Maurice : un couvre-feu décrété face aux émeutes
Mesures d'exception, arrestations massives et un policier présenté à la justice
Le gouvernement mauricien a décrété, depuis mardi soir, un couvre-feu couvrant environ un tiers de l’île, en réponse à plusieurs jours de manifestations violentes déclenchées par une pénurie d’eau qui dure depuis près de deux semaines, aggravée par la hausse du coût de la vie. Le dispositif, en vigueur entre 20h30 et 6h du matin, touche dix régions administratives, situées pour l’essentiel en périphérie des villes. Il a été reconduit pour la nuit de mercredi à jeudi, signe que les autorités peinent à ramener le calme.
La décision intervient après des scènes de désordre public d’une ampleur inhabituelle dans ce pays généralement présenté comme l’un des plus stables d’Afrique. Des manifestants avaient notamment bloqué des routes à l’aide de pneus enflammés. Plusieurs pillages ont ensuite été signalés, notamment dans deux supermarchés, et des commissariats ont été pris pour cible, faisant plusieurs blessés parmi les policiers.
Un policier arrêté et présenté à la justice
Le point de bascule est venu de l’action d’un agent des forces de l’ordre lui-même. Un policier a tiré sur une femme, la blessant grièvement au cou. Selon des témoins, l’agent aurait ouvert le feu sans sommation. Il a depuis été arrêté et présenté à la justice, une procédure qui engage directement la responsabilité de l’appareil sécuritaire dans une crise déjà tendue. La victime reste hospitalisée, mais les médecins ont pu extraire la balle.
C’est au Premier ministre Navin Ramgoolam qu’il revient d’avoir fixé la réponse politique de l’exécutif. Il a annoncé vouloir identifier et poursuivre les responsables des violences. «Ceux qui ont commis des actions auront à en subir les conséquences bien lourdes que leurs actions anti-patriotiques justifient», a-t-il clamé. Cette fermeté s’est traduite sur le terrain: mardi, 93 personnes, dont 15 mineurs, ont été arrêtées, selon les chiffres de la police relayés par le média local «Défi Media».
L’exécutif n’est pas seul à devoir rendre des comptes. La police a été chargée de faire respecter le couvre-feu, et son action se fait sentir jusque dans les zones touristiques. «La police tournait dans les rues pour que tout le monde soit rentré avant 20h30, même dans les hôtels», explique Laura, une Romande en vacances à Grand Baie, au nord de l’île.
Des institutions sous pression, des services perturbés
L’état d’urgence de fait se lit aussi dans la suspension d’une partie des services publics. Les écoles ont été fermées pour la fin de la semaine sur toute l’île, et plusieurs établissements scolaires devraient également rester fermés mercredi. Les vols semblent pour l’instant maintenus, mais la situation reste volatile.
Sur le plan diplomatique, les ambassades britannique et française ont appelé leurs ressortissants à la prudence et à éviter les rassemblements. La Confédération n’a pour l’instant pas publié d’information concernant la situation actuelle, et le site du DFAE considère en principe les voyages à Maurice comme «sûrs», une appréciation que les événements récents pourraient conduire à réexaminer.
Pour les visiteurs pris au piège du couvre-feu, la fermeture des commerces pose des problèmes concrets. «La situation est assez stressante, tous les magasins et restaurants sont fermés. On a eu de la peine à trouver de quoi manger», raconte Laura. «Nous avons finalement pu trouver un mini-commerce qui avait baissé ses rideaux et qui a pu nous fournir de l’eau, du pain et des pâtes.» Elle ajoute: «On sent la tension, les locaux nous répètent de nous mettre à l’abri dès 18h et de ne pas sortir.»
Un précédent qui rappelle la fragilité du consensus
La crise actuelle n’est pas la première de ce type sur l’île. Maurice avait déjà connu d’importantes émeutes en 1999, après la mort d’un chanteur en détention. Ce précédent rappelle que la stabilité réputée du pays repose sur des équilibres que les crises sociales, comme celle de l’accès à l’eau, peuvent rapidement mettre à l’épreuve.
Reste à savoir si la combinaison d’un couvre-feu prolongé, d’arrestations massives et de poursuites annoncées suffira à rétablir l’ordre, et surtout à répondre aux revendications, la pénurie d’eau et le coût de la vie, qui ont mis le feu aux poudres.
Questions-réponses
Quelles sont les modalités du couvre-feu décrété à Maurice?
Entre 20h30 et 6h du matin, sur environ un tiers de l'île, soit dix régions administratives essentiellement situées en périphérie des villes. Il a été reconduit pour la nuit de mercredi à jeudi.
Quel événement a constitué le point de bascule de la crise?
Un policier a tiré et grièvement blessé une femme au cou, sans sommation selon des témoins. Il a été arrêté et présenté à la justice; la victime est hospitalisée et la balle a pu être extraite.
Quelle réponse le Premier ministre Navin Ramgoolam a-t-il annoncée?
Il a annoncé vouloir identifier et poursuivre les responsables des violences, estimant que leurs actions anti-patriotiques justifient des conséquences bien lourdes. Mardi, 93 personnes dont 15 mineurs ont été arrêtées.
Quels services publics sont perturbés et comment la diplomatie a-t-elle réagi?
Les écoles ont été fermées sur toute l'île pour la fin de la semaine, des commerces et restaurants sont fermés, mais les vols semblent pour l'instant maintenus, dans une situation volatile.