Jeunes Malgaches d'Antananarivo réclament la fin d'un parlement qui les ignore
Océanie

Jeunes Malgaches d'Antananarivo réclament la fin d'un parlement qui les ignore

Des habitants de la capitale exigent une assemblée qui travaille vraiment pour eux.

Une vingtaine de jeunes Malgaches contre une assemblée qui ne les représente plus

Ils ont une vingtaine d’années, se réclament de la Gen Z, et leur semaine a commencé par un acte de rupture. En publiant sur les réseaux sociaux un appel à la dissolution de l’Assemblée nationale avant le 25 septembre 2026, ces jeunes habitants d’Antananarivo ont mis des mots simples sur un sentiment que beaucoup partagent dans les rues de la capitale : « Les députés ne représentent plus le peuple. » Ce n’est pas une formule creuse. C’est la conclusion à laquelle nombre de Malgaches ordinaires sont arrivés après avoir regardé leurs représentants voltiger d’un camp à l’autre depuis des mois.

La date choisie n’est pas anodine. Le 25 septembre marquera le premier anniversaire du début de la mobilisation contre l’ex-président déchu, Andry Rajoelina, une séquence encore vive dans la mémoire collective. Pour ces jeunes, il s’agit de rappeler que la rue avait parlé, et que rien, ou presque, n’a changé depuis.

L’appel a rapidement trouvé un écho au-delà des cercles militants. L’Assedu-Mada, l’une des principales organisations étudiantes du pays, l’a relayé, donnant à cette indignation une portée institutionnelle. La formule de l’un des membres du mouvement résume un sentiment d’abandon profond : « Quel que soit le régime en place, l’Assemblée nationale est chroniquement inutile et toujours à la solde du pouvoir exécutif. »

Ces jeunes ne se sont pas limités aux réseaux sociaux. Ils ont formellement demandé à la Présidence et à la Primature la dissolution de l’institution, une démarche structurée qui témoigne d’une volonté d’être pris au sérieux.

Ce rejet s’explique en partie par les trajectoires politiques des députés eux-mêmes. Lors des élections législatives de mai 2024, 84 des 163 députés avaient été élus sous les couleurs de la coalition Irmar, la formation d’Andry Rajoelina. Certains d’entre eux ont ensuite voté une motion d’empêchement contre leur propre leader, le 14 octobre 2025, avant de rejoindre, deux semaines avant la publication de cet article, une plateforme de soutien au régime de transition. Ces revirements successifs ont alimenté la défiance de nombreux citoyens envers leurs représentants. Pour beaucoup, l’Assemblée ressemble moins à une chambre du peuple qu’à un instrument du pouvoir du moment.

Le parti Kintana avait tenté une voie juridique en saisissant la Haute Cour constitutionnelle pour obtenir la dissolution. La requête a été jugée irrecevable le 26 août 2026. Cette porte est fermée.

C’est dans ce contexte de pression que s’est ouverte, le 25 août 2026, une session extraordinaire de l’Assemblée nationale, réunie pour examiner sept projets de loi. Le président de l’institution, Siteny Randrianasoloniaiko, a pris la parole en ouverture pour défendre son bilan. Il a mis en avant les travaux des commissions parlementaires, notamment les investigations sur l’usage des deniers publics sous le précédent régime et sur la Jirama, la société nationale de production et de distribution d’eau et d’électricité. Ces éléments constituent sa ligne de défense face à ceux qui jugent la chambre inerte.

Par contraste, pour les jeunes qui ont lancé l’appel, ces arguments paraissent lointains. Ce qu’ils vivent au quotidien, c’est l’impression que leurs représentants travaillent pour eux-mêmes.

La décision de dissoudre l’Assemblée appartient exclusivement au chef de l’État, Michaël Randrianirina. Selon un analyste politique cité dans un reportage de RFI (disponible à l’adresse https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260828-madagascar-des-jeunes-appellent-%C3%A0-la-dissolution-de-l-assembl%C3%A9e-nationale-son-pr%C3%A9sident-d%C3%A9fend-son-action), cette hypothèse est « redoutée par Siteny car il n’existerait plus politiquement sans son réseau de députés ». Une rivalité croissante entre les deux hommes est évoquée par plusieurs sources, dans la perspective de l’élection présidentielle prévue au plus tard à la fin de l’année 2027.

Ces calculs de palais semblent bien éloignés des préoccupations des jeunes qui ont pris la parole cette semaine. Ce qu’ils demandent est simple : que leurs représentants le soient vraiment. Si Michaël Randrianirina choisira ou non d’agir avant le 25 septembre, la question reste ouverte. Mais l’appel, lui, est lancé.

Questions-réponses

Pourquoi ces jeunes d'Antananarivo réclament-ils la dissolution de l'Assemblée nationale ?

Ils estiment que les députés ne représentent plus le peuple et travaillent pour eux-mêmes. Les revirements politiques répétés des élus, passés d'une coalition à l'autre, ont renforcé ce sentiment d'abandon au quotidien.

Quelle date limite les jeunes ont-ils fixée, et pourquoi ce choix ?

Ils demandent la dissolution avant le 25 septembre 2026, date qui marquera le premier anniversaire de la mobilisation contre l'ex-président Andry Rajoelina, un moment encore vif dans la mémoire collective.

Qui a soutenu cet appel et quelles démarches concrètes ont été entreprises ?

L'organisation étudiante Assedu-Mada a relayé l'appel. Les jeunes ont également adressé une demande formelle de dissolution à la Présidence et à la Primature, au-delà de leur mobilisation sur les réseaux sociaux.

Qui a le pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale et quels obstacles existent ?

La dissolution appartient exclusivement au chef de l'État Michaël Randrianirina. La voie juridique est fermée depuis que la Haute Cour constitutionnelle a jugé irrecevable la requête du parti Kintana le 26 août 2026.

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