Affaire de l'A10 : 38 ans après, le procès s'ouvre à Blois
Crime & Société

Affaire de l'A10 : 38 ans après, le procès s'ouvre à Blois

Après 38 ans et deux non-lieux, le procès des parents s'ouvre enfin

Le procès des parents de la “petite martyre de l’A10” s’est ouvert ce lundi 2 novembre devant la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois, près de trente-huit ans après la découverte du corps d’une fillette alors sans identité. Cette audience marque l’aboutissement d’une procédure judiciaire exceptionnellement longue, ponctuée de deux non-lieux, d’une exhumation et d’un basculement décisif obtenu grâce à la science génétique et au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG).

C’est le traitement judiciaire de cette affaire qui retient l’attention : la capacité d’une institution à rouvrir un dossier clos, à préserver des preuves sur des décennies et à faire aboutir des poursuites malgré les obstacles techniques et procéduraux.

Lorsque l’enfant est retrouvée morte le 11 août 1987, dans un fossé au bord de l’A10, à Suèvres (Loir-et-Cher), rien ne permet de mettre un nom sur son visage. Âgée d’environ 4 ans, elle porte de très nombreuses traces de sévices : son corps est couvert d’ecchymoses, de brûlures attribuées à un fer à repasser et de morsures humaines. À l’époque, personne ne signale sa disparition malgré un appel à témoins.

Les enquêteurs se heurtent aussi aux limites techniques de la fin des années 1980. Il n’existe ni ADN exploitable, ni caméras de surveillance aux péages. Et en ce mois d’août, en plein chassé-croisé des vacances, des milliers de véhicules circulent sur cet axe, ce qui complique encore la tâche des gendarmes et des magistrats.

Malgré ces obstacles, les juges et les enquêteurs ne baissent pas les bras. Après deux non-lieux, prononcés en 1991 et 1997, le corps de la fillette est exhumé en décembre 1995 pour une nouvelle autopsie. L’ADN prélevé à cette occasion est alors conservé, une décision qui s’avérera déterminante pour la suite de la procédure.

Des analyses complémentaires finissent par isoler deux profils génétiques. L’un, retrouvé sur le maillot de corps de l’enfant, correspond à sa mère. L’autre, relevé sur la couverture dans laquelle elle avait été enveloppée, appartient à son père. Comme le détaille RTL dans son enquête (https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/martyre-de-l-a10-comment-l-adn-du-frere-d-inass-touloub-a-permis-de-relancer-puis-de-faire-basculer-l-enquete-7900691645), c’est en 2018 que l’instruction bascule pour de bon : un homme condamné dans une affaire de violences après une bagarre, en 2017, a été inscrit au FNAEG. Après comparaison, son profil génétique correspond à des traces retrouvées sur la fameuse couverture. Les résultats tombent : cet homme est le petit frère de la victime. Il avait 3 ans au moment de sa mort.

L’identité de la “petite martyre de l’A10” est alors établie. Elle s’appelait Inass Touloub. L’enfant est née au Maroc et sa famille vivait à l’époque en région parisienne. Après un travail discret mené par six gendarmes, les parents de Inass, Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, sont interpellés en juin 2018. Il faudra encore attendre huit ans, et plusieurs recours des accusés, pour la tenue d’un procès.

Devant la cour d’assises de Blois, la mère, aujourd’hui âgée de 72 ans, comparaît pour “torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort” sans intention de la donner. Le père, 74 ans, est jugé pour “complicité”. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les débats doivent durer jusqu’au 18 novembre et déterminer, près de quatre décennies après les faits, la responsabilité pénale des deux prévenus dans la mort de la petite Inass.

Questions-réponses

Quand et où le procès a-t-il commencé ?

Il s'est ouvert ce lundi 2 novembre devant la cour d'assises du Loir-et-Cher, à Blois, et les débats doivent durer jusqu'au 18 novembre.

Comment l'enquête a-t-elle basculé après les échecs initiaux ?

Après deux non-lieux en 1991 et 1997, le corps a été exhumé en décembre 1995 pour une nouvelle autopsie ; l'ADN conservé a permis d'isoler deux profils génétiques, et en 2018 le FNAEG a identifié le petit frère de la victime, ce qui a mené à l'établissement de son identité.

Qui sont les accusés et quelles sont les charges retenues contre eux ?

Halima El Bakhti, 72 ans, comparaît pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, et Ahmed Touloub, 74 ans, pour complicité ; ils encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité.

Quelles difficultés ont entravé l'enquête en 1987 ?

L'enfant fut retrouvée morte le 11 août 1987 dans un fossé au bord de l'A10 à Suèvres sans que personne ne signale sa disparition ; il n'existait alors ni ADN exploitable, ni caméras aux péages, et le chassé-croisé des vacances compliquait l'identification des véhicules.