Moins de 3 dollars par jour : des millions de familles malgaches face à la réforme qui ne
Des familles malgaches sous le seuil de pauvreté pendant que la transition peine à tenir ses promesses.
Un fonctionnaire malgache reçoit sa fiche de paie et constate l’évidence : l’augmentation accordée depuis janvier 2026 ne lui permet toujours pas d’atteindre trois dollars par jour, ce seuil international de pauvreté que les chiffres officiels semblent ignorer. C’est de ce fossé concret, celui que des millions de familles ordinaires vivent chaque matin, que part Herininahary Mosesy pour écrire son bilan de dix mois de transition.
Mosesy n’est pas un observateur ordinaire. Ingénieur diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris, titulaire d’un Certificat d’Études Politiques de Sciences Po Toulouse, fort de trente ans d’expérience internationale en gestion de projets complexes, il préside l’AOVPM, l’Observatoire de la Vie Publique de Madagascar. Son bilan, publié depuis le 14 octobre 2025, ne ménage personne.
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Sa formule d’ouverture est une convocation directe : « Lève-toi et va car dix mois de junte a dilué l’appel du 25 septembre ! » La figure de Moïse est délibérée. Il s’agit de rappeler aux Malgaches que leur pays leur demande, aujourd’hui, de réagir.
Quelques avancées existent, et Mosesy les reconnaît. Les salaires des fonctionnaires ont progressé de 14 % depuis janvier 2026, la masse salariale augmentant de 26 % par rapport à 2025. Le salaire minimum garanti dans le secteur privé non agricole a été relevé à 300 000 Ariary, environ 60 euros. Les syndicalistes eux-mêmes concèdent que ce montant reste insuffisant. Les bourses étudiantes ont grimpé de 20 %, les équipements de plus de 51 %, avec un paiement désormais digitalisé via le Trésor. Mais un étudiant de première ou deuxième année perçoit 26 400 Ariary par mois. Cinq euros.
Le régime a par ailleurs mis fin au système de captation de l’importation des produits pétroliers, jusqu’alors coordonnée par les distributeurs privés TotalEnergies, Vivo Energy, Rubis/Galana et Axian/Jovena. Une rupture réelle. Elle reste partielle : elle concerne le gasoil des centrales, pas encore l’essence des stations, et génère des tensions avec les anciens opérateurs à Toamasina.
Ce que ces chiffres ne montrent pas, ce sont les familles qui vivent sans eau courante ni électricité fiable. La JIRAMA, opérateur public d’eau et d’électricité, ne promet une amélioration qu’à la fin 2026. La multiplication des disparitions a conduit à décréter un deuil national le 24 juillet 2026. La dette publique a atteint 51,3 % du PIB en 2025 selon le FMI. Et la corruption, cause centrale des soulèvements de la Gen Z qui ont renversé le gouvernement précédent, a empiré : Madagascar est passée de la 140e à la 148e place sur 182 pays dans le classement 2025 de l’indice de perception de la corruption.
Sur le plan institutionnel, deux Premiers ministres se sont succédé en moins de cinq mois. Le calendrier électoral demeure flou. La suspension de Madagascar par l’Union africaine, prononcée le 15 octobre 2025, n’a toujours pas été levée.
Face à ce tableau, Mosesy propose six chantiers prioritaires : l’accès à l’eau potable et à l’électricité, l’assainissement de la fonction publique, l’éducation politique des citoyens, la régulation du secteur minier, la protection des filières d’exportation stratégiques comme la vanille, le litchi ou le girofle, et la sécurité aéroportuaire. Pour chacun, il réclame des indicateurs publics et un calendrier contraignant. Les zones prioritaires rétablies en électricité dans trois mois, l’eau potable accessible dans tous les bâtiments publics à six mois.
Le pilotage qu’il envisage serait tripartite : la légitimité institutionnelle du Conseil de la transition, la légitimité morale du FFKM, et la légitimité populaire des représentants de la jeunesse et de la société civile. Un conseil consultatif de dix-huit à vingt-quatre membres, répartis en trois collèges (société civile et syndicats, jeunesse et associations étudiantes, secteur privé et expertise technique), produirait des rapports trimestriels citoyens, des mémorandums thématiques et un rapport périodique de synthèse assorti d’indicateurs de résultats.
Sur la justice, Mosesy est explicite : aucune amnistie ne saurait couvrir la corruption systémique ou les détournements de fonds publics prouvés. Une commission d’enquête sur les événements de septembre-octobre 2025 devra être ouverte, et un mécanisme de poursuite des détournements avérés mis en place.
L’ensemble de ce dispositif de refondation devrait se dérouler sur dix-huit mois, jalonnés trimestriellement. Condition indispensable, selon lui, à une réintégration rapide dans le concert des nations. Il ne promet pas de miracle. Il pose une question que les familles malgaches posent elles-mêmes, chaque jour : à quel moment les fondations seront-elles enfin assez solides pour bâtir quelque chose de durable ?
Questions-réponses
Pourquoi les familles malgaches ressentent-elles si peu les effets des hausses salariales annoncées ?
Malgré une hausse de 14 % des salaires des fonctionnaires et un relèvement du salaire minimum privé à 300 000 Ariary (environ 60 euros), ces montants restent en deçà du seuil international de pauvreté de trois dollars par jour. Les syndicalistes eux-mêmes reconnaissent que ce niveau demeure insuffisant pour couvrir les besoins quotidiens des ménages.
Quelle est la situation concrète des étudiants bénéficiaires de bourses ?
Bien que les bourses étudiantes aient augmenté de 20 %, un étudiant de première ou deuxième année ne perçoit que 26 400 Ariary par mois, soit environ cinq euros, un montant qui illustre l'écart persistant entre les annonces officielles et la réalité vécue par les jeunes Malgaches.
Quels services publics essentiels font encore défaut aux foyers malgaches ordinaires ?
De nombreuses familles vivent sans eau courante ni électricité fiable. La JIRAMA, opérateur public d'eau et d'électricité, ne promet une amélioration qu'à la fin 2026. Herininahary Mosesy exige que l'eau potable soit accessible dans tous les bâtiments publics dans un délai de six mois et que les zones prioritaires soient rétablies en électricité sous trois mois.
Comment Herininahary Mosesy envisage-t-il d'associer les citoyens et la jeunesse à la refondation du pays ?
Il propose un conseil consultatif de dix-huit à vingt-quatre membres répartis en trois collèges: société civile et syndicats, jeunesse et associations étudiantes, secteur privé et expertise technique. Ce conseil produirait des rapports trimestriels citoyens et des mémorandums thématiques, aux côtés de la légitimité institutionnelle du Conseil de la transition et de la légitimité morale du FFKM.