Familles en deuil à Antananarivo: une cérémonie brise des années de solitude
Océanie

Familles en deuil à Antananarivo: une cérémonie brise des années de solitude

À Antananarivo, des proches de victimes se retrouvent enfin ensemble lors d'une journée de recueillement national.

Deuil et solitude: à Madagascar, des familles de victimes brisent leur isolement

Ce vendredi matin, sur le parvis de l’Hôtel de ville d’Antananarivo, des familles en deuil se sont retrouvées pour la première fois ensemble. Habillées de blanc, selon les consignes données par les organisateurs, elles ont occupé des chapiteaux installés pour l’occasion. Pour beaucoup d’entre elles, c’était la première fois depuis des semaines qu’elles n’affrontent plus seules la douleur de la disparition d’un proche.

Madagascar a vécu une journée de deuil national marquée par une cérémonie œcuménique organisée en mémoire des victimes de disparitions et d’assassinats qui secouent le pays depuis plusieurs semaines. Les quatre chefs de l’Église œcuménique ont conduit la cérémonie, réunissant fidèles, autorités et proches des victimes dans un moment solennel et chargé d’émotion, loin du bruit habituel de cette place très fréquentée de la capitale.

Ce matin-là, les chants de chorales et d’artistes évangéliques ont remplacé le brouhaha des moteurs et la circulation coutumière. Le recueillement s’est installé là où règne d’ordinaire l’agitation urbaine. L’atmosphère n’était pas celle d’une foule compacte mais d’une assemblée unie par la même douleur et par la même couleur, le blanc.

Ce que vivent ces familles depuis plusieurs semaines est décrit dans le reportage d’Aurélie Kouman, correspondante à Antananarivo, dont la couverture est disponible à l’adresse suivante: https://fr.news.yahoo.com/madagascar-c%C3%A9r%C3%A9monie-cum%C3%A9nique-pr%C3%A9sence-autorit%C3%A9s-120206656.html. Certaines familles ont dû mener les recherches de leurs proches par leurs propres moyens, sans soutien extérieur, pour apprendre finalement, quelques jours plus tard, la perte d’un être cher. L’épreuve a été traversée dans l’isolement, souvent sans ressources, sans accompagnement institutionnel. Lors de cette journée, plusieurs d’entre elles ont déclaré s’être senties moins seules, même si l’inquiétude et la psychose générale restent très présentes à Madagascar.

C’est dans ce contexte que les autorités de la Refondation ont choisi de se montrer, aux côtés des familles plutôt qu’en retrait. En première ligne dans les chapiteaux se trouvaient le président de la Refondation, le colonel Michael Randrianirina, et son Premier ministre, Mamitiana Rajaonarison, tous deux accompagnés de leurs épouses. L’ancien chef de l’État Marc Ravalomanana, qui avait exercé la présidence de 2002 à 2009, était également présent, accompagné de son fils Tojo. D’autres membres du gouvernement ont assisté à la cérémonie et ont présenté leurs condoléances aux familles à l’issue de l’homélie des chefs d’Église.

La présence de ces responsables revêtait une dimension symbolique forte. Depuis plusieurs jours, le régime de la Refondation multiplie les initiatives pour répondre à la crise: mise en place d’une unité spéciale anti-kidnapping, renforcement de la vidéo-surveillance dans la capitale, déploiement de patrouilles. Ces mesures traduisent un objectif affirmé, faire baisser drastiquement le nombre de disparitions et signifier aux familles que leur détresse est désormais reconnue.

Mais pour les proches qui ont vécu seuls des jours de recherches angoissées et d’attente insupportable, une cérémonie et des mesures sécuritaires ne referment pas les blessures. La journée de deuil national a constitué un geste de reconnaissance collective, un moment où des dizaines de familles dispersées dans leur peine se sont trouvées réunies autour d’un même recueillement. La psychose demeure, l’inquiétude ne s’efface pas d’un jour de deuil, mais quelque chose a changé dans le sentiment d’isolement que beaucoup portaient seuls jusqu’à ce vendredi matin, sur ce parvis devenu blanc. Ce que les mesures annoncées pourront concrètement changer dans la vie de ces familles reste, pour l’heure, la question que personne sur ce parvis n’osait encore poser à voix haute.

Questions-réponses

Qui étaient les personnes présentes en première ligne lors de la cérémonie aux côtés des familles?

Le colonel Michael Randrianirina, président de la Refondation, et son Premier ministre Mamitiana Rajaonarison, tous deux accompagnés de leurs épouses, ainsi que l'ancien chef de l'État Marc Ravalomanana et son fils Tojo.

Comment les familles de victimes ont-elles vécu les semaines précédant la cérémonie?

Beaucoup ont mené les recherches de leurs proches par leurs propres moyens, sans soutien extérieur ni accompagnement institutionnel, traversant l'épreuve dans l'isolement et souvent sans ressources, avant d'apprendre la perte d'un être cher.

Quelles mesures les autorités de la Refondation ont-elles annoncées pour répondre à la crise?

La mise en place d'une unité spéciale anti-kidnapping, le renforcement de la vidéo-surveillance dans la capitale et le déploiement de patrouilles, avec l'objectif affiché de faire baisser drastiquement le nombre de disparitions.

Quel effet la journée de deuil national a-t-elle eu sur le sentiment des familles endeuillées?

Plusieurs familles ont déclaré s'être senties moins seules, mais l'inquiétude et la psychose générale restent très présentes; la cérémonie a constitué un geste de reconnaissance collective sans pour autant refermer les blessures.