Aux Rondavelles de Saint-Leu, lundi soir à 18h15, des habitants de La Réunion prendront la parole face à Edouard Philippe. Ce moment de contact direct avec la population, inscrit au programme officiel du candidat Horizons, dit l’essentiel d’un déplacement où les réalités concrètes de l’île, le logement social qui manque, le narcotrafic qui s’installe, le littoral qui s’effrite, occupent le centre du récit.
Edouard Philippe pose ses valises à La Réunion ce dimanche 23 août 2026. Il arrive de Mayotte, où il a passé deux jours depuis vendredi à concentrer son discours sur la question migratoire: fin de “l’appel d’air”, fermeture des “vannes”, promesse de “consacrer des moyens efficaces” à la reconstruction d’un territoire encore très affaibli depuis le cyclone Chido. Il a notamment évoqué la création d’un centre de retour en Afrique de l’Est pour le renvoi des personnes en situation irrégulière. Ces prises de position lui ont valu les piques de Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, qui a attribué depuis l’Hexagone les difficultés de Mayotte à “l’abandon par l’État” et à l’ancien Premier ministre lui-même.
À La Réunion, le registre change nettement.
Dès lundi matin, l’ancien Premier ministre et maire du Havre se rendra dans le sud de l’île pour visiter la Saga du Rhum et rencontrer des acteurs économiques locaux. Il effectuera ensuite une visite de terrain à Saint-Louis consacrée au développement des hauts et à la loi Littoral. L’après-midi, direction le lotissement Emmanuel Roche aux Avirons, pour une séquence sur le logement social: un sujet particulièrement sensible en ce moment, en raison de la baisse des crédits de la Ligne budgétaire unique (LBU), outil central du financement du logement aidé dans les territoires ultramarins. Le candidat se penchera ensuite sur les risques d’érosion du littoral à Saint-Leu.
C’est là que Karim Juhoor, maire de Saint-Leu, a tenu à préciser la position de sa majorité municipale avant la venue du candidat. “Chaque candidat qui fera le choix de venir à Saint-Leu sera accueilli avec la même considération, quelle que soit sa sensibilité politique. C’est un choix que nous avons fait collectivement. C’est aussi notre conception de la démocratie: permettre le dialogue, confronter les réalités du terrain aux projets nationaux et faire entendre les préoccupations de notre territoire.” Un “accueil républicain”, selon ses propres mots.
Mardi, le déplacement se poursuit vers l’Est. Edouard Philippe visitera une entreprise de métallerie à Bras-Panon, Technique Métal Réunion, avant de se rendre sur l’exploitation agricole d’Aritina Henriette, toujours à Bras-Panon, pour aborder la question de la culture de la canne à sucre. La journée se terminera sur le terrain de la sécurité: une visite au commissariat de Saint-Denis, puis une sortie avec la Brigade anti-criminalité Territoriale, dans un contexte marqué par l’explosion du narcotrafic à La Réunion ces dernières années.
Ce déplacement est aussi, ouvertement, une opération de séduction des élus de droite et du centre. Dès dimanche soir, Philippe rencontrera David Lorion, maire de Saint-Pierre et figure reconnue de la droite locale, avant un dîner avec des élus du sud de l’île. Lundi, Juliana M’Doihoma, maire divers centre de Saint-Louis, l’accueillera à la mairie et l’accompagnera lors de la visite de terrain dans les hauts de sa commune. Eric Ferrère, maire des Avirons, figure également au programme. Mardi matin, les membres de Nouvel R’, le parti structuré autour de Cyrille Melchior avec l’ambition de fédérer la droite locale, sont conviés à un petit-déjeuner à Saint-Denis avec le candidat. Un déjeuner avec des élus de l’Est clôturera ces rendez-vous politiques.
Sa précédente visite à La Réunion, en février 2024, avait déjà pris des allures de campagne. Cette fois, le cadre est officiel. Ce qui reste ouvert, c’est la question de fond: les habitants rencontrés lundi soir aux Rondavelles entendront-ils des réponses à la hauteur de ce que vivent leurs communes au quotidien?