Jeunes des quartiers réunionnais voient leurs courts métrages projetés en salle
Des ateliers cinéma transforment le quotidien de jeunes Réunionnais issus de quartiers prioritaires.
Pour une quinzaine de jeunes issus des quartiers prioritaires de La Réunion, tout commence par une feuille blanche. Deux semaines plus tard, leurs films s’affichent sur grand écran, entourés de leurs proches. C’est le cœur de l’expérience proposée par les Kourmétraz, ateliers de création de courts métrages organisés hors temps scolaire par l’association Cinékour. Ces jeunes, âgés de 16 à 25 ans, apprennent à écrire, filmer et construire un film ensemble, encadrés par des professionnels du son, de l’image et de l’écriture.
La première semaine est consacrée à l’écriture et à la découverte des techniques. La deuxième est entièrement dédiée au tournage, avec accès à du matériel semi-professionnel de qualité. Chacun peut occuper plusieurs postes, devant et derrière la caméra.
Valentine Gaffiot, coordinatrice générale de Cinékour, décrit la vocation de l’association avec clarté : « L’idée, c’est de les rendre accessibles à des personnes qui souhaitent découvrir les métiers et la création cinématographique. » Fondée en 2016 et active dès 2017, Cinékour est coordinatrice du dispositif national Passeurs d’images à La Réunion. Elle mène un double travail : l’éducation aux images d’un côté, l’insertion et la professionnalisation de l’autre.
La restitution de ces ateliers prend elle-même une dimension collective et festive. Cinékour, ambassadrice de la Fête du court métrage à La Réunion, organise les projections dans le cadre de cet événement national. « C’est important qu’ils fassent communauté, et qu’ils voient leur travail valorisé : la diffusion se fait dans une belle salle de cinéma, sur écran géant, avec leurs proches, des partenaires de l’association, des journalistes… », précise Valentine Gaffiot. Pour des jeunes dispersés aux quatre coins de l’île, ces moments de rencontre comptent autant que le film lui-même.
L’action de Cinékour s’étend également à des publics plus vulnérables. L’association porte à La Réunion la déclinaison locale du dispositif national Des Cinés, La Vie !, baptisée Des Cinés, La Vie ! Péï, à destination des jeunes suivis par la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, dont certains sont en détention. Ces jeunes découvrent une sélection de courts métrages, participent à des ateliers citoyens autour des films et votent pour leur préféré.
En temps scolaire, Cinékour intervient dans des collèges et des lycées dans le cadre du dispositif national Écris ta série, en partenariat avec le CNC, en faisant intervenir des scénaristes réunionnais. Tous les deux ans, un stage organisé en partenariat avec la Fémis invite des encadrants de cette école à apporter leurs conseils et expériences aux jeunes de l’île. Chaque année, l’opération Les Talents La Kour, adossée au dispositif national Talents En Court du CNC, accompagne des porteurs de projets de courts métrages de fiction, à partir de 18 ans, à travers un concours, une résidence et une mise en réseau avec des acteurs du secteur local et national.
En complémentarité avec Cinékour, La Kourmétragerie, fondée en 2019, s’occupe de la distribution et de la diffusion des courts métrages tournés à La Réunion et dans la zone Océan Indien. Jade Paquien, responsable de la distribution, décrit un éventail d’actions culturelles : projections en salles, en festivals, partenariats avec des enseignants qui intègrent les courts métrages à leurs cours, ou encore collaboration avec Unis-Cité autour de la thématique Cinéma et Citoyenneté. En 2022, l’association a fait partie des lauréats de l’appel à projets du CNC « Diffusion 15-25 ans ».
Depuis 2024, La Kourmétragerie forme dix ambassadeurs sélectionnés chaque année pour valoriser le cinéma sur l’ensemble du territoire réunionnais. Ces jeunes médiateurs culturels animent des séances, organisent des rencontres avec des professionnels, font la promotion des films sur les réseaux sociaux et participent à des événements comme le FIFOI, le Festival International du Film de l’Océan Indien. Des formations assurées par des professionnels leur apprennent aussi à animer une séance et à faire vivre la sortie d’un film en ligne.
Ce travail a été reconnu sur la scène nationale en mai dernier, lors du Festival de Cannes, où La Kourmétragerie a reçu la Mention spéciale du Prix Distributeur décerné par Unifrance. Pour Jade Paquien, cette récompense dépasse la seule reconnaissance du travail accompli : « Cela montre que notre travail est légitime et nécessaire, et surtout que notre écosystème réunionnais fait pleinement partie du cinéma français. Ces imaginaires cinématographiques méritent d’être soutenus. » L’association est désormais partenaire de l’Institut Français d’Afrique du Sud, avec une séance spéciale prévue en ouverture du festival Fame Week Africa.
Une nouvelle initiative, portée par les ambassadeurs eux-mêmes, verra le jour en octobre : Check Zot Film, un concours de courts métrages ouvert aux 15-30 ans, professionnels ou non, qu’ils filment avec une caméra ou un iPhone. La thématique, une expression créole, sera dévoilée le 1er octobre. En décembre, tous les films reçus seront projetés sur grand écran lors d’une restitution, et les dix ambassadeurs composeront le jury. « Nous sommes fiers de lancer une telle action, qui permet aux gens de pratiquer le cinéma, d’expérimenter et d’échanger autour de leurs créations », dit Jade Paquien. Les deux associations bénéficient du soutien du CNC.
La question qui demeure ouverte est de savoir combien de ces jeunes médiateurs, formés dans leurs quartiers de l’île, franchiront à leur tour la ligne qui sépare le public des créateurs.
Questions-réponses
Qui sont les jeunes concernés par les ateliers Kourmétraz et que font-ils concrètement ?
Ce sont une quinzaine de jeunes âgés de 16 à 25 ans, issus des quartiers prioritaires de La Réunion. En deux semaines, ils apprennent à écrire, filmer et construire un court métrage, encadrés par des professionnels, avec accès à du matériel semi-professionnel. Leur film est ensuite projeté en salle devant leurs proches.
Comment Cinékour touche-t-elle les publics les plus vulnérables ?
L'association porte à La Réunion le dispositif Des Cinés, La Vie ! Péï, destiné aux jeunes suivis par la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, dont certains sont en détention. Ces jeunes découvrent des courts métrages, participent à des ateliers citoyens et votent pour leur préféré.
Quel rôle jouent les ambassadeurs formés par La Kourmétragerie depuis 2024 ?
Dix ambassadeurs sont sélectionnés chaque année pour valoriser le cinéma sur l'ensemble du territoire réunionnais. Ils animent des séances, organisent des rencontres avec des professionnels, font la promotion des films sur les réseaux sociaux et participent à des événements comme le Festival International du Film de l'Océan Indien.
Quelle reconnaissance nationale et internationale le travail de La Kourmétragerie a-t-il reçu ?
En mai dernier, lors du Festival de Cannes, La Kourmétragerie a reçu la Mention spéciale du Prix Distributeur décerné par Unifrance. L'association est également devenue partenaire de l'Institut Français d'Afrique du Sud, avec une séance spéciale prévue en ouverture du festival Fame Week Africa.