Douze personnes interpellées, des voitures calcinées, des barricades enflammées : la nuit de mercredi à jeudi à l’île Maurice se lit d’abord comme une facture économique. Des poubelles renversées, des détritus brûlés sur la voie publique, des routes bloquées, voilà le constat matériel dressé malgré le couvre-feu instauré par le gouvernement dans 17 zones et malgré le déploiement de toutes les forces de la police mauricienne dans les quartiers sensibles. Sauf circonstance particulière ayant échappé aux inspecteurs, les interpellés devraient être jugés pour avoir enfreint le couvre-feu. Les dossiers sont désormais entre les mains des magistrats.
L’addition judiciaire s’annonce lourde pour les contrevenants reconnus coupables. Une amende de 50 000 roupies mauriciennes et jusqu’à 5 ans de prison, confirme Défimédia. Un niveau de sanction qui traduit la volonté des autorités de protéger l’activité économique et la circulation dans les zones touchées, où les blocages de routes ont directement pénalisé les commerces et les usagers de la route.
Entre-temps, les incidents de la nuit de mardi à mercredi, détaillés par L’Express de Maurice, illustrent l’impact concret de ces troubles sur le tissu économique local. À Bambous, un automobiliste circulant à vive allure a perdu le contrôle de son véhicule après avoir débouché sur un barrage de pneus et de poubelles enflammés, terminant sa course contre un mur. D’autres obstacles incendiés avaient été dressés à Rivière-des-Créoles ou à New-Grove. Dans ce secteur, les manifestants ont dérobé des palettes à la quincaillerie Géant 2000 pour bloquer la route principale, un pillage qui a directement touché une entreprise du commerce local. Une habitante de Gros-Billot Branch Road a témoigné : “Ils ont mis le feu et deux minutes après leur coup, il n’y avait plus personne sur la route”. Une image qui résume l’effet immédiat de ces barrages sur la vie économique des quartiers concernés.
La tension a également visé les institutions garantes de l’ordre public. À Rose-Belle, dans le Sud-Est, et à Bel-Ombre, dans le Sud-Sud-Ouest, plusieurs individus ont tenté de prendre d’assaut les postes de police. Quatre assaillants ont été interpellés.
La violence de ces incidents et les traces encore visibles le lendemain ont choqué les citoyens. Par contraste, le couvre-feu des deux nuits suivantes a été globalement respecté, signe que la pression sécuritaire et la perspective de sanctions dissuasives ont produit leurs effets sur le terrain.
Restent les raisons de cette poussée de fièvre, dont l’analyse économique et sociale demeure ouverte. Khal Torabully, écrivain, cinéaste et docteur en sémiologie de l’île voisine, propose un éclairage dans une carte blanche offerte par Le Mauricien. Pour les opérateurs et les commerçants de l’île, la question centrale reste celle de la stabilité : la reconduction du couvre-feu dans 17 zones, de 20h30 à 5h du matin, pour les nuits de mercredi à jeudi puis de jeudi à vendredi, a maintenu des contraintes horaires pesant sur l’activité, même si la reprise des activités a été constatée. La prolongation de la mesure, décidée par le gouvernement, atteste d’ailleurs que la tension du début de semaine restait palpable.
Entre destructions de biens, pillage d’un commerce, routes bloquées et sanctions pénales désormais entre les mains des magistrats, ces nuits d’agitation rappellent combien la sécurité des axes et des zones d’activité conditionne le fonctionnement quotidien de l’économie mauricienne. Les douze personnes interpellées devront répondre de leur infraction au couvre-feu, et les verdicts à venir donneront la mesure de la fermeté que la justice entendra retenir.