Escroquerie à l'île Maurice : faux conseiller de Dimitri Payet, onze victimes et 200 000 e
Crime & Société

Escroquerie à l'île Maurice : faux conseiller de Dimitri Payet, onze victimes et 200 000 e

Un faux conseiller financier de Dimitri Payet avait dépouillé ses proches avec un projet immobilier imaginaire à l'île Maurice.

Mélanie a perdu 17 000 euros. Un vacancier croisé sur une plage mauricienne s’est retrouvé interdit bancaire après avoir emprunté 70 000 euros. Le nom d’un ancien attaquant du Paris Saint-Germain apparaît dans le dossier. Derrière ces trajectoires abîmées se cache une même histoire: celle d’une escroquerie au parfum d’île Maurice, jugée lundi 28 septembre devant le tribunal correctionnel de Toulouse.

Tout commence par une rencontre, début 2019. Mélanie, native de Toulouse, présente son nouveau compagnon à son entourage. Christophe, 33 ans, a le bagout et un argument qui impressionne: il se prétend conseiller financier de Dimitri Payet, alors capitaine de l’Olympique de Marseille, présenté comme son compatriote de La Réunion. Il aurait même convaincu la star de lui confier un projet de villas de luxe à l’île Maurice, entre sable blanc, cocotiers et océan Indien.

Pour les amis et proches de Mélanie, la tentation devient vite irrésistible. Christophe leur propose de “croquer” à leur tour dans ce paradis: appartements de 172 m² avec trois chambres et piscine, lodges, billets d’avion, locations de villas à tarifs préférentiels. Certains piochent dans leurs économies. Lui encaisse des dizaines de milliers d’euros, se chargeant, dit-il, des formalités sur place.

La douche froide arrive un an plus tard. Au moins onze victimes, domiciliées pour la plupart en Haute-Garonne mais disséminées en France, déposent plainte. Elles sont lasses de ne jamais obtenir d’informations sur l’avancement du dossier, lasses aussi des lapins posés lors de visites de chantiers fantômes. “Son principal argument était de dire que l’argent était sous séquestre”, révélait en 2023 une source proche de l’enquête. Au total, la justice chiffre le préjudice à près de 200 000 euros.

Parmi ceux qui auraient succombé au discours de Christophe figure Guillaume Hoareau, ancien attaquant du Paris Saint-Germain, lui aussi natif de La Réunion. Son nom apparaît dans la procédure, mais devenu l’une des voix du football français sur la chaîne Ligue1+, l’avant-centre n’a pas souhaité déposer plainte.

À l’audience, ce lundi, Christophe se présente crâne rasé de frais, barbe fournie, tout de noir vêtu, un tatouage dépassant de la manche relevée de sa veste. Il répond pendant trois heures aux questions du tribunal. Dans son dos prennent place quatre de ses victimes, sur la douzaine recensée, d’anciens amis abusés. L’une d’elles raconte la confiance brisée: “J’avais une confiance énorme en sa compagne, qui était ma meilleure amie. On se voyait plusieurs fois par semaine. On partait en vacances ensemble.” Elle se souvient s’être retrouvée à Maurice dans cette maison somptueuse, celle, soi-disant, de Dimitri Payet. Un mensonge. Elle a quitté son travail, son conjoint, son logement en France, sur la foi d’une promesse d’embauche qui n’était qu’un faux-semblant.

Un autre homme, qui avait croisé le prévenu en vacances à Maurice, décrit un achat de lodge et de bateau conclu lors d’une sortie en mer. 70 000 euros envolés. “D’un coup, il ne me répondait plus”, raconte-t-il. Ayant contracté un emprunt, il s’est retrouvé surendetté, désormais interdit bancaire. À deux mètres de son arnaqueur présumé, il apprend que sur les “contrats de réservation”, Christophe a utilisé les noms de notaires ou de sociétés qui ne le connaissent pas. Il a même tenté de vendre deux fois le même lot à deux personnes différentes.

Un temps détenu par la justice mauricienne, le mis en cause comparaît libre. Défendu par Me Joris Morer, il ne se démonte pas et affirme avoir bien été le “représentant” de ces sociétés. “Je m’en veux. C’étaient des potes. Je voulais juste qu’on monte un projet ensemble, qu’on gagne un peu d’argent. J’ai échoué”, plaide-t-il, semant ses “en toute honnêteté” qui ulcèrent ses anciens amis, riant jaune dans son dos. “Faut qu’ils arrêtent de rigoler derrière quand je suis en train d’expliquer les choses”, se vexe-t-il, se targuant toujours de bien connaître Dimitri Payet, rencontré au centre de formation du Havre. La star de l’OM n’a pourtant jamais volé à son secours, même quand il s’est retrouvé derrière les barreaux.

La justice le soupçonne d’avoir mené la belle vie avec l’argent des autres: voyages, soirées, loisirs, dont “une nuit au Martinez, à Cannes, pour 3 500 euros”, relève la présidente. Il dément avoir mené grand train, mais finit par s’emmêler les pinceaux, soutenant qu’une partie de l’argent a servi à acheter de la cocaïne pour l’une des victimes. “Vous contestez une escroquerie punie de cinq ans de prison en avouant une complicité de trafic de stupéfiants qui vous fait encourir le double?”, feint de s’étonner la procureure.

“Confiance trahie”, “dilapidation”, “culot monstre”, “mythomanie”: les avocats des parties civiles ne mâchent pas leurs mots. Le parquet, lui, tranche: “Quand on est innocent comme il le prétend, on concourt à l’enquête.” La défense suggère pour sa part que son client ne serait “peut-être que la face visible de l’iceberg”.

Le tribunal a finalement prononcé trois ans de prison, dont 16 mois ferme, le reste assorti d’un sursis probatoire, une peine proche des réquisitions, avec obligation d’indemniser les victimes. Peu convaincues, certaines doutent déjà de revoir leur argent. “Monsieur travaille à son insolvabilité”, lâche l’une d’elles, celle qui avait engagé 70 000 euros pour un lodge et un bateau qui n’ont jamais existé que sur papier.

Questions-réponses

Combien de victimes ont déposé plainte et où sont-elles domiciliées ?

Au moins onze victimes, domiciliées pour la plupart en Haute-Garonne mais disséminées en France, ont déposé plainte après avoir été lassées de ne jamais obtenir d'informations sur l'avancement du dossier et des visites de chantiers fantômes.

Quelle peine le tribunal correctionnel de Toulouse a-t-il prononcée ?

Le tribunal a prononcé trois ans de prison, dont 16 mois ferme, le reste assorti d'un sursis probatoire, avec obligation d'indemniser les victimes.

Pourquoi le vacancier croisé à Maurice est-il devenu interdit bancaire ?

Il avait contracté un emprunt de 70 000 euros pour l'achat d'un lodge et d'un bateau, et s'est retrouvé surendetté et interdit bancaire après que l'accusé a cessé de lui répondre.

Quel rôle le nom de Guillaume Hoareau joue-t-il dans le dossier ?

Guillaume Hoareau, ancien attaquant du Paris Saint-Germain et natif de La Réunion, apparaît dans la procédure mais, devenu consultant sur la chaîne Ligue1+, il n'a pas souhaité déposer plainte.