Enfants disparus à Madagascar: 172 cas recensés, des familles plongées dans la terreur
À Antananarivo, familles et habitants réclament des actes face à une vague de disparitions qui sème la terreur.
À Antananarivo, des familles ne dorment plus. Depuis plusieurs semaines, la capitale malgache vit sous l’emprise d’une angoisse collective nourrie par une flambée de crimes et de disparitions, dont un grand nombre concernent des enfants. Jusqu’à la semaine dernière, 172 cas de disparitions avaient été recensés, parmi lesquels plusieurs personnes retrouvées sans vie. Pour ces habitants, chaque journée qui passe sans réponse concrète des autorités renforce un sentiment de vulnérabilité profond, ancré dans le quotidien le plus ordinaire.
C’est dans ce contexte de psychose généralisée que Ketakandriana Rafitoson, numéro deux de Transparency International Initiative Madagascar, s’est exprimée au micro de RFI. Son diagnostic est sévère: les événements qui secouent le pays ne sauraient être réduits à une simple succession de faits divers. Ils révèlent, dit-elle, “une crise de conscience profonde entre les citoyens et les institutions chargées de leur protection.”
La mécanique de la peur se nourrit d’abord de l’impression que justice n’est pas rendue. Lorsque les enquêtes n’avancent pas assez vite, que les auteurs restent dans l’ombre, et que certaines formes de criminalité paraissent de plus en plus audacieuses, la peur des habitants dépasse chaque affaire prise isolément. Des arrestations sporadiques ont eu lieu, mais l’opinion publique, selon Rafitoson, n’est pas convaincue que les véritables commanditaires aient été appréhendés. “Ce serait irresponsable de désigner des coupables sans preuve,” précise-t-elle, tout en soulignant que lorsqu’une criminalité devient aussi organisée, elle suppose l’existence de réseaux de complicité et de capacités logistiques qu’il appartient aux autorités d’identifier.
Les familles des victimes attendent des réponses. Mais elles attendent aussi un accompagnement concret. Rafitoson appelle les autorités à communiquer de manière transparente et à soutenir ceux qui ont perdu un proche. Ces exigences de proximité humaine s’imposent à ses yeux comme une priorité immédiate, avant même les grandes déclarations de principe.
Face à la gravité de la situation, le Premier ministre a adopté un ton offensif la semaine précédente, proclamant que le pays est “en guerre” et promettant une tolérance zéro pour les auteurs de ces crimes. Rafitoson comprend la volonté des autorités d’envoyer un message de fermeté: “Les mots du Premier ministre ont été justes. Les mots aussi ont un poids.” Mais elle ajoute aussitôt que l’essentiel n’est pas de parler de guerre, mais de “gagner durablement la bataille contre l’insécurité.” Pour les habitants d’Antananarivo, ce sont les actes, plus que les discours, qui comptent.
Le 7 juillet, la présidence a annoncé le déploiement immédiat de la garde présidentielle ainsi que de 400 éléments des forces de défense et de sécurité. Ces mesures sont perçues comme une réponse à la pression populaire, mais leur suffisance reste en question au regard du climat qui règne dans la capitale.
Rafitoson pointe également une fragilité structurelle qui aggrave directement la situation des citoyens ordinaires: la capture de l’État. Ce phénomène, qu’elle définit comme l’utilisation des institutions, des finances publiques et de l’administration par une petite élite ou un groupe d’intérêt à des fins privées plutôt que collectives, crée les conditions dans lesquelles les réseaux criminels prospèrent. “Certaines institutions cessent progressivement de fonctionner exclusivement dans l’intérêt général et peuvent être influencées par des intérêts privés ou particuliers,” explique-t-elle. Lorsque les responsabilités sont mal établies et les mécanismes de contrôle affaiblis, lutter efficacement contre ces réseaux devient infiniment plus difficile.
Ce que Rafitoson attend des autorités de la transition dépasse la seule réponse sécuritaire immédiate. À long terme, elle plaide pour une refondation des institutions, plus transparentes, plus indépendantes et davantage tournées vers le bien commun, ainsi que pour un investissement dans le capital humain et la construction d’une culture de responsabilité à l’échelle nationale. Rééquilibrer le pouvoir, refonder la démocratie par la base: voilà les chantiers qu’elle juge indispensables. “On s’attend à davantage d’actions de la part des pouvoirs publics,” conclut-elle. Ce sont précisément ces mots que les familles malgaches, dans leur quotidien marqué par l’inquiétude, formulent elles aussi, à leur façon, chaque soir qui passe sans nouvelles.
Questions-réponses
Combien de disparitions ont été recensées à Madagascar et quelle est la situation des victimes?
Jusqu'à la semaine dernière, 172 cas de disparitions avaient été recensés, parmi lesquels plusieurs personnes retrouvées sans vie. Un grand nombre de ces cas concernent des enfants.
Que demande Ketakandriana Rafitoson aux autorités pour les familles des victimes?
Rafitoson appelle les autorités à communiquer de manière transparente et à soutenir concrètement ceux qui ont perdu un proche. Elle considère ces exigences de proximité humaine comme une priorité immédiate, avant même les grandes déclarations de principe.
Quelle mesure sécuritaire a été annoncée par la présidence le 7 juillet?
La présidence a annoncé le déploiement immédiat de la garde présidentielle ainsi que de 400 éléments des forces de défense et de sécurité. Ces mesures sont perçues comme une réponse à la pression populaire, mais leur suffisance reste en question.
Qu'est-ce que Rafitoson entend par capture de l'État et en quoi aggrave-t-elle la situation des citoyens?
Rafitoson définit la capture de l'État comme l'utilisation des institutions, des finances publiques et de l'administration par une petite élite à des fins privées plutôt que collectives. Ce phénomène affaiblit les mécanismes de contrôle et crée les conditions dans lesquelles les réseaux criminels prospèrent, rendant la lutte contre l'insécurité infiniment plus difficile.