Réunion : des travailleurs et patrons du Sud face à face avec un candidat à l'Élysée
Océanie

Réunion : des travailleurs et patrons du Sud face à face avec un candidat à l'Élysée

Employeurs et salariés réunionnais interpellent directement un candidat à la présidentielle sur les coupes budgétaires menaçant l'Outre-mer.

Katy Hoarau, Michel Dijoux, Bernard Picardo, Pascal Plante : ce lundi 24 août, ces quatre représentants du monde du travail réunionnais ont eu l’occasion rare de s’asseoir face à un candidat à la présidentielle pour défendre, sans détour, les intérêts des entreprises et des salariés de l’île. L’échange s’est tenu dans les murs de la distillerie du groupe Isautier, à Saint-Pierre, au coeur d’une visite qui avait débuté par des poignées de main avec les employés de la Saga du Rhum, le musée du groupe.

Ce n’était pas une simple rencontre protocolaire. Pour ces hommes et ces femmes qui représentent des milliers d’employeurs et de salariés réunionnais, l’urgence est concrète : depuis plusieurs mois, ils mènent une bataille contre une menace de coupe budgétaire de 750 millions d’euros pesant sur l’ensemble des territoires d’Outre-mer. Ce qui est en jeu, c’est le maintien des exonérations de charges sociales prévues par la Lodeom dans le projet de loi de finances pour 2027. Pour peser davantage dans les discussions avec le gouvernement, les organisations patronales péï avaient franchi un pas supplémentaire en fin d’année dernière, en se regroupant au sein d’une nouvelle entité commune baptisée le SOCLE.

C’est Jérôme Isautier, industriel et figure de ce tissu économique local, qui a guidé Édouard Philippe dans les dédales de la distillerie avant que la discussion de fond ne s’engage. Autour de la table : Katy Hoarau, présidente du MEDEF Réunion, Michel Dijoux, président de l’ADIR, Bernard Picardo à la tête de la Chambre de commerce et d’industrie, et Pascal Plante, représentant des Entrepreneurs, l’organisation anciennement connue sous le nom de Confédération des petites et moyennes entreprises.

La veille, dimanche soir, le maire du Havre et candidat à la présidentielle de 2027 avait opté pour une approche plus discrète. Loin des caméras, il s’était d’abord entretenu en privé avec David Lorion, le maire de Saint-Pierre, avant de partager un dîner intimiste avec l’ensemble des élus du Sud. C’est donc ce lundi matin, devant les objectifs de la presse locale et nationale, qu’il a officiellement entamé ses engagements publics dans la commune.

L’après-midi devait lui permettre d’approcher d’autres réalités du quotidien. À Saint-Louis, une rencontre avec Juliana M’Doihoma, la maire de la commune, était prévue autour du développement des Hauts et des contraintes liées à la loi Littoral. Puis la question du logement social occupait la suite du programme : une visite du lotissement Emmanuel Roche aux Avirons, aux côtés du maire Eric Ferrère, devait illustrer concrètement ce que signifie la baisse des crédits de la Ligne budgétaire unique, dite LBU, qui finance le logement social dans les territoires d’Outre-mer. La journée devait s’achever à Saint-Leu avec l’édile Karim Juhoor.

Cette journée dans le Sud s’inscrit dans un déplacement à La Réunion prévu du dimanche 23 au mardi 25 août 2026, avant une seconde journée consacrée au Nord et à l’Est de l’île. Le déplacement fait suite à un passage à Mayotte les vendredi 21 et samedi 22 août, où le candidat du parti Horizons avait multiplié les rencontres pour s’imprégner des difficultés d’un territoire qu’il a lui-même qualifié de marqué par une crise migratoire sans équivalent dans le reste du territoire national.

Pour Katy Hoarau, Michel Dijoux, Bernard Picardo et Pascal Plante, réunis ce matin à la distillerie Isautier, l’enjeu dépassait largement la symbolique d’une photo de campagne. Il s’agissait de faire entendre, directement à celui qui pourrait gouverner la France en 2027, ce que signifie concrètement pour les employeurs et leurs salariés la perspective d’un recul des mécanismes de soutien qui structurent l’économie insulaire depuis des années. La question reste entière : ces voix réunionnaises auront-elles pesé assez lourd pour infléchir, le moment venu, les arbitrages budgétaires qui se dessinent à Paris ?

Questions-réponses

Quels représentants du monde du travail réunionnais ont rencontré Édouard Philippe le 24 août 2026 ?

Katy Hoarau (présidente du MEDEF Réunion), Michel Dijoux (président de l'ADIR), Bernard Picardo (président de la Chambre de commerce et d'industrie) et Pascal Plante (représentant des Entrepreneurs, anciennement la Confédération des petites et moyennes entreprises).

Quelle menace budgétaire concrète pèse sur les employeurs et salariés réunionnais ?

Une coupe budgétaire de 750 millions d'euros sur l'ensemble des territoires d'Outre-mer, qui menace le maintien des exonérations de charges sociales prévues par la Lodeom dans le projet de loi de finances pour 2027.

Qu'est-ce que le SOCLE et pourquoi a-t-il été créé ?

Le SOCLE est une nouvelle entité commune regroupant les organisations patronales réunionnaises, créée en fin d'année précédente pour peser davantage dans les discussions avec le gouvernement sur les arbitrages budgétaires.

Quels autres enjeux locaux Édouard Philippe devait-il aborder lors de sa journée dans le Sud de La Réunion ?

Le développement des Hauts et les contraintes liées à la loi Littoral avec Juliana M'Doihoma à Saint-Louis, ainsi que la baisse des crédits de la Ligne budgétaire unique (LBU) finançant le logement social, illustrée par une visite du lotissement Emmanuel Roche aux Avirons avec le maire Eric Ferrère.