Pour les guides, les artisans et les petits hôteliers des côtes malgaches, chaque paquebot qui jette l’ancre représente bien plus qu’une escale : c’est une chambre louée, un repas servi, une pièce artisanale vendue. Près d’un an après les manifestations de la Gen Z qui ont provoqué la chute d’Andry Rajoelina, Madagascar renoue prudemment avec les visiteurs internationaux, portée par une hausse de fréquentation de 5 % entre janvier et juillet 2026 par rapport à la même période en 2025.
Ces chiffres, c’est Léa Arilala Razanamaria, secrétaire générale du ministère malgache du Tourisme et de l’Artisanat, qui les a présentés depuis Paris, en marge du salon professionnel IFTM-Top Résa. Interrogée par Claire Fages, elle a dressé un bilan nuancé mais encourageant. « Il y avait les événements qui se sont tenus à Antananarivo au mois de septembre dernier. Il y avait la crise politique, il y avait un arrêt temporaire, mais tout a repris à la fin de l’année », a-t-elle expliqué, rappelant la séquence qui avait brièvement paralysé les arrivées.
Au total, près de 150 000 visiteurs internationaux ont foulé le sol malgache au cours du premier semestre 2026. Un résultat d’autant plus significatif qu’il s’inscrit dans un contexte aérien mondial perturbé, notamment par les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les routes et les coûts de transport.
Pour les familles qui vivent du tourisme, ce rebond signifie un retour concret d’activité après une longue période d’incertitude. Les communautés portuaires et côtières, dont l’économie quotidienne dépend étroitement du flux de visiteurs débarquant à quai, ont vu la fréquentation des paquebots de croisière se rétablir sur les littoraux de l’île. C’est un signal tangible que Madagascar retrouve sa place sur les itinéraires des opérateurs internationaux.
Léa Arilala Razanamaria entend ne pas laisser retomber l’élan. « On est en train de faire une campagne de communication afin de profiter de la fin d’année et afin d’obtenir plus de visiteurs à Madagascar », a-t-elle indiqué, soulignant la volonté des autorités de transformer ce rebond en dynamique durable. La fin d’année représente traditionnellement une fenêtre favorable pour les destinations de l’océan Indien (la haute saison coïncide avec l’hiver européen), et Madagascar cherche à en tirer pleinement parti.
Pour les professionnels du secteur et les communautés qui en dépendent, l’enjeu va bien au-delà des statistiques. Après une crise politique majeure, des perturbations aériennes et des mois de flottement, la Grande Île mise sur la richesse de ses paysages et l’unicité de sa biodiversité pour consolider sa reprise. La vraie question, désormais, est de savoir si la campagne de fin d’année suffira à transformer un soulagement prudent en confiance retrouvée, pour les voyageurs comme pour ceux qui les accueillent.