Nourdine Saïd a attendu quatre ans. Quatre ans à vivre à Madagascar sans pouvoir rejoindre les Comores autrement qu’en passant par Addis-Abeba, avec les heures de vol supplémentaires et les frais que ce détour imposait. L’annonce de la reprise prochaine des liaisons directes entre les deux pays a changé quelque chose pour lui, concrètement et immédiatement.
“C’est une bonne nouvelle car nous étions obligés de passer par Addis-Abeba pour aller à côté de chez nous. Bien sûr, cela va impacter les billets d’avion car faire des escales pareilles, cela coûte beaucoup d’argent par rapport à un vol direct. Il y aura des échanges commerciaux. Tout le monde est gagnant”, a-t-il déclaré. Son témoignage dit ce que beaucoup ressentent : voyageurs, étudiants, opérateurs économiques des deux pays qui subissaient depuis juillet 2022 une interruption aérienne décidée par Madagascar, officiellement pour des raisons sanitaires.
La rupture avait en réalité un fond diplomatique. Moroni et Antananarivo étaient en désaccord, notamment autour de 49 kilos d’or saisis aux Comores en décembre 2021 et restitués à Madagascar seulement en mars 2025, après un “accord mutuel”. Ces tensions ont bloqué tout rapprochement pendant près de trois ans.
Ce qui a fait bouger les lignes, c’est une visite du président Azali Assoumani à Madagascar, à l’occasion de la fête nationale malgache. Le 6 juillet, lors des célébrations du 51e anniversaire de l’indépendance des Comores, le président a confirmé la reprise prochaine des vols. Soilihi Mohamed Djounaid, secrétaire général adjoint du gouvernement comorien, a décrit l’évolution en ces termes : “On peut dire qu’il y a eu un réchauffement des relations de coopération, d’amitié et de fraternité avec les nouvelles autorités de Madagascar. Parmi les points convenus entre les deux parties, il y a l’ouverture immédiate des liaisons. Les autorités malgaches confirment que ce sera le mois de juillet. Je n’ai pas encore de date.”
Pour les Comoriens qui font des allers-retours fréquents entre les deux îles de l’océan Indien, les conséquences sont directes. Les escales obligatoires allongeaient les trajets et alourdissaient les dépenses, rendant les déplacements inaccessibles pour beaucoup. Une liaison directe devrait réduire ces coûts et faciliter les échanges familiaux, estudiantins et commerciaux.
La reprise semble politiquement actée. Ce qui manque encore, c’est l’essentiel du côté des passagers : ni la date exacte ni la compagnie chargée d’assurer ces vols n’ont été communiquées publiquement. Les familles séparées et les professionnels des deux pays attendent une prochaine annonce qui transformera cette promesse en billet réservable.