Jeunes vies brisées sur les routes : les drames humains derrière les débats parlementaires
Accidents mortels, familles endeuillées et scandales politiques au coeur d'une semaine parlementaire chargée.
Un jeune homme de 20 ans, positif à l’alcootest, a provoqué la mort d’un de ses passagers sur la route du Morne. Une étudiante de 19 ans a été impliquée dans une collision avec une moto, dont le conducteur est décédé après plusieurs jours d’hospitalisation. Ce sont ces visages, ces destins brisés, qui donnent toute leur gravité aux débats de la semaine écoulée à l’Assemblée nationale.
Plus de 100 morts sur les routes mauriciennes à fin août, contre 85 enregistrés à la même période l’année précédente. Derrière ce chiffre, des familles endeuillées, des proches attendant aux urgences, des conducteurs dont un seul trajet a tout changé. Les nouvelles dispositions radicales sur les délits routiers, votées lors de la séance parlementaire de mardi dernier, sont censées répondre à cette urgence humaine. Les mesures adoptées prévoient notamment des amendes à la hausse et des saisies de véhicules.
Mais des voix s’interrogent sur ce qui reste absent du dispositif : le permis probatoire, la conduite accompagnée pour jeunes conducteurs, et une réponse claire à la situation des utilisateurs de scooters ou de quads qui circulent sans casque de protection à toute heure. Comme le souligne Josie Lebrasse dans son analyse publiée à l’adresse https://www.lemauricien.com/week-end/un-fizet-qui-coule-le-ministre/716889/, la lutte contre l’insécurité routière ne saurait se résumer à plus d’infractions, plus de répression, plus d’amendes et plus d’argent. Le permis à points, dont la réintroduction est récente, n’a pas encore prouvé pleinement son efficacité. La multiplication des mesures restrictives à grande vitesse traduit une forme de panique face à un bilan toujours plus meurtrier.
Ces drames sur les routes ont cependant occupé un espace secondaire dans l’actualité parlementaire, éclipsés par une affaire aux enjeux politiques et éthiques considérables : le Jeetoogate, qui continue de peser sur le ministre de la Santé Anil Bachoo.
Tout a commencé avec une information publiée en primeur par Week-End, révélant dans quel cadre le ministre avait bénéficié d’une intervention médicale à l’hôpital Jeetoo. Anil Bachoo avait promptement publié un communiqué affirmant que son médecin personnel n’était qu’un simple observateur lors de l’opération, et que cela était permis par le service public. Il croyait que la page était tournée.
C’est le Premier ministre Navin Ramgoolam lui-même qui a démoli cette version, lors des débats parlementaires autour de la première Private Notice Question du nouveau leader de l’opposition, Chetan Baboolall. Ramgoolam a reconnu que c’est bien le spécialiste en chirurgie mini-invasive du ministre qui a réalisé l’intervention, en utilisant la logistique de la santé publique. En admettant ce fait, il a implicitement reconnu que son ministre avait menti. La pirouette tentée pour atténuer la faute, évoquant les possibles effets de l’anesthésie sur la mémoire d’Anil Bachoo, n’a convaincu personne.
Ramgoolam a également dû admettre qu’il n’existait pas de protocole pour de telles intrusions du secteur privé dans les établissements publics, en dehors des spécialistes étrangers venus procéder à des opérations délicates. Il a reconnu la nécessité d’établir un protocole clair, applicable à tous, et non aux seules convenances d’un ministre de tutelle qui traiterait les établissements publics comme une propriété personnelle.
C’est dans ce contexte que la demande de démission du ministre et l’institution d’un comité d’enquête sur le Jeetoogate ont été formulées. Loin d’être excessives, ces demandes s’inscrivent dans une tradition bien établie dans les démocraties. Boris Johnson a quitté son poste de Premier ministre en 2023 après que la presse a révélé les faits réels entourant les partygates organisées au 10 Downing Street en pleine pandémie de COVID. Damian Green, ministre britannique, avait dû démissionner à la demande de la Première ministre Theresa May après avoir fait des déclarations publiques inexactes concernant des images découvertes sur son ordinateur de fonction. En France, Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, avait démissionné après avoir menti au Parlement sur son compte caché en Suisse.
Le dossier est désormais entre les mains de la Financial Crimes Commission. Deux récits circulent sur l’origine de cette saisine : certains avancent qu’elle fait suite à une déposition formelle de l’ancien ministre MSM Deepak Balgobin, d’autres affirment que la commission avait déjà engagé une investigation de sa propre initiative. La FCC, qui publie habituellement des communiqués lorsque cela lui convient, n’a pas encore diffusé la moindre information sur ce qui constitue pourtant une première : une enquête ouverte sur un membre du gouvernement depuis l’avènement de l’alliance du changement.
Quant à Chetan Baboolall, dont la première Private Notice Question a involontairement déclenché toute cette séquence, il a certes manqué d’audace et de répartie, n’utilisant pas la totalité du temps qui lui était imparti. Mais c’est bien son intervention qui a conduit le Premier ministre à contredire publiquement son propre ministre de la Santé. Le terme « fizet », repris par certains pour qualifier cette première sortie du nouveau leader de l’opposition, résonne différemment à la lumière des conséquences qu’elle a engendrées pour Anil Bachoo. La façon dont la FCC communiquera sur ce dossier sera, elle-même, un indicateur important à surveiller dans les semaines à venir.
Questions-réponses
Quels drames humains ont mis en lumière l'urgence de la sécurité routière à Maurice cette semaine ?
Un jeune homme de 20 ans, positif à l'alcootest, a provoqué la mort d'un passager sur la route du Morne, et une étudiante de 19 ans a été impliquée dans une collision avec un motocycliste décédé après plusieurs jours d'hospitalisation.
Quelles mesures ont été adoptées par l'Assemblée nationale pour lutter contre l'insécurité routière, et que reprochent leurs critiques ?
Les nouvelles dispositions prévoient des amendes à la hausse et des saisies de véhicules. Leurs critiques regrettent l'absence du permis probatoire, de la conduite accompagnée pour jeunes conducteurs et d'une réponse claire pour les utilisateurs de scooters ou de quads circulant sans casque.
Comment le Jeetoogate a-t-il évolué lors des débats parlementaires de la semaine ?
Le Premier ministre Navin Ramgoolam a reconnu que le spécialiste privé du ministre Anil Bachoo avait bien réalisé l'intervention à l'hôpital Jeetoo en utilisant la logistique publique, contredisant ainsi le communiqué du ministre qui affirmait que son médecin n'était qu'un simple observateur.
Quel rôle Chetan Baboolall a-t-il joué dans le déclenchement de la séquence du Jeetoogate ?
Sa première Private Notice Question en tant que nouveau leader de l'opposition a conduit le Premier ministre à contredire publiquement son propre ministre de la Santé, déclenchant ainsi toute la séquence qui a abouti à l'ouverture d'une enquête de la Financial Crimes Commission.