Luximon Badal n’avait pas prévu de recevoir un appel du Premier ministre ce mardi-là. Représentant des postiers de la Mauritius Post au sein de l’Union of Post Office Workers (UPOW), il a pourtant décroché son téléphone pour entendre la voix de Navin Ramgoolam en personne, lui confirmant qu’il examinait directement le dossier et la pétition remise par le syndicat. Pour les quelque 250 travailleurs postaux qui avaient signé ce texte en redoutant une fermeture pure et simple de leur employeur, cette conversation a changé l’atmosphère du jour au lendemain.
Badal a confié à Le Mauricien que le chef du gouvernement lui a précisé avoir transmis le dossier au ministre délégué aux Finances, Dhaneshwar Damry, ainsi qu’au ministre des Communications, Avinash Ramtohul. Ramgoolam a ajouté qu’il étudiait toutes les options disponibles et que la renationalisation de la Mauritius Post n’était pas à exclure.
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Ce n’est pas un simple échange administratif pour les hommes et femmes qui travaillent dans les bureaux de poste du pays. Le comité exécutif de l’UPOW a d’abord analysé ces assurances avant de les transmettre à l’ensemble des membres. Luximon Badal témoigne que cette démarche a considérablement rassuré des postiers qui vivaient dans la crainte quotidienne de perdre leur emploi. Il se dit confiant quant à un dénouement favorable.
Ce soulagement fait directement suite à une mobilisation concrète dans les rues de la capitale. Le samedi 4 juillet 2026, ces mêmes travailleurs avaient marché pacifiquement à Port-Louis pour alerter l’opinion sur la situation financière extrêmement précaire de la Mauritius Post et réclamer son retour dans le secteur public, statut qu’elle occupait avant sa privatisation en 2003. Deux jours plus tard, le 6 juillet 2026, une pétition portant environ 250 signatures, toutes catégories de personnel confondues, était remise au Premier ministre avec la demande explicite d’envisager cette réincorporation.
Pourquoi en sont-ils arrivés là ? L’UPOW dresse un tableau accablant des conséquences de vingt ans de privatisation. Selon le syndicat, la Mauritius Post était bénéficiaire tant qu’elle fonctionnait comme organisme public. Depuis 2003, une mauvaise gestion chronique s’est installée, aggravée par ce que Badal décrit sans détour comme “le recrutement à outrance de petits copains et de petites copines” par les administrations successives. Ces pratiques auraient engendré des pertes colossales.
À cela s’ajoute, toujours selon l’UPOW, un abandon généralisé de la part des gouvernements qui se sont succédé : aucune modernisation des infrastructures n’a été réalisée depuis la privatisation, contrairement aux promesses formulées à l’époque. Les postiers portent donc le poids d’un double manquement, celui d’une gestion déficiente et celui d’investissements qui n’ont jamais vu le jour.
Pour des travailleurs dont l’emploi dépend directement de la viabilité de cet organisme paraétatique, la perspective d’une renationalisation représente une voie de sortie concrète. Luximon Badal se dit confiant. Les prochaines semaines diront si les assurances du Premier ministre se traduiront en décisions tangibles pour les hommes et les femmes qui distribuent le courrier chaque matin.