Petits planteurs mauriciens : de nouveaux investisseurs redonnent espoir à la filière thé
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Petits planteurs mauriciens : de nouveaux investisseurs redonnent espoir à la filière thé

Des familles de planteurs mauriciens retrouvent espoir grâce à des investissements inédits dans la culture du thé.

À Maurice, des petits planteurs au coeur d’un pari sur l’avenir du thé

Confrontés à une filière vieillissante, des planteurs mauriciens voient arriver de nouveaux investisseurs et espèrent une transformation durable de leur quotidien. Entre mécanisation, formation aux nouvelles techniques et réduction des importations, la production de thé à l’île Maurice entre dans une phase inédite.

Dans la région de Moka, au centre de l’île Maurice, les petits planteurs attendent depuis longtemps un signe concret. Il vient enfin d’arriver. Formation aux nouvelles méthodes de culture, fourniture de plants, aménagement des parcelles, accès à des machines de récolte : le conglomérat ER a lancé un investissement de 3 millions d’euros sur six ans dans une nouvelle plantation de thé à Valetta, avec la promesse d’associer les producteurs locaux à cette relance. Pour des hommes et des femmes confrontés chaque saison à une main-d’oeuvre qui se raréfie et à une population de planteurs qui vieillit, c’est une bouffée d’air dans un secteur que l’argent avait déserté depuis quarante ans.

Olivier Baissac, directeur général d’ER Agri Ltd., pose le constat sans détour. « Cela fait 40 ans qu’aucun investissement d’envergure n’a été fait dans le thé à Maurice. Si ER relance cette filière, c’est parce qu’elle a du sens au niveau agronomique et économique. Il faut savoir qu’aujourd’hui près de 30 % du thé consommé à Maurice est importé et notre ambition est de réduire cette dépendance et d’apporter de la valeur à nos terres agricoles. À ce jour, nous avons importé plus d’un million de boutures de cultivars kényans. Une trentaine d’hectares ont déjà été plantés. Les premiers théiers montrent une croissance très encourageante et notre première récolteuse arrivera en septembre avec une première récolte attendue début 2027. »

L’ambition est d’étendre progressivement les plantations sur 500 arpents, soit 210 hectares, dans les cinq prochaines années. Le site de Valetta n’a pas été choisi par hasard : ses sols acides et son climat humide, peu favorables à la canne à sucre, se révèlent particulièrement adaptés au thé. ER entend valoriser des terres agricoles qui peinent à trouver leur place dans une économie locale dominée par la canne, et il prévoit explicitement d’y associer les petits producteurs, les faisant entrer dans un écosystème plus large.

Cette dynamique, porteuse d’espoir, survient dans un contexte difficile pour ceux qui vivent du thé. Charles Guimbeau, directeur général du Groupe Saint-Aubin, propriétaire de Bois Chéri, acteur historique de la filière depuis la fin du XIXe siècle, décrit sans ménagement les réalités du terrain. « À Bois Chéri, nous croyons profondément à l’avenir du thé mauricien. C’est une filière qui est historique dans le pays et qui fait partie de notre patrimoine. Mais il est vrai que le secteur aujourd’hui fait face à pas mal de défis, notamment le manque de main-d’oeuvre qui devient de plus en plus important dans les champs, avec une population vieillissante notamment au niveau des planteurs », regrette-t-il.

Pour les familles qui cultivent le thé depuis des générations, cette réalité se traduit chaque jour par des parcelles de plus en plus difficiles à entretenir et une relève incertaine. Ce sont ces mêmes familles que Bois Chéri cherche à accompagner en engageant la mécanisation de ses plantations et de ses usines, tout en montant en gamme. Charles Guimbeau précise la stratégie : « Nous souhaitons aussi produire un thé de meilleure qualité, qui valorise notre terroir, et nous souhaitons développer des thés à plus forte valeur ajoutée. D’ailleurs, à Bois Chéri, nous utilisons le thé aussi pour produire du iced tea, des biscuits, du satini. »

La diversification des usages du thé, de la boisson traditionnelle aux produits dérivés, reflète une volonté de tenir compte des habitudes de consommation locales tout en créant de nouvelles sources de revenus pour les travailleurs et les planteurs qui portent cette tradition à bout de bras.

Un reportage sur ce sujet est accessible à l’adresse https://www.rfi.fr/fr/podcasts/afrique-%C3%A9conomie/20260907-l-%C3%AEle-maurice-mise-sur-de-nouveaux-investissements-pour-relancer-sa-fili%C3%A8re-th%C3%A9, où le correspondant Patrick Hilbert détaille depuis Port-Louis les contours de cette relance inédite.

Pour ER comme pour Bois Chéri, le défi est le même : transformer une filière fragilisée par des décennies de recul en une activité agricole viable, capable de couvrir une consommation locale que les productions actuelles ne suffisent plus à satisfaire. Le sort des planteurs qui ont maintenu cette tradition vivante, souvent malgré tout, dépendra en grande partie de la capacité de ces nouveaux modèles à tenir leurs promesses, non pas sur le papier, mais dans les champs.

Questions-réponses

Quels soutiens concrets les petits planteurs mauriciens reçoivent-ils grâce au nouvel investissement d'ER ?

Ils bénéficient de formations aux nouvelles méthodes de culture, de fournitures de plants, d'aménagements de parcelles et d'un accès à des machines de récolte, dans le cadre d'un investissement de 3 millions d'euros sur six ans à Valetta.

Quel défi quotidien les familles de planteurs de thé affrontent-elles à Maurice ?

Elles font face à une main-d'oeuvre de plus en plus rare, à une population de planteurs vieillissante et à des parcelles de plus en plus difficiles à entretenir, avec une relève incertaine pour les générations suivantes.

Comment Bois Chéri cherche-t-il à soutenir les travailleurs et planteurs qui portent la tradition du thé ?

Bois Chéri engage la mécanisation de ses plantations et de ses usines, monte en gamme pour produire un thé de meilleure qualité valorisant le terroir local, et diversifie les usages du thé vers des produits dérivés comme le iced tea, les biscuits et le satini, créant ainsi de nouvelles sources de revenus.

Pourquoi le site de Valetta a-t-il été choisi pour la nouvelle plantation, et quelle est l'ambition à long terme pour les producteurs locaux ?

Valetta a été retenu pour ses sols acides et son climat humide, peu favorables à la canne à sucre mais adaptés au thé. L'ambition est d'étendre les plantations sur 500 arpents (210 hectares) en cinq ans, en associant explicitement les petits producteurs locaux à cet écosystème élargi.

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