Fitch doute que Paris puisse exécuter son plan budgétaire

Fitch doute que Paris puisse exécuter son plan budgétaire

L'agence de notation s'inquiète de la mise en œuvre du redressement des comptes publics

Fitch Ratings maintient la note de la dette souveraine française à A+, mais abaisse sa perspective de stable à négative. La décision, rendue publique ce vendredi 30 octobre 2026, vise directement un point précis : la capacité de l’exécutif à exécuter le redressement budgétaire qu’il a promis.

L’agence justifie son geste par une « détérioration » de la situation budgétaire. « Une croissance plus faible, une nouvelle détérioration budgétaire et des rendements plus élevés ont accru la difficulté de mener la consolidation budgétaire soutenue nécessaire pour enrayer la trajectoire de dégradation de la dette de la France », écrit Fitch. Le problème n’est donc pas le plan lui-même, mais son exécution.

Le calendrier s’annonce d’autant plus fragile que la conjoncture ne suit pas. Roland Lescure, ministre de l’Économie, l’a reconnu : la croissance n’est « pas au rendez-vous » depuis trois trimestres et « l’économie française est à l’arrêt ». Malgré ce constat, il a affirmé que « le gouvernement est déterminé à poursuivre sur une trajectoire de consolidation budgétaire ».

Pour le ministre, la mise en garde doit servir d’accélérateur législatif. « Cette appréciation confirme l’absolue nécessité d’adopter d’ici la fin de l’année un budget responsable, qui vise à rétablir les comptes publics en réduisant notre déficit à 5 % », a-t-il déclaré. Le délai est serré, alors que les arbitrages parlementaires sont encore en cours.

C’est précisément sur le terrain de la mise en œuvre que le dossier se complique. Le projet budgétaire, jugé « ambitieux » par Fitch, prévoit une hausse du ratio dette/PIB de 115,7 % en 2025 à environ 124 % en 2028, ainsi qu’un déficit de 5,5 % du PIB en 2027. L’agence y voit le reflet d’une évaluation de croissance plus faible et « le risque de concessions au cours du processus budgétaire ». Ce risque se matérialise déjà : alors que le budget 2027 est débattu à l’Assemblée nationale, les députés de la commission des finances ont adopté près de 49 milliards d’euros de dépenses supplémentaires.

Face à cette dérive votée en commission, Sébastien Lecornu, qui souhaite réaliser des économies, devrait recourir au 49.3 ou aux ordonnances pour faire adopter la copie initiale du gouvernement. Ces procédures d’exception disent l’étroitesse du chemin législatif entre le texte présenté et le texte finalement adopté.

Cette revue n’était de surcroît pas attendue. Fitch a rappelé qu’il lui est possible de publier une revue hors du calendrier fixé « dans les situations où il y a un changement significatif de la solvabilité de l’émetteur ». L’intervention hors calendrier traduit une inquiétude sur la solvabilité française, au moment même où l’exécution budgétaire s’annonce difficile.

L’agence nuance toutefois son diagnostic. « La note de la France reste soutenue par la taille, la richesse et la diversification de son économie, la solidité de ses institutions, son appartenance à la zone euro et la résilience de son secteur bancaire », admet-elle. Des fondamentaux solides, mais qui ne compensent plus, aux yeux de Fitch, les incertitudes pesant sur la mise en œuvre de la consolidation. Reste à savoir si le budget 2027, dans sa version finale, permettra de combler l’écart entre les engagements pris et leur exécution effective.

Questions-réponses

Quelle décision Fitch Ratings a-t-elle prise concernant la note souveraine de la France ?

Fitch maintient la note de la dette souveraine française à A+, mais abaisse sa perspective de stable à négative, décision rendue publique le vendredi 30 octobre 2026.

Pourquoi Fitch doute-t-elle de l'exécution du plan budgétaire français ?

L'agence invoque une détérioration de la situation budgétaire : une croissance plus faible, une nouvelle détérioration budgétaire et des rendements plus élevés rendent plus difficile la consolidation soutenue nécessaire pour enrayer la trajectoire de dégradation de la dette.

Quels chiffres le projet budgétaire prévoit-il, et quel risque Fitch y voit-elle ?

Le projet, jugé ambitieux par Fitch, prévoit une hausse du ratio dette/PIB de 115,7 % en 2025 à environ 124 % en 2028 et un déficit de 5,5 % du PIB en 2027. L'agence y voit une évaluation de croissance plus faible et le risque de concessions au cours du processus budgétaire.

Comment le gouvernement compte-t-il faire adopter son budget initial ?

Sébastien Lecornu, qui souhaite réaliser des économies, devrait recourir au 49.3 ou aux ordonnances pour faire adopter la copie initiale du gouvernement, face aux près de 49 milliards d'euros de dépenses supplémentaires votées en commission des finances.