Habitants du littoral réunionnais face à Philippe : la mer qui efface leurs terres
Des riverains réunionnais confrontent un candidat à la présidentielle aux réalités du littoral qui recule.
Aux Rondavelles de Saint-Leu, lundi soir 24 août 2026, des habitants se rassembleront face à un candidat à l’élection présidentielle. Pour eux, ce n’est pas une étape de programme. C’est une occasion rare de faire entendre ce que la vie sur le littoral réunionnais impose : le recul du trait de côte, des projets de construction bloqués, une mer qui grignote chaque année un peu plus les terres habitées.
Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat du mouvement Horizons, est attendu à La Réunion du dimanche 23 au mardi 25 août 2026. Trois jours, plusieurs communes du Sud et du chef-lieu, et autant de réalités concrètes portées par des élus locaux, des travailleurs et des familles.
La visite commence à Saint-Pierre, où le candidat rencontre dès le dimanche 23 août David Lorion, maire de la ville, avant un dîner avec les élus du Sud. Le lundi matin, il passe à la Saga du Rhum et échange avec des acteurs économiques réunionnais.
Pour les habitants de Saint-Louis, la journée du lundi sera surtout marquée par une rencontre en mairie avec Juliana M’Doihoma. Deux sujets structurent cet échange : le développement des hauts de Saint-Louis, territoire dont les résidents attendent des réponses concrètes sur leur avenir, et les contraintes imposées par la loi Littoral, qui conditionne directement les projets de construction dans les communes côtières. Les familles qui espèrent bâtir ou rénover dans ces zones savent ce que ces règles coûtent en démarches et en incertitudes.
À Saint-Leu, à 17 heures ce même lundi, Édouard Philippe se rendra au bord du lagon avec Karim Juhoor, maire de la commune. L’érosion côtière sera au centre de l’échange. Ce phénomène menace directement les habitations, les activités économiques et le cadre de vie des riverains. La soirée, elle, sera consacrée aux habitants eux-mêmes, réunis aux Rondavelles.
Karim Juhoor a tenu à clarifier publiquement les raisons de cet accueil dans un communiqué partagé sur ses réseaux sociaux. “Tout responsable politique national qui fera le choix de venir à Saint-Leu sera accueilli comme il se doit, dans le respect des usages républicains”, a-t-il écrit. Il a ajouté : “Chaque candidat qui fera le choix de venir à Saint-Leu sera accueilli avec la même considération, quelle que soit sa sensibilité politique. C’est un choix que nous avons fait collectivement. C’est aussi notre conception de la démocratie : permettre le dialogue, confronter les réalités du terrain aux projets nationaux et faire entendre les préoccupations de notre territoire.”
Entre Saint-Louis et Saint-Leu, la question du logement social s’invite aussi au programme, lors d’une rencontre avec Éric Ferrere, maire des Avirons. Pour les familles concernées par ces dispositifs, la venue d’un candidat à la présidentielle représente une occasion d’inscrire leurs besoins dans un agenda national qui, d’ordinaire, regarde peu vers les territoires ultramarins.
Le programme complet du séjour est disponible à l’adresse suivante : https://imazpress.com/toute-l-actu/-douard-philippe-a-la-reunion-il-rencontrera-les-maires-de-saint-louis-saint-pierre-saint-leu-et-des-avirons
Le mardi 25 août, dernier jour sur l’île, le candidat partage un petit-déjeuner avec des membres du mouvement Nouvel’R à Saint-Denis avant de rencontrer agriculteurs, coupeurs de cannes et syndicats agricoles réunionnais. Ces travailleurs, dont les conditions de vie dépendent directement des orientations nationales en matière agricole, auront ainsi l’occasion de porter leurs préoccupations directement au candidat. La visite s’achève au commissariat de Saint-Denis, aux côtés de la brigade anticriminalité territoriale. Le narcotrafic, sujet central de cette étape, pèse sur la sécurité quotidienne de nombreuses familles réunionnaises.
Ce déplacement fait suite à un passage à Mayotte les 21 et 22 août, où Édouard Philippe avait visité le centre de rétention administrative de Pamandzi et prononcé un discours sur l’immigration. Il avait alors promis de mettre fin à ce qu’il a appelé l‘“appel d’air” et s’était prononcé en faveur de la suspension des demandes d’asile, du droit du sol et du regroupement familial à Mayotte, ainsi que de la création d’un centre de retour en Afrique de l’Est. Pour mémoire, Marine Le Pen avait obtenu 59 % des suffrages au second tour de la présidentielle de 2022 dans ce territoire.
Ces propos ont suscité une réponse directe de Christophe Estève, élu à la mairie de Saint-Leu et référent Outre-mer Place publique. Dans une tribune libre, il affirme qu‘“en reprenant le vocabulaire de la ‘fermeture des vannes’, de ‘l’appel d’air’ et de ‘l’immigration hors de contrôle’, Édouard Philippe ne se contente plus de durcir la politique migratoire : il reprend les ressorts rhétoriques traditionnellement portés par l’extrême droite, tout en allant, sur plusieurs propositions, plus loin que la droite dite républicaine ne l’avait encore fait.”
Entre le lagon menacé de Saint-Leu, les hauts de Saint-Louis en attente de projets et les champs de canne de travailleurs qui ne s’arrêtent pas pour les campagnes nationales, La Réunion pose à Édouard Philippe des questions auxquelles Paris répond rarement en premier.
Questions-réponses
Pourquoi les habitants de Saint-Leu se rassemblent-ils aux Rondavelles lundi soir ?
Pour faire entendre directement à Édouard Philippe les réalités du littoral réunionnais : le recul du trait de côte, l'érosion côtière qui menace leurs habitations et leur cadre de vie, et les projets de construction bloqués par les contraintes réglementaires.
Quelles sont les préoccupations concrètes des familles de Saint-Louis lors de la rencontre en mairie ?
Deux sujets structurent l'échange avec Juliana M'Doihoma : le développement des hauts de Saint-Louis, dont les résidents attendent des réponses sur leur avenir, et les contraintes de la loi Littoral, qui bloquent ou compliquent les projets de construction et de rénovation dans les zones côtières.
Comment Karim Juhoor, maire de Saint-Leu, justifie-t-il l'accueil d'Édouard Philippe dans sa commune ?
Il affirme que tout responsable politique national qui choisit de venir à Saint-Leu sera accueilli dans le respect des usages républicains, avec la même considération quelle que soit sa sensibilité politique, car il s'agit de permettre le dialogue et de confronter les réalités du terrain aux projets nationaux.
Qu'est-ce que Christophe Estève reproche à Édouard Philippe concernant ses déclarations à Mayotte ?
Dans une tribune libre, cet élu à la mairie de Saint-Leu et référent Outre-mer Place publique affirme qu'en reprenant le vocabulaire de la 'fermeture des vannes' et de 'l'appel d'air', le candidat adopte les ressorts rhétoriques de l'extrême droite et va, sur plusieurs propositions, plus loin que la droite républicaine ne l'avait encore fait.