53 000 familles en attente, 150 000 vies précaires : La Réunion face à sa crise du logemen
Océanie

53 000 familles en attente, 150 000 vies précaires : La Réunion face à sa crise du logemen

À La Réunion, des milliers de ménages attendent un toit décent pendant que les crédits s'effondrent.

Une famille entassée dans un logement précaire. Des parents incapables d’offrir un toit décent à leurs enfants. Un ménage qui attend depuis des années une place dans le parc social. À La Réunion, cette réalité n’est pas exceptionnelle : 150 000 personnes vivent dans des conditions indignes, et plus de 53 000 foyers sont inscrits sur les listes d’attente du logement social. Ce sont eux que Philippe Naillet, député de La Réunion pour la 1ère circonscription, place au centre d’une crise qu’il juge désormais incontrôlable si aucune mesure sérieuse n’est prise sans délai.

Les chiffres traduisent une dégradation concrète. En 2025, seuls 1 061 logements ont été livrés sur l’île, contre 1 661 en 2024. Chaque logement non construit, c’est un ménage de plus condamné à patienter, à s’entasser, ou à se débrouiller dans un parc privé dont les loyers pèsent lourdement sur des budgets déjà fragilisés.

Or les annonces récentes du gouvernement ne sont pas à la hauteur. La remontée de la Ligne Budgétaire Unique, dite LBU, à 43,4 millions d’euros pour 2026 reste très loin des 78,5 millions accordés en 2025. Philippe Naillet rappelle qu’il avait alerté la ministre des Outre-mer dès le mois d’avril sur ce risque précis, et que celle-ci s’était engagée à rétablir la LBU à son niveau des années précédentes. Cet engagement n’a pas été tenu. Le député exige donc que le gouvernement débloque sans délai les crédits complémentaires nécessaires. Sans eux, la production de logements sociaux continuera de reculer, et les familles en attente d’un toit seront les premières à en payer le prix.

Pour Philippe Naillet, cette crise n’est pas accidentelle. Elle est le produit d’une inertie qui dure depuis 2017 : affaiblissement progressif des moyens accordés aux bailleurs sociaux, réduction des loyers de solidarité, hausse de la TVA, sans qu’aucune initiative suffisante ne vienne encourager la construction de logements abordables. Les rares avancées obtenues dans ce domaine, comme l’encadrement des loyers ou la régulation des meublés de tourisme, ne sont pas venues du gouvernement mais du Parlement, portées notamment par la sénatrice Audrey Bélim et le député Iñaki Echaniz.

Le projet de loi présenté par Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, intitulé “relance et décentralisation du logement”, est lui aussi dans le viseur du député réunionnais. Si ce texte prétend accélérer les constructions et les rénovations tout en décentralisant la politique du logement, Philippe Naillet lui reproche de ne prévoir aucun accompagnement réel pour les bailleurs sociaux, aucune réflexion sérieuse sur l’inflation des prix de l’immobilier et du foncier, et aucun soutien aux ménages modestes pour qui le logement constitue le premier poste de dépenses. Il relève également l’absence de soutien aux maires bâtisseurs et l’absence de toute sanction pour les élus locaux qui ne respectent pas leurs obligations au titre de la loi SRU.

Pour les 150 000 Réunionnaises et Réunionnais mal logés, ces lacunes ne sont pas des abstractions budgétaires. Elles signifient des années supplémentaires d’attente, des logements insalubres, des loyers impossibles à assumer au quotidien. Philippe Naillet l’affirme sans détour : des demi-mesures ne suffiront pas à répondre à l’ampleur d’une crise humaine qui, faute d’actes concrets, ne cesse de s’étendre.

La question qui reste ouverte est de savoir si le gouvernement tiendra, cette fois, ses engagements avant que les listes d’attente ne s’allongent encore.

Questions-réponses

Combien de personnes vivent dans des conditions indignes à La Réunion, et combien de foyers attendent un logement social ?

150 000 personnes vivent dans des conditions indignes et plus de 53 000 foyers sont inscrits sur les listes d'attente du logement social à La Réunion.

Quelle est l'évolution du nombre de logements livrés à La Réunion entre 2024 et 2025 ?

En 2025, seulement 1 061 logements ont été livrés, contre 1 661 en 2024, soit une baisse significative qui condamne davantage de ménages à attendre ou à vivre dans des conditions précaires.

Pourquoi Philippe Naillet critique-t-il le projet de loi du ministre Vincent Jeanbrun sur le logement ?

Il lui reproche de ne prévoir aucun accompagnement réel pour les bailleurs sociaux, aucune réflexion sur l'inflation immobilière et foncière, aucun soutien aux ménages modestes, ni aux maires bâtisseurs, et aucune sanction pour les élus ne respectant pas la loi SRU.

Quelles avancées concrètes ont été obtenues pour les locataires, et par qui ?

L'encadrement des loyers et la régulation des meublés de tourisme ont été obtenus grâce au Parlement, portés notamment par la sénatrice Audrey Bélim et le député Iñaki Echaniz, et non par le gouvernement.