ménages et les entreprises les plus vulnérables face à l'érosion du pouvoir d'achat et au ralentissement économique.

Quel est le contexte budgétaire dans lequel Navin Ramgoolam présente ce budget?

Ramgoolam présente le budget dans un contexte de dette publique à 89,5% du PIB, d'un déficit commercial de Rs 245 milliards (31% du PIB), d'une croissance révisée à 2,9% et d'un manque à gagner de Rs 10 milliards lié au Chagos Deal, malgré des recettes publiques en hausse de 12,1%.

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