Budget : malgré le coup dur de la croissance, le gouvernement garde sa cible de déficit à 5,4 %
« Pourquoi vous maintenez à 5,4 % le déficit public, alors qu’on est déjà parti à 5,5, 5,6, voire 5,7 % ? » Mercredi 4 novembre, au Parlement, le député LIOT Charles de Courson, réputé pour sa connaissance des finances publiques, a posé la question qui dérange, face au ministre de l’Économie, Roland Lescure, et à celui de l’Action et des Comptes publics, David Amiel. Le projet de loi de fin de gestion (PLFG), le texte qui permet de gérer la fin de l’année 2026, n’a pas apporté la correction que beaucoup attendaient : le gouvernement y a maintenu sa cible de déficit public à 5,4 % pour cette année.
Un choix qui a surpris les parlementaires. Tant la situation économique s’est dégradée depuis cet été. En dépit de ce contexte très dégradé, l’exécutif assure que le déficit restera cantonné à 5,4 % d’ici la fin décembre. Un vœu pieu, s’interrogent certains ?
Interrogé sur ce point, Roland Lescure a esquivé la critique en se réfugiant derrière une contingence de calendrier. Quand le ministère a élaboré le texte de loi, puis saisi le Haut conseil des finances publiques (HCFP) pour avis le 27 octobre, il ne disposait pas encore des résultats de la croissance du troisième trimestre, a-t-il souligné.
Manque de chance pour l’exécutif. L’Insee a révélé, le 30 octobre, que la croissance de l’Hexagone entre juillet et septembre avait été négative, à -0,1 %. Une donnée visiblement pas anticipée par le gouvernement, et qui constitue un gros coup dur pour l’économie française, après une année déjà médiocre : -0,2 % au premier trimestre, puis 0 % au second.
Malgré ces chiffres, le déficit public n’évoluerait guère d’ici la fin décembre, selon le ministre. À ce stade de l’année, « l’estimation du déficit public dépend moins de la croissance que des rentrées [fiscales] », a insisté Roland Lescure. Et de conclure, de façon définitive : « On n’a aujourd’hui aucune raison de revoir notre prévision de 5,4 % au vu des informations dont on dispose. »
Reste à savoir si cette assurance résistera aux prochaines données économiques. Pour les parlementaires qui suivent les finances publiques de près, à l’image de Charles de Courson, le doute demeure : entre une croissance revenue en territoire négatif et une prévision de déficit inchangée, l’écart entre les chiffres officiels et la réalité économique de l’Hexagone continue d’alimenter le débat dans l’hémicycle. Le gouvernement, lui, s’en tient pour l’instant à sa ligne : aucune raison, selon lui, de remettre en cause le 5,4 % affiché pour 2026.