Madagascar joue de son entre-deux pour attirer les capitaux
Océanie

Madagascar joue de son entre-deux pour attirer les capitaux

Entre Moscou et les bailleurs occidentaux, une stratégie économique à haut risque

Un an après la prise de pouvoir de la transition, Madagascar tente de monétiser sa position stratégique entre Moscou et ses bailleurs de fonds occidentaux, dont dépendent étroitement sa survie financière. La Grande Île joue une diplomatie tous azimuts sur le terrain économique, et pour les investisseurs comme pour les observateurs des marchés, la question centrale est celle du coût et du rendement de cet équilibre : tirer profit de la concurrence entre puissances sans couper les canaux de financement qui maintiennent le pays à flot.

Le point de départ de cette séquence remonte au 12 octobre 2025. Ce jour-là, Andry Rajoelina quittait Madagascar, exfiltré par un avion militaire français, dans une fuite précipitée par la mutinerie des militaires du Capsat, elle-même consécutive au soulèvement de la Gen Z. Un an plus tard, c’est le chef de la transition, Michaël Randrianirina, qui conduit cette politique extérieure qu’il défend lui-même comme une « diplomatie tous azimuts ».

Sur le volet russe, les initiatives se sont multipliées depuis un an : livraison de blindés, ouverture d’une maison russe à Antananarivo, invitation d’influenceurs malgaches à Moscou. Ces gestes, d’apparence symbolique ou sécuritaire, signalent une volonté d’élargir le cercle des partenaires et des sources potentielles de capitaux. L’intérêt stratégique de l’île pourrait encore s’accroître, estime Juvence Ramasy, chercheur en science politique à l’Université de Tamatave. « Le contexte de la guerre en Iran et du blocage des différents détroits a un effet à Madagascar, qui longe le canal du Mozambique, et qui, étant donné sa position, suscite les convoitises », explique-t-il. Selon lui, une certaine concurrence se met en place avec les partenaires traditionnels, la France et les États-Unis, qui ne veulent pas laisser la Russie s’implanter davantage. « Madagascar essaye de bénéficier de ce jeu de balancier entre toutes ces puissances, régionales ou extrarégionales », résume le chercheur.

Pour les opérateurs économiques, ce jeu de balancier comporte un risque bien identifié : la dépendance structurelle de l’économie malgache envers l’Occident. Le politologue Adrien Ratsimbaharison souligne que la Grande Île a emprunté un chemin différent des juntes sahéliennes, dont l’alliance avec Moscou s’est accompagnée d’un rejet de la France. « Le rapprochement avec les Russes, Madagascar a déjà essayé ça avec Didier Ratsiraka pendant le régime socialiste », rappelle-t-il, en référence au président ayant dirigé le pays de 1975 à 1993, puis de 1997 à 2002. Beaucoup d’élites ont été formées en Russie et éprouvent peut-être la nostalgie de cette expérience, note le politologue, mais elles savent aussi que la survie économique de Madagascar dépend de l’Occident, et surtout de l’Union européenne, de la France, de la Banque mondiale et du FMI.

Autrement dit, les flux financiers décisifs, aide budgétaire, financements concessionnels, programmes d’appui, restent concentrés chez les partenaires occidentaux et multilatéraux. Cette concentration borne fortement la marge de manoeuvre de la transition.

« Je pense que Madagascar est un peu un cas unique, ils marchent à tâtons, il y a beaucoup d’hésitations », poursuit Adrien Ratsimbaharison, qui juge que, jusqu’à maintenant, les dirigeants n’ont pas trouvé une politique bien définie de la relation de Madagascar avec l’extérieur. Cette absence de cap clairement arrêté constitue en soi un signal pour les investisseurs et les créanciers : l’incertitude sur l’orientation géoéconomique du pays pèse sur la lisibilité du climat des affaires, même si les engagements envers les bailleurs traditionnels demeurent, pour l’instant, intacts.

La transition a d’ailleurs cherché à rassurer sur ses intentions. Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre, Michaël Randrianirina a réaffirmé que son pays demeurait « non-aligné face aux conflits et aux tensions qui traversent le monde ». Une formule destinée à préserver l’accès aux financements occidentaux tout en maintenant la porte ouverte à Moscou, dont les livraisons de blindés et l’implantation à Antananarivo marquent une présence croissante.

Au bout d’un an, le bilan de cette diplomatie tous azimuts reste donc en suspens. Madagascar mise sur sa position le long du canal du Mozambique pour attirer l’attention et les capitaux de puissances rivales, mais ses choix restent contraints par la réalité de ses sources de financement. L’enjeu, pour la transition, est de convertir cette position géographique en avantages économiques concrets sans alarmer ceux qui, à Paris, à Washington et dans les institutions de Bretton Woods, détiennent les leviers financiers de sa survie. Une analyse plus large de cette dynamique est par ailleurs proposée par RFI, accessible à cette adresse : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261012-%C3%A0-madagascar-un-an-de-diplomatie-tous-azimuts-pour-essayer-de-b%C3%A9n%C3%A9ficier-d-un-jeu-de-balancier

Questions-réponses

Pourquoi la position géographique de Madagascar intéresse-t-elle les investisseurs et les puissances rivales ?

L'île longe le canal du Mozambique, un axe stratégique dont l'importance s'accroît avec la guerre en Iran et le blocage des différents détroits. Cette position suscite les convoitises de puissances régionales et extrarégionales, dont Madagascar cherche à tirer profit économiquement.

Quels partenaires détiennent les leviers financiers de la survie de Madagascar ?

Les flux financiers décisifs, aide budgétaire, financements concessionnels et programmes d'appui, restent concentrés chez les partenaires occidentaux et multilatéraux, notamment l'Union européenne, la France, la Banque mondiale et le FMI.

Comment la Russie marque-t-elle sa présence à Madagascar depuis un an ?

Par des gestes d'apparence symbolique ou sécuritaire : livraison de blindés, ouverture d'une maison russe à Antananarivo et invitation d'influenceurs malgaches à Moscou, signalant une volonté d'élargir le cercle des partenaires et des sources potentielles de capitaux.

Quel risque ce jeu de balancier fait-il peser sur le climat des affaires ?

L'absence de politique extérieure clairement définie crée une incertitude sur l'orientation géoéconomique du pays, ce qui pèse sur la lisibilité du climat des affaires pour les investisseurs et les créanciers, même si les engagements envers les bailleurs traditionnels demeurent pour l'instant intacts.

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