Parachutistes au-dessus de l'océan Indien : la France affirme sa présence
Des parachutistes du 2e RPIMa s'entraînent à sauter en mer au large de Mayotte.
Sur le tarmac de Saint-Denis, à La Réunion, une trentaine de parachutistes s’apprêtent à vivre une matinée hors norme. À bord d’un A400M, ils vont sauter en mer au large de Mayotte, à 1.400 km au nord-ouest de leur base. Pour ces hommes du 2e régiment de parachutistes d’infanterie de marine, basé à Saint-Pierre, l’exercice n’a rien d’un simple entraînement : il traduit le rôle stratégique que jouent La Réunion et Mayotte pour l’armée française, à une heure où les rivalités s’intensifient dans l’océan Indien.
“Le saut à l’eau nous permet de maintenir un savoir-faire : rejoindre un espace terrestre via la mer pour répondre à une problématique d’insularité. Ce sont des largages assez rares”, explique le lieutenant-colonel Adrien, chef des opérations de l’exercice. Peu après le décollage, la tranche arrière de l’appareil, capable d’emporter jusqu’à 37 tonnes de fret, s’ouvre pour laisser entrevoir deux Rafale évoluant au-dessus du cratère du Piton de la Fournaise. L’avion met ensuite le cap sur Mayotte. Après deux heures de vol, les portes latérales s’ouvrent au large de l’île : des canots pneumatiques sont largués à quelques centaines de mètres des côtes, avant que les parachutistes ne se jettent à leur tour à l’eau, depuis 500 mètres d’altitude.
Pour le commandant de bord, Clémentin, La Réunion constitue un point d’appui essentiel. “Grâce notamment à sa base aérienne, elle fait figure de tête de pont pour rayonner dans toute la zone sud” de l’océan Indien, précise-t-il. L’exercice s’inscrit dans le cadre de la mission Pégase 26, en halte dans la région début octobre. “L’objectif est de s’entraîner à la projection de puissance en lançant des Rafale loin et vite, en s’appuyant notamment sur l’A400M, qui permet le transport de passagers et de matériel et peut assurer les secours en mer”, détaille le pilote.
Partie début septembre de la base aérienne 125 d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, avec neuf aéronefs (quatre Rafale, trois A330 MRTT Phénix et deux A400M Atlas) et près de 300 aviateurs mobilisés, la mission est passée par le Japon, la Corée du Sud, Madagascar, l’Indonésie, l’Inde et La Réunion, après une escale tactique au Groenland. À La Réunion, l’A400M intervient ponctuellement en appui du régiment, qui dispose de deux avions de transport Casa. “Il est notamment venu à Mayotte après le passage du cyclone Chido, fin 2024, pour amener des vivres sur place et de l’aide humanitaire. C’est un avion couteau suisse”, poursuit le commandant Clémentin.
Derrière ces manœuvres se dessine une présence militaire de longue haleine, pensée pour les populations des territoires concernés. La France s’appuie sur La Réunion et Mayotte pour surveiller les espaces maritimes et contribuer à la sécurité régionale. Les deux îles sont placées sous le commandement des Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI), qui comptent environ 2.000 militaires et couvrent une zone de responsabilité de 24 millions de kilomètres carrés, du Kenya jusqu’à l’Antarctique.
“La vocation de notre régiment est d’intervenir auprès des populations, notamment en cas de crise cyclonique ou climatique, explique le lieutenant-colonel Adrien. Une des priorités est d’assurer la sécurité des ressortissants français dans la sous-région. Le positionnement de forces à La Réunion et à Mayotte permet aussi de gagner en réactivité en cas de crise.” Les FAZSOI participent également aux coopérations avec les pays voisins, notamment ceux de la Commission de l’océan Indien et les États riverains du canal du Mozambique, pour faciliter les interventions communes face aux trafics, aux menaces maritimes et aux catastrophes naturelles.
Dans ce vaste espace, d’autres puissances affirment toutefois leurs intérêts, ce qui éclaire d’un jour nouveau l’entraînement observé au large de Mayotte. Au Mozambique, le groupe paramilitaire russe Wagner a été déployé en 2019 dans la province de Cabo Delgado, au nord, avant que ses combattants ne se retirent début 2020 après avoir subi des pertes, selon l’organisation de suivi des conflits ACLED. Aux Seychelles, plusieurs visites de navires russes ont été rapportées en 2026, témoignant de relations navales entre Moscou et l’archipel.
Un contexte régional qui donne tout son sens au quotidien des militaires stationnés dans ces deux îles françaises, entre exercices de projection, secours aux populations et coopération avec les voisins de la zone. Le détail de cette mission et de ses enjeux est notamment retracé par Outre-mer La 1ère, consultable ici : https://la1ere.franceinfo.fr/dans-l-ocean-indien-l-armee-francaise-veut-s-affirmer-sur-fond-de-rivalites-regionales-1746702.html
Questions-réponses
Où et comment les parachutistes du 2e RPIMa se sont-ils entraînés ?
Ils ont sauté en mer au large de Mayotte, à 1.400 km au nord-ouest de leur base, depuis 500 mètres d'altitude, après le largage de canots pneumatiques à quelques centaines de mètres des côtes.
Quel rôle l'A400M a-t-il joué au service des populations de Mayotte ?
Il est intervenu à Mayotte après le passage du cyclone Chido fin 2024 pour amener des vivres et de l'aide humanitaire aux populations sur place.
Que couvrent les FAZSOI ?
Environ 2.000 militaires, couvrant une zone de responsabilité de 24 millions de kilomètres carrés, du Kenya jusqu'à l'Antarctique.
Quelles rivalités régionales donnent du sens à cet entraînement ?
Le groupe paramilitaire russe Wagner a été déployé en 2019 dans la province de Cabo Delgado avant de se retirer début 2020 après des pertes, selon l'ACLED, et des visites de navires russes aux Seychelles ont été rapportées en 2026.