Le pétrolier DF Peak amarré à La Possession sous surveillance
Océanie

Le pétrolier DF Peak amarré à La Possession sous surveillance

Un navire suspect escorté et placé sous contrôle dans la baie de La Possession

Le pétrolier DF Peak, soupçonné d’appartenir à la “flotte fantôme” russe, est arrivé jeudi 15 octobre à son point de mouillage dans la baie de La Possession, à La Réunion. L’opération, conduite par la Marine nationale, s’inscrit dans une chaîne d’exécution qui a débuté en haute mer et se poursuit désormais à quai, sous surveillance étroite et dans le cadre d’une enquête judiciaire en cours.

L’arraisonnement du navire avait été annoncé lundi par la préfecture de La Réunion. Il s’était déroulé en haute mer, à près de 500 milles nautiques au sud de l’île. Le bâtiment était soupçonné d’arborer un faux pavillon. “La visite effectuée à bord et l’examen des documents ont confirmé l’irrégularité du pavillon arboré”, a indiqué la préfecture, résumant le constat technique qui a déclenché toute la suite de l’opération.

Une fois l’irrégularité établie, la Marine nationale a escorté le pétrolier jusqu’à La Réunion. Les 21 membres d’équipage ont fait l’objet d’une privation de liberté de 48 heures. Le navire, qui se nommait “Kaliningrad” jusqu’en juin 2024, figure parmi plus de 700 navires sanctionnés par l’Union européenne.

Sur le plan judiciaire, le parquet de Saint-Denis a ouvert mardi une enquête visant le commandant pour le délit de “non-justification de la nationalité”, passible de deux ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende. La procureure de Saint-Denis, Véronique Denizot, a précisé que les investigations s’attacheront “notamment à établir les conditions d’exploitation du navire et à identifier son propriétaire et son armateur”. Autrement dit, l’enquête ne se limite pas au commandant : elle vise à reconstituer la chaîne d’exploitation du bâtiment, un travail d’identification qui conditionne la suite des procédures.

La phase de mouillage elle-même est encadrée par des mesures opérationnelles précises. Selon deux arrêtés préfectoraux publiés mercredi, la navigation et les activités nautiques sont interdites dans un rayon de 1.000 mètres autour du bâtiment lors de son transit dans les eaux territoriales, puis dans un rayon de 500 mètres à son point de mouillage dans la baie de La Possession. Ces dispositions, applicables à partir de jeudi à 00H00 (mercredi à 22H00 à Paris), sont justifiées par les “risques spécifiques” liés à l‘“absence d’émission AIS (Système d’identification automatique)” du navire et par “l’affluence possible de personnes”, selon la préfecture. Un navire qui n’émet pas de signaux AIS complique en effet le travail des autorités chargées de la surveillance et de la sécurité de la zone.

Cette prise s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par l’inquiétude en Europe sur l’avenir de la guerre en Ukraine. Elle intervient après l’annonce, vendredi, par Donald Trump de la levée de certaines sanctions pour livrer massivement du gazole russe sur les marchés, une décision fustigée par Volodymyr Zelensky.

La “flotte fantôme”, à laquelle le DF Peak est rattaché par les soupçons, est composée de navires souvent vieillissants et exploités sous pavillon étranger. Moscou est accusé d’utiliser ces bâtiments pour transporter son pétrole et d’autres marchandises, en contournant les sanctions occidentales. Face à ce dispositif, la France a promis d’accentuer la pression contre ces bateaux et entend organiser cet automne, a priori en novembre, une conférence internationale sur le sujet.

Pour suivre l’actualité de ce dossier, un reportage détaillé est disponible sur le site d’Outre-mer La 1ère à cette adresse : https://la1ere.franceinfo.fr/la-reunion-arrivee-du-petrolier-soupconne-d-appartenir-a-la-flotte-fantome-russe-1748295.html

Reste désormais à connaître l’issue des investigations menées par le parquet de Saint-Denis, qui devront établir les conditions d’exploitation du navire et désigner son propriétaire comme son armateur.

Questions-réponses

Où le pétrolier DF Peak est-il actuellement amarré ?

Il est amarré à son point de mouillage dans la baie de La Possession, à La Réunion, sous surveillance étroite.

Quelles mesures opérationnelles encadrent le mouillage du navire ?

Deux arrêtés préfectoraux interdisent la navigation et les activités nautiques dans un rayon de 1.000 mètres lors du transit dans les eaux territoriales, puis dans un rayon de 500 mètres au point de mouillage, en raison de l'absence d'émission AIS et de l'affluence possible de personnes.

Quel délit est visé par l'enquête judiciaire ?

Le délit de non-justification de la nationalité, passible de deux ans d'emprisonnement et de 300.000 euros d'amende, visant le commandant du navire.

Que cherche à établir l'enquête du parquet de Saint-Denis ?

Les investigations doivent établir les conditions d'exploitation du navire et identifier son propriétaire ainsi que son armateur.