Retraite à Maurice : des milliers de salariés dans la rue pour défendre leur avenir

Retraite à Maurice : des milliers de salariés dans la rue pour défendre leur avenir

Travailleurs mauriciens mobilisés contre une réforme des retraites jugée injuste et non concertée.

Île Maurice : des travailleurs dans la rue ce samedi contre une réforme des retraites imposée sans concertation

Pour des milliers de salariés mauriciens, la question est concrète et immédiate : à quel âge pourront-ils partir à la retraite, et avec combien d’argent dans leur poche ? C’est cette inquiétude qui pousse les travailleurs à descendre dans la rue ce samedi 11 juillet 2026, à l’appel de l’ensemble des syndicats du pays, unis pour contester une réforme du système des retraites menée, selon eux, sans aucun débat préalable.

Le nouveau dispositif place les salariés devant un choix aux conséquences financières très tangibles. Ceux qui souhaitent percevoir une pension complète devront travailler jusqu’à 65 ans, pour toucher Rs 16 555, soit environ 307,67 euros par mois. Ceux qui font valoir leurs droits à 60 ans, l’âge légal jusqu’à présent, verront leur pension amputée de 0,5 % par mois de départ anticipé, ce qui ramène le montant à Rs 11 589, soit 215,38 euros. À l’inverse, les salariés qui prolongent leur activité jusqu’à 70 ans bénéficieront d’une majoration de 0,75 % par trimestre, portant la pension maximale à Rs 24 005, l’équivalent de 446,12 euros.

Ces chiffres ne sont pas abstraits. Pour de nombreux travailleurs et leurs familles, ils dessinent des années supplémentaires de travail ou, à défaut, une retraite nettement appauvrie.

La mobilisation ne porte pas seulement sur les montants. Les organisations syndicales dénoncent avec force l’absence de consultation. Le projet contenait initialement une mesure applicable dès cette année, susceptible de réduire brutalement les pensions des retraités déjà en cours. Face aux protestations, le gouvernement a gelé cette disposition, sans toutefois l’abandonner formellement. Les représentants des salariés y voient une suspension, non un retrait, et refusent de baisser la garde.

Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions, a dit clairement sa position lors d’un entretien accordé à Défimédia. Pour lui, “l’argument selon lequel le régime de pension actuel n’est plus viable ne tient pas la route”, ajoutant que “l’État devrait davantage taxer les plus riches” plutôt que de faire peser la charge sur les travailleurs.

Jane Ragoo, porte-voix de la Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP), formule quant à elle une demande précise : “La mise en place d’un comité élargi réunissant l’ensemble des parties prenantes afin de parvenir à une réforme issue d’un véritable consensus.” Pour elle comme pour ses homologues syndicaux, ce qui manque n’est pas forcément une réforme, mais une réforme bâtie avec ceux qu’elle concerne directement.

L’Express de Maurice et Le Mauricien, qui ont tous deux couvert ces développements, rapportent que la mobilisation syndicale est unitaire, un signal fort dans un pays où les centrales ouvrières n’affichent pas toujours une telle cohésion. Ce samedi, la rue sera le prolongement d’un bras de fer engagé entre les travailleurs mauriciens et un gouvernement qui n’a pas encore réussi à convaincre que cette réforme se fait dans l’intérêt de ceux qui y seront soumis. La vraie question, celle que poseront les manifestants en marchant, reste ouverte : qui sera finalement assis à la table si un comité de consensus venait à se réunir ?

Questions-réponses

Quelles sont les conséquences financières concrètes de la réforme pour un salarié partant à 60 ans ?

Un salarié partant à 60 ans verra sa pension amputée de 0,5 % par mois de départ anticipé par rapport à l'âge de référence de 65 ans, ramenant le montant à Rs 11 589, soit environ 215,38 euros par mois.

Pourquoi les syndicats refusent-ils de considérer le gel de la mesure immédiate comme une victoire ?

Les représentants des salariés estiment que le gouvernement a suspendu la disposition susceptible de réduire les pensions des retraités déjà en cours, mais ne l'a pas formellement abandonnée. Ils y voient une suspension, non un retrait, et refusent de baisser la garde.

Que demande Jane Ragoo au nom de la CTSP ?

Jane Ragoo, porte-voix de la Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé, réclame la mise en place d'un comité élargi réunissant l'ensemble des parties prenantes afin de parvenir à une réforme issue d'un véritable consensus.

Quel argument Deepak Benydin oppose-t-il à la justification gouvernementale de la réforme ?

Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions, affirme que l'argument selon lequel le régime de pension actuel n'est plus viable ne tient pas la route, et que l'État devrait davantage taxer les plus riches plutôt que de faire peser la charge sur les travailleurs.