Des millions de Malgaches face à la faim et aux coupures d'eau avec El Niño
Sécheresse, inondations et pannes d'électricité : les Malgaches vulnérables face à un El Niño d'intensité exceptionnelle.
El Niño menace les communautés malgaches : sécheresse, inondations et coupures d’électricité
Dans le Grand Sud malgache, 2,6 millions de personnes vivent déjà sous la menace d’une insécurité alimentaire aiguë. Avec l’arrivée d’El Niño, dont l’intensité est qualifiée de “très forte” cette année, leur quotidien risque de se détériorer encore davantage. Les Nations unies ont décidé de débloquer 6 millions de dollars pour soutenir les communautés de cette région, anticipant une “grave sécheresse” directement liée au phénomène climatique.
Madagascar figure parmi les trois pays d’Afrique australe les plus exposés à El Niño, aux côtés du Mozambique et du Malawi, selon un rapport publié en août par le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha). Les projections dressent un tableau préoccupant : des précipitations inférieures à la normale dans le centre et le sud du pays, et des pluies diluviennes potentiellement accompagnées d’inondations dans le nord. Toutes les régions de la Grande Île sont concernées. Les populations qui dépendent des écosystèmes locaux pour leur subsistance se trouvent en première ligne.
Sur le littoral, la menace prend une forme particulièrement concrète. Tantely Andriambololona, chargé de l’adaptation au changement climatique au WWF Madagascar, insiste sur la fragilité des communautés côtières. “Au niveau du littoral, les mangroves et les récifs coralliens sont vraiment dépendants des changements de régimes pluviométriques”, explique-t-il. Ces écosystèmes jouent un rôle fondamental : ils constituent une barrière naturelle face aux cyclones et à la montée des eaux, soutiennent les activités d’écotourisme et assurent la reproduction des espèces marines comme les crabes et certains poissons, contribuant directement à l’alimentation locale. “Ce qui nous préoccupe, c’est cette vulnérabilité des écosystèmes naturels qui contribuent aux activités économiques d’écotourisme et constituent une barrière naturelle pour les communautés face aux cyclones et à la montée des eaux”, précise-t-il.
Plus loin des côtes, la capitale Antananarivo est elle aussi exposée. Njaka Andriantefiarinesy, président de l’association des journalistes en environnement de Madagascar, tire la sonnette d’alarme sur l’approvisionnement en électricité de la ville. Le barrage hydroélectrique d’Andekaleka, situé dans la région d’Alaotra Mangoro et assurant une grande partie de la production d’énergie pour le réseau interconnecté de la capitale, est directement menacé. “L’eau vient à manquer chaque année, mais cela risque de s’aggraver avec le phénomène El Niño car la période d’étiage pourrait se prolonger”, alerte-t-il. Pour les habitants d’Antananarivo, cela se traduit concrètement par le risque de coupures ou de tensions sur l’alimentation électrique, affectant la vie quotidienne de toute une population urbaine.
El Niño s’inscrit dans un contexte déjà difficile pour Madagascar, une île habituée aux phénomènes climatiques extrêmes de façon récurrente. Le phénomène risque d’accentuer des fragilités existantes plutôt que d’en créer de nouvelles. Pour les familles rurales du sud, les pêcheurs des zones côtières et les citadins d’Antananarivo qui dépendent d’un réseau électrique vulnérable, la saison à venir s’annonce comme une épreuve supplémentaire. La question qui se pose désormais est de savoir si les 6 millions de dollars débloqués par les Nations unies suffiront à amortir le choc pour les millions de Malgaches que ce climat de plus en plus instable frappe en premier.
Questions-réponses
Quelles populations malgaches sont les plus directement menacées par El Niño ?
Les familles rurales du Grand Sud, les pêcheurs et communautés des zones côtières, ainsi que les habitants d'Antananarivo qui dépendent d'un réseau électrique vulnérable sont les plus exposés. Au total, 2,6 millions de personnes vivent déjà sous la menace d'une insécurité alimentaire aiguë dans le Grand Sud.
Pourquoi les communautés côtières sont-elles particulièrement vulnérables ?
Selon Tantely Andriambololona, chargé de l'adaptation au changement climatique au WWF Madagascar, les mangroves et les récifs coralliens dont dépendent ces communautés sont très sensibles aux changements de régimes pluviométriques. Ces écosystèmes assurent une barrière naturelle contre les cyclones et la montée des eaux, soutiennent l'écotourisme et garantissent la reproduction des espèces marines essentielles à l'alimentation locale.
Quel risque El Niño fait-il peser sur l'approvisionnement en électricité d'Antananarivo ?
Le barrage hydroélectrique d'Andekaleka, situé dans la région d'Alaotra Mangoro et assurant une grande partie de la production d'énergie pour le réseau interconnecté de la capitale, est menacé par une prolongation de la période d'étiage. Njaka Andriantefiarinesy, président de l'association des journalistes en environnement de Madagascar, alerte sur le risque de coupures ou de tensions sur l'alimentation électrique pour toute la population urbaine.
Quelle aide internationale a été mobilisée et est-elle jugée suffisante ?
Les Nations unies ont débloqué 6 millions de dollars pour soutenir les communautés du Grand Sud malgache, anticipant une grave sécheresse liée à El Niño. L'article soulève toutefois la question de savoir si cette somme suffira à amortir le choc pour les millions de Malgaches frappés en premier par ce climat de plus en plus instable.