Un sac en plastique jeté dans un terrain vague. C’est par ce geste, banal dans sa précipitation, que la vie de deux hommes bascule dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 septembre 2026, à Maurice.
Tout commence à Roches-Brunes, en fin d’après-midi. Un Mauricien de 23 ans est contrôlé par des agents de l’ADSU, l’unité antidrogue. Dans ses poches, 110 grammes de cannabis, le zamal local. Face aux policiers, il choisit de coopérer et les conduit jusqu’à son fournisseur, installé à Brisée-Verdière, dans les hauteurs du Nord-Nord-Est de l’île.
Additional reference context is available at https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/ile-maurice-le-fils-du-directeur-de-la-banque-de-developpement-de-maurice-arrete-pour-trafic-de-drogue-1736018.html.
À leur arrivée, le locataire prend la fuite, sac en main. Rattrapé en quelques instants, il est interpellé. Le sac, qu’il avait tenté de jeter dans un terrain vague voisin, est retrouvé. Son contenu, révélé par IonNews, ne laisse aucun doute sur la nature du trafic présumé : 681 grammes de cocaïne et 323 grammes de méthamphétamine cristallisée, le “cristal meth”. La saisie est estimée à 15 millions de roupies mauriciennes.
Ce qui donne à l’affaire une portée nationale, c’est l’identité de ce locataire. Il est le fils d’Hemraj Rubee, Président-directeur général de la Banque de développement de Maurice, institution dont la direction avait été confiée à Rubee par la majorité au pouvoir, selon Le Mauricien du 22 décembre 2025. L’information a franchi rapidement les frontières de l’île, relayée notamment par le site la1ere.franceinfo.fr. L’opposition mauricienne n’a pas tardé à s’en emparer pour accentuer sa pression sur le gouvernement, même si, légalement, les actes reprochés au fils ne peuvent être imputés au père.
Les deux hommes ont comparu devant la Cour de Justice à l’issue de leur première audition. Le fils du PDG de la BDM est depuis placé en détention provisoire.
Hemraj Rubee a choisi de rompre le silence. Dans un communiqué diffusé par Radio1mu, il trace une ligne claire entre sa sphère familiale et ses fonctions à la tête de la banque. “Mon fils est majeur, et ne vit pas sous le même toit depuis plusieurs années”, écrit-il, ajoutant que les faits visés par l’enquête concernent son fils à titre strictement personnel et n’entretiennent aucun lien avec la DBM ni ses activités. Il dit respecter l’indépendance de la justice et refuse de commenter davantage une procédure en cours.
Entre ces deux trajectoires, celle d’un habitant de Roches-Brunes arrêté lors d’un simple contrôle et celle d’un homme placé en détention provisoire dans l’attente de la suite de la procédure, c’est toute la chaîne humaine d’un trafic présumé qui se dessine. Deux vies, deux milieux en apparence distincts, réunis par un sac retrouvé dans un terrain vague. Les prochaines semaines, devant la Cour de Justice, diront jusqu’où s’étend ce réseau et qui d’autre encore se retrouvera pris dans cet engrenage.