Yacht Dreamer : l'ADSU soupçonne d'anciens hauts gradés
Crime & Société

Yacht Dreamer : l'ADSU soupçonne d'anciens hauts gradés

Une enquête antidrogue s'étend à la chaîne de commandement policière

L’enquête de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) sur le yacht Dreamer vise désormais la responsabilité interne de la force policière elle-même. Au quartier général des Casernes centrales, où le dossier est traité avec une discrétion particulière, la question d’une éventuelle complicité d’anciens hauts gradés, d’anciens Top Guns ayant servi sous l’ancien commissaire de police Anil Kumar Dip, se pose avec acuité.

Les faits qui alimentent ces soupçons sont d’abord d’ordre institutionnel. L’information sur le yacht, chargé de remettre une cargaison de drogue à des contacts mauriciens, n’aurait atteint le Maritime Intelligence Cell que le 23 octobre, alors que la transaction se serait déroulée dès le 19 ou le 20 du mois au large de Port-Louis. Ce délai de transmission, alors que des vedettes rapides auraient rejoint le Dreamer pour récupérer plusieurs sacs de cannabis et de haschich, explique l’échec de l’opération de saisie. Une source proche du dossier évoque une cargaison d’ampleur exceptionnelle qui a échappé à la vigilance des autorités. Une opération d’interception a tout de même été déclenchée pour remorquer le yacht jusqu’à Port-Louis.

C’est sur ce terreau que l’ADSU a construit ses premières actions coercitives. Kevin Rangilal, ancien membre de la National Coast Guard, a été arrêté et placé en cellule au Vacoas Detention Centre. Peu d’éléments ont filtré sur la nature exacte de son implication présumée, mais son téléphone portable devrait être examiné dans les jours à venir. Parallèlement, une perquisition a été menée au domicile du surintendant Ashik Jagai, ancien responsable de la Special Striking Team (SST) sous le gouvernement de Pravind Jugnauth et sous la direction de l’ancien commissaire Anil Kumar Dip. Aucun élément compromettant n’a été découvert. Aucune explication officielle n’a été communiquée au sujet de cette opération menée en cours de semaine. L’intéressé n’a pas été inquiété.

La sensibilité du dossier tient à ses répercussions possibles sur l’image de l’institution policière. Les renseignements recueillis par l’ADSU laissent supposer que d’anciens policiers, ayant contribué à faire échouer l’opération, pourraient être impliqués. Ce contexte expliquerait, selon la source, que les informations soient communiquées au compte-gouttes depuis les Casernes centrales. Le dossier est ainsi considéré comme particulièrement sensible au sommet de la hiérarchie policière.

Parallèlement, les interrogatoires des huit membres d’équipage thaïlandais, détenus à Alcatraz et au Moka Detention Centre, devraient permettre d’établir les circonstances exactes de l’opération, notamment la quantité de drogue à bord. L’un des marins a évoqué, dans un anglais approximatif, une cargaison d’une tonne. Les enquêteurs comptent recourir à un interprète pour garantir la fiabilité des déclarations. Sont notamment détenus le capitaine Suriya Samanboot, les marins Sirisak Rohamman, Cahannaron Arsa et Wenit Yodyingyot, ainsi que le cuisinier Kridsada Gingyod, tandis que Takool Paitoon Panupong, Nowsiri Teerapan et Terrayat Yokrat sont au Moka Detention Centre. Les huit hommes font l’objet d’une accusation provisoire de Conspiracy to import dangerous drugs.

Sur le volet probatoire, l’ADSU passe au crible des images du réseau Safe City afin de remonter la piste des transporteurs présumés de la drogue. Mais certains équipements installés dans les faubourgs de la capitale ont été endommagés lors de récents troubles survenus dans le pays. Une autre piste est également examinée : celle selon laquelle des barons de la drogue auraient incité certains individus à provoquer des désordres durant la deuxième semaine d’octobre, événements dont les enquêteurs cherchent à déterminer s’ils ont un lien avec l’affaire du Dreamer. Pour un compte rendu détaillé de ces développements, on pourra se référer au traitement publié par Le Mauricien, disponible à cette adresse : https://www.lemauricien.com/le-mauricien/trafic-de-drogue-yacht-dreamer-soupcons-de-complicite-dex-top-guns-de-la-police/722056/

L’enquête reste donc ouverte sur plusieurs fronts, et c’est la capacité des institutions de contrôle à établir les responsabilités au sein même de la chaîne policière qui déterminera la suite de ce dossier. Les conclusions des interrogatoires à venir diront-elles si la reddition de comptes ira jusqu’aux plus hauts niveaux de l’institution ?

Questions-réponses

Pourquoi l'opération de saisie du yacht Dreamer a-t-elle échoué?

L'information sur le yacht n'aurait atteint le Maritime Intelligence Cell que le 23 octobre, alors que la transaction se serait déroulée dès le 19 ou le 20 octobre au large de Port-Louis. Ce délai de transmission a permis à des vedettes rapides de récupérer plusieurs sacs de cannabis et de haschich avant toute interception.

Quelles actions coercitives l'ADSU a-t-elle menées contre d'anciens membres des forces de l'ordre?

Kevin Rangilal, ancien membre de la National Coast Guard, a été arrêté et placé en cellule au Vacoas Detention Centre. Une perquisition a également été menée au domicile du surintendant Ashik Jagai, ancien responsable de la Special Striking Team, sans qu'aucun élément compromettant ne soit découvert et sans que l'intéressé ne soit inquiété.

Quelle est la situation des huit membres d'équipage thaïlandais?

Ils sont détenus à Alcatraz et au Moka Detention Centre et font l'objet d'une accusation provisoire de Conspiracy to import dangerous drugs. Le capitaine Suriya Samanboot et plusieurs marins sont à Alcatraz, tandis que Takool Paitoon Panupong, Nowsiri Teerapan et Terrayat Yokrat sont au Moka Detention Centre. Un interprète sera mobilisé pour fiabiliser leurs déclarations.

Quelles pistes probatoires l'ADSU explore-t-elle?

L'ADSU passe au crible les images du réseau Safe City pour remonter la piste des transporteurs présumés, mais certains équipements ont été endommagés lors de récents troubles. Les enquêteurs examinent aussi l'hypothèse que des barons de la drogue auraient incité des individus à provoquer des désordres durant la deuxième semaine d'octobre, dont le lien avec l'affaire reste à établir.