Shemir Sokotaly, un Français arrêté à Flic-en-Flac, au cœur des luttes de clans malgaches
Océanie

Shemir Sokotaly, un Français arrêté à Flic-en-Flac, au cœur des luttes de clans malgaches

Un entrepreneur français d'origine indienne au centre d'un bras de fer entre clans d'affaires malgaches

À Flic-en-Flac, sur la côte mauricienne, Shemir Sokotaly attend désormais les suites de sa détention. Ce Français d’origine indienne, né à Majunga à Madagascar, a été arrêté en exécution d’un mandat délivré par le tribunal de district de Port-Louis Nord. Derrière ce rebondissement judiciaire, ce sont des familles d’affaires entières, des réseaux bâtis sur des années et des communautés économiques qui voient leurs équilibres vaciller, dans un pays encore marqué par la chute d’Andry Rajoelina en octobre 2025.

Selon plusieurs sources, l’homme d’affaires serait soupçonné d’avoir participé à un projet visant à incendier la prison de haute sécurité de Tsiafahy. L’objectif présumé : favoriser l’évasion du colonel Patrick. Ce dernier, nommé directeur du « bureau des doléances », un organe placé auprès de la Présidence au début de la Refondation, s’était retourné contre le nouvel homme fort malgache, le colonel Michaël Randrianirina, qu’il avait pourtant servi au départ. Les faits restent à établir devant la justice. Mais l’arrestation d’un homme clé du nouveau régime par ses anciens amis prend une tournure inattendue, alors que les arrestations se multiplient, y compris au sein des milieux industriels.

Le parcours de Sokotaly, tout sauf celui d’un perdreau de l’année, est jalonné de controverses. Installé depuis de nombreuses années au Mozambique, il dirige le groupe Maeva, fondé en 1998 et présent notamment dans l’huile végétale et l’énergie. En 2019, le groupe a pris des participations dans la centrale thermique de Maputo. Mais dès 2012, les autorités mozambicaines lui avaient interdit d’exercer des activités professionnelles dans le pays, après plusieurs accusations portant sur les conditions de travail au sein de ses entreprises.

Les salariés, dans cette histoire, ont payé un prix concret. Selon le ministère mozambicain du Travail, les sociétés du groupe Maeva auraient à plusieurs reprises enfreint les droits fondamentaux des travailleurs, et des différends majeurs avaient opposé la direction aux syndicats, notamment après le licenciement de plusieurs représentants du personnel. Certaines installations industrielles ont également fait l’objet de fermetures administratives, en raison de problèmes d’hygiène, d’irrégularités dans les autorisations d’exploitation et de manquements environnementaux. Fin 2024, la presse mozambicaine critiquait encore l’insuffisance des équipements sur plusieurs sites du groupe, dont la Gare centrale de Maputo.

Au Mozambique, Sokotaly est associé au sein d’Amarante International Mozambique avec Norodine Donne Jiva, autre entrepreneur français d’origine indienne né à Madagascar, qui a dirigé entre 2019 et 2025 la société CSPI Madagascar, chargée de la sécurité de plusieurs aéroports malgaches. Autant de réseaux où navigue le puissant homme d’affaires et faiseur de rois Mamy Ravatomanga, que la justice mauricienne vient de maintenir en prison. Une première demande de libération avait été refusée en décembre 2025, décision confirmée par la Cour suprême en mai 2026 : les magistrats estimaient que les risques de fuite, d’interférence avec les témoins et d’altération des preuves étaient « réels et plausibles ».

Depuis plusieurs années, Sokotaly a déployé de grands efforts pour se constituer une place de choix au sein de l’élite politico-économique malgache, bénéficiant de solides relais auprès de personnalités influentes du régime Andry Rajoelina. Sous l’égide de Mamy Ravatomanga, il a notamment été chargé du recouvrement d’importantes créances auprès de Madagascar Airlines. Mais les alliances sont rarement définitives. Certaines sources avancent qu’il aurait joué un rôle majeur dans le coup d’État contre Andry Rajoelina lui-même, par le biais d’un financement indirect, avant de financer l’ascension politique de certaines figures autour de l’actuelle junte militaire. Les luttes de pouvoir qui secouent Madagascar sont analysées en détail par Mondafrique (https://mondafrique.com/politique/madagascar-ces-clans-affairistes-qui-se-positionnent-face-au-nouveau-pouvoir/).

