Île Maurice : derrière l’affaire des hydrocarbures, des vies et une économie entière sous pression
Pour les Mauriciens, le carburant n’est pas une abstraction. C’est la lumière dans les foyers, le moteur des bateaux de pêche, le kérosène qui fait décoller les avions transportant leurs proches. C’est pourquoi la décision prise en 2023 de confier à une société privée l’importation de l’ensemble des hydrocarbures de l’île, un contrat évalué à 30 milliards de roupies mauriciennes, soit 556 millions d’euros, a eu des répercussions bien au-delà des cercles politiques et financiers. Pour les pêcheurs, les transporteurs, les familles qui règlent leur facture d’électricité chaque mois, ce choix n’était pas anodin. C’est dans ce contexte lourd de conséquences concrètes qu’une enquête judiciaire de grande ampleur frappe aujourd’hui plusieurs figures de l’ancien pouvoir.
Ce mercredi 22 juillet 2026, la presse mauricienne a confirmé que l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth et Murtaza Ali Lakhani, PDG du Mercantile and Maritime Group (MMG), seront prochainement entendus par la Financial Crimes Commission (FCC). Cette convocation s’inscrit dans une enquête portant sur l’attribution du marché d’importation d’hydrocarbures à la MMG, au détriment de la State Trading Corporation (STC), société d’État qui assurait auparavant cette mission vitale pour l’île. L’opération devait permettre des économies. Elle s’est révélée coûteuse.
L’enquête, qui concerne l’appel d’offres et le choix de la MMG, a déjà conduit à l’arrestation, en juin dernier, de deux anciens ministres : celui du Commerce et celui des Finances. Tous deux font face à des poursuites pour “public official using office for gratification”, c’est-à-dire corruption passive, selon L’Express de Maurice. À ces noms s’ajoute désormais celui de Maurice Deepak Balgobin, ancien ministre des Technologies et de l’Information, convoqué vendredi devant le Central Crime Investigation Department (CCID), comme l’a confirmé IonNews.
Du côté de Pravind Jugnauth, des proches ont confié à Défimédia qu’il “est prêt à répondre aux questions des enquêteurs.” Une déclaration qui témoigne, au moins en apparence, d’une volonté de coopération face à une procédure qui mobilise plusieurs institutions judiciaires en parallèle.
Pour comprendre pourquoi cette affaire touche autant les citoyens ordinaires, il faut mesurer à quel point l’île Maurice dépend des énergies fossiles importées. Le fuel lourd, le charbon et le gaz restent indispensables à la production électrique. En 2026, l’hydroélectricité, le photovoltaïque et l’éolien demeurent anecdotiques dans le mix énergétique mauricien. À cela s’ajoutent les besoins en huile lourde pour les navires, en gasoil et supercarburant pour les transports maritimes et terrestres, sans oublier le kérosène pour l’aviation. Toute interruption ou renchérissement de cette chaîne d’approvisionnement se traduit immédiatement par des coûts supplémentaires pour les familles, les pêcheurs, les transporteurs et les entreprises locales.
C’est précisément ce que rappelle le reportage original accessible à l’adresse https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/ile-maurice-pravind-jugnauth-ex-premier-ministre-sera-entendu-par-la-fcc-sur-l-attribution-d-importation-d-hydrocarbures-1722163.html : derrière les montants en milliards et les acronymes institutionnels, c’est la dépendance structurelle de tout un pays qui est en jeu.
La décision de 2023 de substituer la STC par un opérateur privé pour la gestion de ce flux vital n’était pas neutre pour les ménages mauriciens. Le choix de l’opérateur, les modalités de l’appel d’offres et les éventuels avantages accordés constituent aujourd’hui le coeur judiciaire de l’affaire. La FCC et le CCID travaillent désormais en parallèle, convoquant les uns après les autres les acteurs qui ont présidé à cette transition.
Pour les citoyens de l’île, l’issue de cette procédure dépasse la simple question de responsabilité politique. Elle touche à une question bien plus immédiate : peut-on faire confiance aux institutions chargées de garantir que les ressources essentielles, celles dont dépend le quotidien de chacun, sont gérées dans l’intérêt commun et non à son détriment ? Cette question, les Mauriciens attendent toujours d’y voir une réponse claire.