Familles brisées à Madagascar: le deuil national face aux disparitions inexpliquées
Des familles malgaches réclament la vérité sur une série de crimes qui endeuille tout un pays.
À Madagascar, des familles dans le deuil face à une vague de disparitions inexpliquées
Tsilavina serre entre ses mains un portrait de son frère. Son visage est fermé, ses mots pesés. Pendant deux semaines entières, elle et ses proches ont cherché Heriniaina Rakotoarifara, 23 ans, disparu le 4 juillet 2026 du quartier de Manazary, en périphérie d’Antananarivo. Ils ont frappé aux portes de la police, de la brigade criminelle, de la radio nationale malgache pour diffuser un avis de recherche. Ils ont inspecté les caniveaux et les cours d’eau. Ils n’ont pas dormi.
Additional reference context is available at https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260724-on-a-tout-fait-pour-le-retrouver-%C3%A0-madagascar-un-deuil-national-face-aux-disparitions.
«On a tout fait pour le retrouver, nous sommes allés à la police, à la brigade criminelle, à la radio nationale malgache pour lancer un avis de recherche, nous avons regardé dans les caniveaux, dans les cours d’eau. Nous n’avons pas dormi jour et nuit. Nous étions tellement inquiets», confie-t-elle.
La fin de cette recherche désespérée fut brutale. La famille apprit qu’un corps avait été découvert à l’opposé de la ville. Elle reconnut Heriniaina sur des photos. Après plusieurs visites infructueuses à la morgue, c’est en insistant pour dégager plusieurs cadavres entassés qu’elle le retrouva, caché en dessous. Jardinier pour un grand groupe privé, ce jeune homme décrit comme sociable et sans ennemis fut enterré le mercredi 22 juillet 2026, après qu’une autopsie eut été pratiquée. La famille n’en connaît pas encore les résultats et ne dispose d’aucune information sur l’avancée de l’enquête.
«C’était un garçon sociable et gentil, il n’avait pas d’ennemis. On se pose beaucoup de questions. Pourquoi est-il mort ainsi ? Nous demandons aux autorités de nous aider à connaître la vérité sur ces meurtres en série car nous souffrons beaucoup», dit Tsilavina, les mains toujours crispées sur le portrait de son frère.
La maison familiale, dans le quartier de Manazary, porte à son entrée une affiche sobre: «Merci pour vos marques de réconfort.» Ces quelques mots disent à eux seuls l’ampleur d’un deuil que partagent désormais de nombreuses familles malgaches.
Le cas d’Heriniaina n’est pas isolé. Depuis fin juin 2026, une série de crimes et de disparitions, massivement relayés sur les réseaux sociaux, plonge Madagascar dans la psychose. Au moins 19 personnes sont toujours activement recherchées à ce jour. C’est dans ce contexte que les autorités ont déclaré le vendredi 24 juillet 2026 journée de deuil national, «en mémoire des victimes de disparitions et d’assassinats», selon la Présidence. Les fêtes ont été interdites et un culte oecuménique a été organisé le matin même à Antananarivo, en présence du chef de la transition, Michaël Randrianirina.
La mobilisation autour de ces drames, rapportée par le correspondant de RFI à Antananarivo, Guilhem Fabry (son enquête est consultable à l’adresse https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260724-on-a-tout-fait-pour-le-retrouver-a-madagascar-un-deuil-national-face-aux-disparitions), illustre à quel point ces disparitions ont ébranlé le quotidien des Malgaches ordinaires, bien au-delà des cercles politiques ou institutionnels.
Pour des familles comme celle de Tsilavina, la journée de deuil national est moins une réponse qu’un début d’écoute. Ce qu’elles réclament, c’est la vérité: pourquoi ces morts, pourquoi ces disparitions, et qui en est responsable. La question «Pourquoi est-il mort ainsi?» résonne dans le quartier de Manazary comme dans d’autres foyers frappés par le même silence des autorités, un silence que l’annonce d’une task force gouvernementale sur les disparitions et les morts n’a pas encore suffi à briser.
Questions-réponses
Qui est Heriniaina Rakotoarifara et que lui est-il arrivé?
Heriniaina Rakotoarifara était un jeune homme de 23 ans, jardinier pour un grand groupe privé, décrit comme sociable et sans ennemis. Il a disparu le 4 juillet 2026 du quartier de Manazary, en périphérie d'Antananarivo. Sa famille l'a retrouvé mort à la morgue, caché sous plusieurs cadavres entassés. Il a été enterré le 22 juillet 2026 après une autopsie dont les résultats n'ont pas encore été communiqués à ses proches.
Quelle est l'ampleur de la vague de disparitions à Madagascar?
Depuis fin juin 2026, une série de crimes et de disparitions relayés massivement sur les réseaux sociaux plonge Madagascar dans la psychose. Au moins 19 personnes sont toujours activement recherchées à la date du 24 juillet 2026, date à laquelle les autorités ont décrété une journée de deuil national.
Qu'ont fait les autorités malgaches face à cette crise?
Les autorités ont déclaré le 24 juillet 2026 journée de deuil national en mémoire des victimes de disparitions et d'assassinats. Un culte oecuménique a été organisé le matin même à Antananarivo, en présence du chef de la transition Michaël Randrianirina. Les fêtes ont été interdites et une task force gouvernementale sur les disparitions et les morts a été annoncée, sans que cela suffise à répondre aux attentes des familles.
Que réclament les familles des victimes?
Les familles réclament la vérité: savoir pourquoi ces personnes sont mortes ou ont disparu, et qui en est responsable. Tsilavina demande explicitement aux autorités de les aider à connaître la vérité sur ces meurtres en série. Pour ces familles, la journée de deuil national est moins une réponse qu'un début d'écoute.