Tamatave sous les cendres : 3 500 commerçants du Bazary Kely ont tout perdu dans l’incendie
Pryncis Lova Randrianantenaina n’oubliera pas cette nuit-là. Habitante du quartier du Bazary Kely, à Tamatave, sur la côte est de Madagascar, elle a regardé les flammes dévorer le marché dans les premières heures du lundi 3 août, tandis que les habitants se précipitaient pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être. “Nous avons eu peur car le feu s’est propagé très vite. Des coups de sifflet ont retenti pour alerter tout le quartier. Les gens se sont aussitôt rués là-bas pour sauver ce qui pouvait l’être parce que la vie est dure. Ils ne pouvaient pas tout abandonner sans rien faire”, raconte-t-elle. Elle décrit un marché du quotidien, celui où l’on venait acheter des légumes, des vêtements. Elle ajoute sobrement : “L’heure est maintenant au nettoyage. Certains ont déjà commencé à reconstruire.”
Environ 3 500 commerçants ont perdu leurs kiosques dans cet incendie survenu dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 août, selon les chiffres communiqués par la mairie de Tamatave. Un homme a perdu la vie. Les vidéos diffusées en ligne par des habitants de la ville, également connue sous le nom de Toamasina, montrent de hautes colonnes de fumée rougeoyante s’élevant dans le ciel nocturne au-dessus du marché. Les autorités ont ouvert une enquête pour déterminer les causes du sinistre et annoncé la distribution de 10 tonnes de riz, de savon et d’huile aux commerçants touchés.
Pour des milliers de familles qui tirent leur subsistance du Bazary Kely, la perte est double. Le kiosque représentait à la fois l’outil de travail et, parfois, le seul abri. Perdre l’un, c’était perdre l’autre.
Cette catastrophe survient dans un contexte déjà éprouvant. Tamatave avait été durement touchée par le cyclone Gezani en février, et les habitants tentaient encore de se relever de ce premier choc. Pour des commerçants qui avaient peut-être déjà perdu une partie de leurs biens lors du passage du cyclone, la destruction de leurs kiosques représente un nouveau coup porté à des moyens de subsistance déjà fragilisés.
Roland Ratsiraka, député de Tamatave, affirme que ce drame n’est pas une surprise. Le Bazary Kely a déjà été frappé par trois incendies par le passé. Il pointe des conditions structurelles qui rendent le marché particulièrement vulnérable. “On ne respecte jamais le plan d’urbanisme et le plan de masse de ce Bazary. Il faut que les pompiers aient la possibilité de rentrer à l’intérieur du marché et qu’on y installe aussi des bouches à incendie. Les marchands habitent parfois à l’intérieur de leurs kiosques et y font la cuisine. Leurs kiosques sont souvent fabriqués en matériaux légers, du bois, des tôles, des planches. Cela prend facilement feu”, explique-t-il.
Sa conclusion est amère. “On sait ce qu’il fallait faire, mais malheureusement dans notre pays on n’applique jamais les bonnes solutions. Il va encore falloir s’entraider pour la reconstruction.”
Ces mots font écho à ceux de Pryncis Lova Randrianantenaina, qui observait dès le lendemain matin des voisins déjà à l’oeuvre parmi les décombres. La reconstruction, évoquée aussi bien par les habitants que par le député Ratsiraka, sera longue et exigera une solidarité collective que la ville a déjà dû mobiliser plusieurs fois ces derniers mois.
Les autorités poursuivent leur enquête pour déterminer l’origine exacte du sinistre. Sur le terrain, hommes et femmes ramassent les décombres et commencent, une fois de plus, à imaginer comment reconstruire, sans savoir encore si les conditions qui ont rendu le Bazary Kely si vulnérable seront, cette fois, véritablement corrigées.