C’est toutefois sur le terrain de l’or que l’affaire pourrait prendre une ampleur considérable. Dans plusieurs enquêtes, l’homme d’affaires Paul Sylvestra Koufali Daya est soupçonné d’avoir piloté des opérations de trafic d’or et de devises vers Dubaï et les Émirats Arabes Unis, tandis que Sokotaly aurait davantage joué un rôle de soutien financier et d’organisateur des infrastructures du réseau. Aucune condamnation définitive n’a été prononcée à ce stade. Des investigations journalistiques ont associé le nom de Sokotaly à des circuits de sortie clandestine de l’or malgache transitant par les ports et aéroports de Tuléar et Nosy Be, avant acheminement vers le Mozambique puis Dubaï, et évoquent l’utilisation de structures établies à l’île Maurice pour des montages financiers et le recyclage des fonds. Les révélations des députés Fidele Razarapiera et Hanitra Razafimanantsoa dans l’émission radiophonique « Miara-Manonja » mettent directement en cause Koufali Daya dans le transfert illicite d’or et de devises vers Dubaï, et des signalements ont été transmis au Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO). Mais c’était avant le coup d’État d’octobre 2025.

Pour Hassam S., jeune membre de la communauté Khoja Shiâh Isnâsheri, la crise actuelle illustre un aspect de la bataille entre clans économiques rivaux : les grands groupes indiens implantés depuis longtemps à Madagascar verraient d’un mauvais œil l’arrivée de nouveaux acteurs jugés plus aventureux et moins contrôlables. Le colonel Michaël Randrianirina a récemment évoqué l’existence de manœuvres visant à l’écarter du pouvoir, et plusieurs analystes le considèrent aujourd’hui fragilisé par sa volonté de satisfaire des intérêts concurrents. À force de vouloir ménager tous les camps, il pourrait bien se retrouver sans véritable soutien au moment décisif, tandis que l’arrestation de Shemir Sokotaly pourrait n’être que le premier épisode d’un feuilleton judiciaire et politique dont les répercussions dépasseront largement les frontières de Madagascar.

Questions-réponses

Pourquoi Shemir Sokotaly a-t-il été arrêté à Flic-en-Flac ?

Il a été arrêté en exécution d'un mandat délivré par le tribunal de district de Port-Louis Nord. Selon plusieurs sources, il serait soupçonné d'avoir participé à un projet visant à incendier la prison de haute sécurité de Tsiafahy afin de favoriser l'évasion du colonel Patrick, ancien directeur du bureau des doléances retourné contre le colonel Michaël Randrianirina. Les faits restent à établir devant la justice.

Quel est le parcours de Shemir Sokotaly au Mozambique ?

Installé depuis de nombreuses années au Mozambique, il dirige le groupe Maeva, fondé en 1998 et présent dans l'huile végétale et l'énergie, avec des participations depuis 2019 dans la centrale thermique de Maputo. Dès 2012, les autorités mozambicaines lui avaient interdit d'exercer des activités professionnelles dans le pays après plusieurs accusations portant sur les conditions de travail dans ses entreprises.

Quelles conséquences pour les travailleurs du groupe Maeva ?

Selon le ministère mozambicain du Travail, les sociétés du groupe auraient à plusieurs reprises enfreint les droits fondamentaux des travailleurs. Des différends majeurs ont opposé la direction aux syndicats, notamment après le licenciement de plusieurs représentants du personnel. Certaines installations ont fait l'objet de fermetures administratives pour problèmes d'hygiène, irrégularités dans les autorisations d'exploitation et manquements environnementaux, et la presse critiquait fin 2024 l'insuffisance des équipements sur plusieurs sites, dont la Gare centrale de Maputo.

Quel rôle joue l'or dans cette affaire ?

Des enquêtes journalistiques associent Sokotaly à des circuits de sortie clandestine de l'or malgache transitant par les ports et aéroports de Tuléar et Nosy Be, avant acheminement vers le Mozambique puis Dubaï, avec des structures établies à l'île Maurice pour des montages financiers. Paul Sylvestra Koufali Daya est soupçonné d'avoir piloté ces opérations, Sokotaly jouant un rôle de soutien financier et d'organisateur. Les députés Fidele Razarapiera et Hanitra Razafimanantsoa ont mis en cause Koufali Daya dans l'émission « Miara-Manonja », et des signalements ont été transmis au BIANCO. Aucune condamnation définitive n'a été prononcée.

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