600 000 orpailleurs malgaches au centre d'un nouveau système de collecte d'or

600 000 orpailleurs malgaches au centre d'un nouveau système de collecte d'or

Des points de collecte officiels pour sortir des centaines de milliers d'orpailleurs de l'informalité

Dans les exploitations artisanales qui parsèment les abords d’Ambilobe, de Maevatanana, de Miandrivazo et de Mananjary, des centaines de milliers de personnes creusent la terre à la recherche d’or. Souvent sans protection, souvent sans statut légal. Ce sont eux, ces 600 000 orpailleurs que recense la Banque centrale de Madagascar, qui se trouvent au cœur d’un nouveau dispositif annoncé ces derniers jours par l’institution publique : l’ouverture de points de collecte d’or dans ces quatre zones à haut potentiel aurifère, réparties entre le nord, l’ouest et le sud-est de la Grande Île.

Pour ces travailleuses et travailleurs de l’informalité, le changement annoncé touche d’abord à leur santé. La Banque centrale a explicitement formulé l’objectif d’éliminer l’usage du mercure dans les exploitations artisanales. Cette substance, couramment utilisée pour séparer l’or de la roche, expose chaque jour ceux qui la manipulent à des risques sanitaires reconnus. Moins de mercure signifie des corps moins abîmés.

La filière dans laquelle ces femmes et ces hommes évoluent est aujourd’hui largement tenue par de puissants réseaux de trafiquants. Le ministère des Mines estimait qu’en 2024, une tonne d’or quittait clandestinement Madagascar chaque mois, sans jamais être taxée. L’écart avec les volumes officiels est saisissant : l’an dernier, seulement 13 kilos d’or ont transité par le guichet unique d’exportation, la plateforme légale de commerce du métal. Ce n’est pas un marché parallèle. C’est le marché principal.

C’est précisément dans ce rapport de forces que la Banque centrale cherche à s’insérer, en se positionnant comme acheteur direct autour des quatre villes retenues. L’objectif est de proposer aux orpailleurs une sortie concrète de l’informalité : un endroit où vendre leur production, dans un cadre tracé, contrôlé, légal. Pour beaucoup, ce serait une première.

L’institution a aussi ses propres raisons d’agir. Elle ne détient aujourd’hui qu’une tonne d’or dans ses réserves et souhaite augmenter ce volume, dans le sillage d’une tendance observée parmi les banques centrales à l’échelle mondiale. Diversifier les réserves de change doit, selon elle, contribuer à stabiliser l’ariary, la monnaie nationale malgache, soumise à de fortes fluctuations.

Guilhem Fabry, correspondant depuis Antananarivo, souligne l’ampleur du défi. Faire reculer une contrebande extrêmement lucrative est une chose. Intégrer dans un cadre réglementé des centaines de milliers de personnes qui n’ont jamais eu le moindre lien structuré avec une institution formelle en est une autre, bien plus difficile encore. Les circuits illégaux occupent ces territoires depuis longtemps. Ils connaissent les pistes, les intermédiaires, les habitudes des orpailleurs.

Ce que le nouveau dispositif peut changer dans la vie quotidienne de ces femmes et de ces hommes, dans leurs conditions de travail, dans la stabilité de leurs revenus, dépendra d’une question simple et encore sans réponse : les points de collecte parviendront-ils à s’implanter durablement là où les réseaux clandestins sont installés de longue date ?

Questions-réponses

Qui sont les principales personnes concernées par ce nouveau dispositif, et dans quelles conditions travaillent-elles?

Ce sont quelque 600 000 orpailleurs recensés par la Banque centrale de Madagascar, qui creusent la terre dans des exploitations artisanales autour d'Ambilobe, Maevatanana, Miandrivazo et Mananjary, souvent sans protection et sans statut légal.

Quel risque sanitaire concret pèse sur ces travailleuses et travailleurs au quotidien?

Ils sont exposés chaque jour au mercure, une substance utilisée pour séparer l'or de la roche et reconnue pour ses effets nocifs sur la santé. L'élimination de cet usage est l'un des objectifs explicitement formulés par la Banque centrale.

Pourquoi les orpailleurs vendent-ils majoritairement leur production à des réseaux clandestins plutôt qu'à des structures légales?

Les circuits illégaux sont implantés de longue date dans ces territoires; ils connaissent les pistes, les intermédiaires et les habitudes des orpailleurs. En 2024, seulement 13 kilos d'or ont transité par le guichet unique légal, contre une tonne exportée clandestinement chaque mois.

Quelle est la principale incertitude qui pèse sur l'avenir de ce dispositif pour les orpailleurs?

La question centrale, encore sans réponse, est de savoir si les points de collecte parviendront à s'implanter durablement dans des zones où les réseaux clandestins sont solidement installés, ce qui conditionne tout changement réel dans les conditions de vie et de travail de ces femmes et de ces hommes.