Réunion : pour les familles modestes, les réformes Philippe ont eu un coût bien réel
À La Réunion, des ménages modestes, des retraités et des travailleurs témoignent du poids concret des politiques menées entre 2017 et 2022.
À La Réunion, des familles et des travailleurs rappellent le poids des réformes menées sous Édouard Philippe
Cinq euros par mois. Pour un ménage modeste de La Réunion, c’est ce que la baisse des aides personnalisées au logement, les APL, a représenté dès 2017, dans les premiers mois du gouvernement d’Édouard Philippe. Une somme qui peut sembler négligeable vue de Paris, mais qui, sur une île où la pauvreté est structurellement plus élevée que dans l’Hexagone et où l’accès au logement reste difficile, a pesé concrètement sur des budgets déjà serrés.
C’est ce vécu que La Réunion Citoyenne, présidée par Céline Sitouze, a mis au centre d’une prise de position publiée le 24 août 2026, à l’occasion de la visite d’Édouard Philippe sur l’île, dans le cadre de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Le mouvement ne conteste pas la légitimité de la démarche. Il pose une exigence : que le débat démocratique inclue un regard honnête sur ce que les réformes passées ont changé, concrètement, pour les Réunionnais.
Les familles qui bénéficiaient de l’APL accession ont été parmi les premières à en mesurer les effets. Cette aide, destinée à soutenir l’accès à la propriété pour les ménages modestes, avait été supprimée par le gouvernement Philippe. Face aux difficultés particulières que cela engendrait dans les territoires ultramarins, l’État avait finalement dû maintenir transitoirement le dispositif pour certaines opérations déjà engagées. Une inflexion qui témoigne, selon La Réunion Citoyenne, de la pression exercée par des réalités de terrain que les arbitrages nationaux n’avaient pas pleinement anticipées.
Les retraités, eux, ont connu une autre érosion. La hausse de la contribution sociale généralisée, la CSG, introduite en 2018, avait amputé le revenu disponible d’une partie d’entre eux. Face à la contestation sociale, le gouvernement avait partiellement revu sa copie, sans effacer entièrement l’impact de la mesure sur ceux qui l’avaient subi.
Les travailleurs ont vécu d’autres transformations, tout aussi concrètes. Les ordonnances Travail adoptées sous ce gouvernement ont profondément modifié le droit du travail, notamment en plafonnant les indemnités prud’homales et en élargissant la flexibilité accordée aux employeurs. La réforme de l’assurance chômage engagée en 2019 a durci certaines conditions d’accès et de rechargement des droits. Dans un territoire où le chômage dépasse structurellement les niveaux de l’Hexagone et où les jeunes sont particulièrement exposés, ces ajustements ont touché des personnes déjà vulnérables face au marché du travail.
À ces mesures s’est ajoutée la réduction des contrats aidés décidée à partir de 2017, qui a suscité de vives inquiétudes dans les collectivités locales et le tissu associatif ultramarin. Ces structures, souvent en première ligne pour accompagner les personnes fragilisées, ont ressenti l’impact de cette décision avant que le gouvernement ne désigne les Outre-mer comme territoires prioritaires dans le cadre du dispositif restant.
La Réunion Citoyenne souligne également que, pendant cette même période, le gouvernement Philippe a supprimé l’impôt de solidarité sur la fortune, l’ISF. Ce choix fiscal, perçu comme une conception particulière de la redistribution, tranche avec les efforts demandés simultanément aux ménages modestes et à une partie des retraités.
Céline Sitouze et son mouvement ne refusent pas la venue de l’ancien Premier ministre. Ils posent des questions précises, celles que portent les familles réunionnaises : comment lutter réellement contre la vie chère, quelle politique de logement pour les ménages de l’île, quelle égalité concrète entre l’Hexagone et les Outre-mer, quel avenir pour les jeunes sans emploi, quelle place pour les collectivités locales et les services publics, quelle continuité territoriale.
La Réunion Citoyenne affirme vouloir porter, dans le débat présidentiel, une vision fondée sur la justice sociale, l’égalité réelle, la solidarité et un modèle de développement construit avec et pour les Réunionnais. Le message adressé à Édouard Philippe est direct : venir à La Réunion, c’est accepter de répondre de ce que ses années au gouvernement ont changé pour ceux qui y vivent. Ce que les familles attendent de sa visite, c’est moins un programme qu’une réponse à ce qu’elles ont traversé.
Questions-réponses
Quel impact concret la baisse des APL a-t-elle eu sur les ménages modestes de La Réunion?
Dès 2017, la baisse des aides personnalisées au logement a représenté cinq euros de moins par mois pour les ménages modestes, une somme qui a pesé sur des budgets déjà serrés dans un territoire où la pauvreté est structurellement plus élevée que dans l'Hexagone.
Pourquoi la suppression de l'APL accession a-t-elle posé un problème particulier dans les Outre-mer?
Cette aide soutenait l'accès à la propriété pour les ménages modestes. Sa suppression a engendré des difficultés spécifiques dans les territoires ultramarins, contraignant l'État à maintenir transitoirement le dispositif pour certaines opérations déjà engagées, ce que La Réunion Citoyenne interprète comme la preuve que les arbitrages nationaux n'avaient pas pleinement anticipé les réalités de terrain.
Comment les travailleurs et les jeunes sans emploi de La Réunion ont-ils été affectés par les réformes du gouvernement Philippe?
Les ordonnances Travail ont plafonné les indemnités prud'homales et élargi la flexibilité accordée aux employeurs. La réforme de l'assurance chômage de 2019 a durci les conditions d'accès aux droits. Dans un territoire où le chômage dépasse structurellement les niveaux de l'Hexagone, ces mesures ont touché des personnes déjà vulnérables, notamment les jeunes.
Que demande La Réunion Citoyenne à Édouard Philippe lors de sa visite sur l'île?
Le mouvement, présidé par Céline Sitouze, ne refuse pas la venue de l'ancien Premier ministre mais exige qu'il réponde aux questions concrètes des familles réunionnaises: lutte contre la vie chère, politique de logement, égalité réelle entre l'Hexagone et les Outre-mer, avenir des jeunes sans emploi, place des collectivités locales et continuité territoriale.