Madagascar : un an après, l'économie pèse sur la transition
Océanie

Madagascar : un an après, l'économie pèse sur la transition

La fragmentation du mouvement contestataire rouvre la scène aux acteurs établis

Un an après le 11 octobre 2025, Madagascar mesure encore le coût institutionnel et économique de la journée qui a précipité la chute du régime d’Andry Rajoelina. Pour un pays dont la stabilité politique conditionne directement la confiance des opérateurs et l’horizon économique, la question du contrôle de la transition n’est pas seulement politique : elle détermine qui décide, et dans quel intérêt, des choix économiques à venir.

Ce matin-là, le colonel Michael Randrianirina s’exprimait depuis le CAPSAT, appelant les forces de l’ordre à cesser de réprimer la « Gen Z », mobilisée depuis plus de deux semaines contre le président Andry Rajoelina. « Unissons-nous, militaires, gendarmes et policiers, soyons solidaires, refusons d’être rémunérés pour tirer sur nos amis, nos frères, nos sœurs. Nous sommes issus du peuple, revenons auprès du peuple. » Ce message, lu face caméra, a inondé les réseaux sociaux dès le matin du 11 octobre.

Quelques heures plus tard, le colonel et ses hommes quittaient leur régiment du quartier de Soanierana à bord de deux blindés, ouvrant l’accès à la très symbolique place du 13-Mai, jusqu’alors barré par les gendarmes. Pour la première fois, des milliers de protestataires y faisaient irruption, accompagnés par les militaires. Cette mutinerie a précipité la chute de l’ancien régime.

Zo Ramanampisoa, membre actif de la « Gen Z », était dans la rue ce jour-là. « Les scènes de liesse étaient partout dans la ville, les voitures klaxonnaient, les drapeaux étaient sortis. C’était vraiment un jour d’espoir pour tout le monde », se souvient-il. Et d’ajouter : « On partageait partout dans la ville ce sentiment de libération, cette idée qu’on avait peut-être écrit l’histoire à ce moment-là. C’était peut-être aussi un relâchement suite à toute la pression qu’on a subie pendant ces seize jours. Une partie d’entre nous étaient alors menacés d’arrestations. Il fallait que la répression judiciaire s’arrête. »

Mais la journée de bascule a aussi marqué le début d’une autre épreuve pour le mouvement. À partir du 11 octobre, la « Gen Z » s’est fracturée, constate Rocks, engagé dès les premières heures de la mobilisation. « Tout le monde s’est revendiqué vrai “Gen Z” : “nous sommes les Gen Z officiels, les Gen Z d’Ankatso, les Gen Z de la Polytechnique de Vontovorona”. Cela a engendré une guerre de leadership, et ça a ramené les anciens politiciens, les dinosaures politiques, au sein même de la scène politique. On était à l’origine du mouvement mais on ne voit pas aujourd’hui ce qui se trame dans la cuisine, alors qu’on prétend contrôler. »

Cette fragmentation du mouvement a rouvert la scène aux acteurs politiques établis, redevenus des décideurs centraux du processus. Le constat rejoint le titre d’une invitation récente à débattre, un an après l’insurrection : « une révolution réelle, mais une refondation institutionnelle inachevée ». L’issue de la transition reste, aux yeux de certains acteurs du mouvement, inachevée.

Un an après, Rocks tire une leçon claire de cette expérience : il regrette de ne pas avoir cherché à occuper une fonction au sein des institutions pour peser davantage sur le cours de la transition à Madagascar. Ceux qui ont déclenché le mouvement s’interrogent désormais sur leur place dans un processus qu’ils ont contribué à ouvrir, mais dont les leviers leur échappent en partie.

Entre émotion et regrets, les membres de la « Gen Z » qui se souviennent de cette journée historique mesurent le chemin restant : transformer une insurrection victorieuse en refondation institutionnelle capable de stabiliser le pays sur la durée. Reste à savoir qui, au final, détiendra les leviers de cette refondation, et dans quel intérêt économique ils seront actionnés.

Questions-réponses

Quel événement a précipité la chute du régime d'Andry Rajoelina ?

La mutinerie du 11 octobre 2025, lorsque le colonel Michael Randrianirina a appelé les forces de l'ordre à cesser de réprimer la « Gen Z », puis a quitté son régiment avec ses hommes à bord de deux blindés, ouvrant l'accès à la place du 13-Mai aux protestataires.

Pourquoi la question du contrôle de la transition est-elle aussi une question économique ?

Parce que la stabilité politique conditionne directement la confiance des opérateurs et l'horizon économique du pays : elle détermine qui décide, et dans quel intérêt, des choix économiques à venir.

Comment le mouvement Gen Z a-t-il évolué après le 11 octobre ?

Il s'est fracturé à partir du 11 octobre, avec une guerre de leadership entre groupes se revendiquant comme les « vrais » Gen Z, ce qui a ramené les anciens politiciens au sein de la scène politique.

Quel regret exprime Rocks, un an après l'insurrection ?

Il regrette de ne pas avoir cherché à occuper une fonction au sein des institutions pour peser davantage sur le cours de la transition à Madagascar.