Réforme des pensions à Maurice : des travailleurs craignent d'être exclus à vie
Argent & Affaires

Réforme des pensions à Maurice : des travailleurs craignent d'être exclus à vie

Des syndicalistes mauriciens se mobilisent pour protéger la pension de vieillesse de milliers de familles.

Jane Ragoo perçoit déjà sa pension de Rs 15 555. Ce n’est pas pour elle qu’elle se bat. C’est pour ceux qui, selon elle, n’y auront jamais droit si la réforme passe. « Leur pension sera réduite. C’est une injustice et une discrimination », a déclaré la secrétaire générale de la Confédération des Syndicats des Secteurs Public et Privé (CTSP), debout sous la chaleur accablante devant l’Hôtel du Gouvernement, au milieu de dizaines de manifestants brandissant des pancartes aux slogans « Pansion a 60 an pa negosiab » et « Aret bwar disan lepep ».

Pour beaucoup de ces personnes, la journée de vendredi représente un moment décisif. L’Assemblée nationale doit se réunir cet après-midi pour poursuivre les débats sur le Finance Bill et l’Economic and Financial Measures (Miscellaneous) Bill en vue de leur adoption, confirmant officiellement le remplacement de la Basic Retirement Pension (BRP) par la State Age Pension (SAP). Pour les syndicalistes rassemblés depuis plusieurs jours devant le Parlement, ce vote n’est pas une affaire de politique budgétaire abstraite. C’est une question de survie concrète pour des milliers de familles mauriciennes.

Additional reference context is available at https://www.lemauricien.com/le-mauricien/adoption-du-finance-bil-reforme-de-la-pension-jour-j/713943/.

Rajshree Thylamay, présidente de l’Union des Travailleurs du ministère de la Santé, a expliqué simplement pourquoi elle avait bravé la chaleur : « pour défendre les intérêts de la population ». Sa pensée va au-delà du présent immédiat. « Nous nous battons pour les générations actuelles et futures. À la veille du vote du Finance Bill, nous demandons aux députés de penser à leurs enfants et aux générations à venir avant de soutenir cette réforme », a-t-elle dit.

Pregassen Moonien, président de la Plantation Workers Union (PWU), partage cette inquiétude pour l’avenir, mais nourrit aussi une amertume particulière envers le gouvernement actuel. « C’est la population qui lui a donné sa confiance. Aujourd’hui, il fait la sourde oreille », a-t-il affirmé, avant d’avertir que si le Finance Bill est adopté dans sa forme actuelle, son organisation n’exclut pas de durcir le mouvement.

Ces voix individuelles s’inscrivent dans une mobilisation collective orchestrée par la Platform Komin Sindikal, qui maintient une présence permanente devant l’Hôtel du Gouvernement depuis mardi, jour de la première lecture du Finance Bill, et ce malgré le règlement interdisant toute manifestation aux abords du Parlement lors des séances parlementaires.

Dans la soirée de jeudi, les dirigeants de la Platform ont renouvelé leur sit-in et lancé un appel particulier aux députés de la majorité, leur demandant de ne pas suivre aveuglément la ligne de leur parti. Ils ont réclamé une Division of Votes afin que chacun assume publiquement sa position. Rajen Valayden a formulé cette exigence sans ambiguïté : « Je dis à Navin Ramgoolam que s’il est réellement convaincu de disposer du soutien de tous ses ministres, qu’il organise un vote par division afin que chacun assume publiquement ses responsabilités. La population saura alors qui a voté quoi. »

Sharvin Sunnassee, négociateur, a adressé un avertissement direct aux élus : « Les parlementaires doivent comprendre que certains sobriquets attribués par la population peuvent les poursuivre toute leur vie. S’ils votent cette réforme, ils risquent d’être étiquetés comme les voleurs de pension. »

Radhakrishna Sadien, de la CITU, a rappelé que même lors des périodes économiques les plus difficiles, notamment durant la pandémie de Covid-19 ou dans les années 1980, personne n’avait touché à la pension de vieillesse. Il a également évoqué l’esprit du Right to Recall, prévenant que les élus devront rendre des comptes à leurs mandants s’ils votent la réforme.

Clency Bibi, de la GWF, a résumé le sentiment partagé par tous ceux présents devant le Parlement : « La dignité des retraités n’est pas négociable. L’État-Providence n’est pas à vendre. »

Jane Ragoo a formulé, elle aussi, un appel direct au Premier ministre Navin Ramgoolam, auteur du Finance Bill en sa qualité de ministre des Finances. « Le Premier ministre doit retirer les dispositions relatives à la réforme des pensions du Finance Bill. Nous ne demandons rien d’autre. Nous sommes prêts à poursuivre notre mobilisation aussi longtemps qu’il le faudra », a-t-elle prévenu. Elle a ajouté : « Le Premier ministre a aujourd’hui l’occasion de faire preuve de justice envers les personnes âgées. »

Du côté du Parlement, la marge de manœuvre des opposants à la réforme se trouve déjà réduite. La Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, a encadré les débats en exigeant que les interventions des députés se limitent strictement aux mesures contenues dans les deux projets de loi, sans rouvrir les débats de politique générale déjà tenus lors du projet de loi d’appropriation 2026-27. Le leader de l’opposition Joe Lesjongard devrait ouvrir les débats cet après-midi.

En marge des tensions sur la réforme des pensions, le Premier ministre Navin Ramgoolam a donné avis d’une motion visant à créer un Select Committee de l’Assemblée nationale sur l’introduction officielle du Kreol Morisien lors des travaux parlementaires (la motion est datée du 29, faisant suite à un rapport soumis par la Speaker le 12 mars dernier). Joanna Bérenger, du Fron Militan Progresis (FMP), prévoit d’interpeller le Leader of the House sur ce sujet lors du Prime Minister’s Question Time de mardi prochain. Mais pour les familles qui comptent sur leur pension, une seule question occupera toutes les pensées cet après-midi : comment leurs élus voteront-ils, et assumeront-ils ce choix devant elles ?

Questions-réponses

Pourquoi Jane Ragoo manifeste-t-elle alors qu'elle perçoit déjà sa pension ?

Jane Ragoo se bat pour ceux qui, selon elle, n'auront jamais droit à une pension si la réforme est adoptée. Elle dénonce une injustice et une discrimination envers les futurs retraités.

Que réclament concrètement les syndicalistes aux députés de la majorité ?

Ils demandent aux députés de ne pas suivre aveuglément la ligne de leur parti et exigent une Division of Votes afin que chacun assume publiquement sa position devant la population.

Quel avertissement Sharvin Sunnassee adresse-t-il aux parlementaires ?

Il prévient que les parlementaires qui voteraient la réforme risquent d'être étiquetés comme les voleurs de pension par la population, un sobriquet qui pourrait les poursuivre toute leur vie.

Quelle autre question parlementaire est évoquée en marge de la réforme des pensions ?

Le Premier ministre Navin Ramgoolam a donné avis d'une motion pour créer un Select Committee sur l'introduction officielle du Kreol Morisien lors des travaux parlementaires. Joanna Bérenger du FMP prévoit d'interpeller le Leader of the House à ce sujet lors du Prime Minister's Question Time de mardi prochain.