Pour les salariés payés au smic, un complément d’environ 22 euros nets par mois dès décembre changerait, modestement mais concrètement, la fin de mois. C’est pourtant cette hypothèse, encore à l’étude à Matignon, qui met le patronat sur la défensive. Selon les informations du Parisien, le gouvernement envisage d’agir dès le 1er décembre, sans attendre janvier : un coup de pouce de 0,5 à 0,6 % viendrait s’ajouter à la revalorisation automatique, estimée entre 0,8 et 1 %. Au total, la hausse atteindrait 1,5 %.
Pour les millions de personnes dont le salaire minimum est la seule ressource, ce montant reste limité. Mais c’est précisément ce geste, combiné à une autre mesure, que les organisations d’employeurs jugent insupportable. Le budget de la Sécurité sociale prévoit en effet de prolonger en 2027 le gel des allégements de charges patronales, notamment sur les bas salaires. Le coût de ce gel est estimé à 9 milliards d’euros pour les entreprises.
« C’est intenable pour les entreprises », résume Amir Reza-Tofighi, président de l’organisation les Entrepreneurs, qui a succédé à la CPME. Pour lui, les deux mesures se cumulent dangereusement. « Avec l’augmentation du coût du travail, pour nous, c’est la double peine », déplore-t-il. Derrière ces mots, ce sont des dirigeants de petites et moyennes structures qui s’inquiètent de voir leurs marges se réduire, alors qu’ils devront à la fois payer des salaires plus élevés et renoncer à des exonérations.
Les inquiétudes ne s’arrêtent pas au seul salaire minimum. Les employeurs redoutent un effet domino chez les salariés qui gagnent davantage que le smic : si celui-ci augmente, ces derniers pourraient eux aussi réclamer une revalorisation lors des prochaines négociations annuelles obligatoires. Plusieurs entreprises pourraient alors revoir leurs projets d’augmentation à la baisse, voire les abandonner purement et simplement. Pour les salariés concernés, cela signifierait des hausses promises qui ne se concrétiseraient jamais.
Face à cette situation, les organisations patronales ont choisi la voie de la contestation directe. Elles demandent désormais un rendez-vous avec le Premier ministre et lui reprochent d’avoir reçu les syndicats de salariés sans les recevoir elles-mêmes. La tension est telle qu’elles ont annulé une réunion prévue avec le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, pour tenter d’obtenir une rencontre à Matignon. Un choix qui illustre leur volonté de négocier au plus haut niveau plutôt qu’au ministère.
Michel Picon, président de l’U2P, qui représente notamment les artisans et les commerçants, dénonce lui aussi cette situation. Son message est simple : les entreprises qu’il défend sont directement concernées par les décisions en préparation, et elles estiment ne pas avoir été consultées à leur juste place. Derrière les sigles, ce sont des commerçants, des artisans et des employeurs de terrain qui se disent les premiers impactés par un coût du travail en hausse.
Un arrangement reste toutefois possible. Le gouvernement envisagerait de revoir de 10 à 15 % les allégements de charges si les employeurs acceptaient le coup de pouce sur le smic. Une piste qui permettrait à la fois de donner un supplément de pouvoir d’achat aux salariés les moins bien payés et d’alléger la facture des entreprises.
Cette hypothèse reste à confirmer. Pour l’heure, aucune décision définitive n’a été annoncée, et les salariés au smic comme les employeurs attendent de connaître l’issue des discussions. La date du 1er décembre approche, et avec elle, pour beaucoup de foyers, la question très concrète de ce que contiendra la feuille de paie du mois prochain.