Procès de l'explosion de la rue de Trévise : les victimes attendent des réponses
Crime & Société

Procès de l'explosion de la rue de Trévise : les victimes attendent des réponses

Huit ans après le drame, près de 200 victimes cherchent la vérité et réparation

« La peur, les blessures, les douleurs » : le procès de l’explosion de la rue de Trévise s’ouvre à Paris

Ce mardi 20 octobre, à 13h30, le tribunal correctionnel de Paris ouvrira l’un des plus longs procès de ces dernières années. Mais pour Linda Zaourar, directrice des deux hôtels soufflés par l’explosion de la rue de Trévise, dans le 9e arrondissement de la capitale, l’essentiel ne se joue pas dans les débats techniques. Il se joue pour les visages qu’elle n’a jamais cessé d’accompagner depuis ce 12 janvier 2019, lorsque la conduite de gaz endommagée passant sous l’immeuble a explosé.

Ce matin-là, la plupart des riverains et des touristes ont d’abord cru à un attentat, se souvient-elle. En quelques secondes, quatre immeubles ont été éventrés ou soufflés, une dizaine d’autres gravement endommagés. Quatre personnes ont perdu la vie, 200 ont été blessées et 400 se sont retrouvées sinistrées. « On ne se connaissait pas et on s’est pris dans les bras. Il n’y avait plus d’hôtel, de clients, de touristes. C’étaient des êtres humains qui se retrouvaient dans la peur, l’angoisse, les blessures, les douleurs. Aujourd’hui, on est une grande famille », confie celle qui, depuis le drame, n’a jamais lâché celles et ceux qui n’étaient, la veille encore, que des clients.

Près de huit ans après, ces vies bouleversées attendent toujours des réponses. Avec son association de victimes, Linda Zaourar entend se battre pour établir précisément ce qui s’est passé ce matin-là et pour que chacun obtienne des réparations morales et financières. Son constat est amer. « Certains ne peuvent plus rentrer dans un hôtel, certains ne peuvent plus venir à Paris parce qu’ils ont peur. Certains sont RSA, certains n’ont plus du tout de situation. Des victimes qui étaient sur place n’ont toujours pas été expertisées par l’assureur. Tout ça sera rapporté à la justice. On espère que ce ne sera pas une pièce de théâtre. »

Les audiences, qui s’achèveront le 7 décembre, devront démêler un écheveau que l’enquête n’a jamais vraiment éclairci. Sur le banc des prévenus siégeront la Mairie de Paris et le syndic de l’immeuble sous lequel passait la canalisation endommagée. Tout au long de l’instruction, chacun a rejeté la faute sur l’autre, et en particulier sur GRDF, qui n’est pas poursuivie mais sera présente à l’audience sur le banc des parties civiles. À ses côtés, près de 200 victimes seront là pour obtenir réparation.

Face aux victimes, la Mairie de Paris devra répondre de négligence, pour ne pas avoir traité un affaissement apparu sur le trottoir depuis quelques mois avant l’explosion. Sa défense refuse toutefois cette lecture des faits. L’avocate de la Ville, Maître Sabrina Goldman, estime qu’aucun manquement ne peut être attribué à sa cliente. « Nous sommes solidaires avec les victimes », indique-t-elle.

Le procès qui s’ouvre mardi sera donc long, et son enjeu dépasse la seule désignation des responsabilités. Pour les familles endeuillées, les blessés et les centaines de sinistrés de la rue de Trévise, il s’agira aussi de voir reconnaître, après presque huit années d’attente, ce qu’ils ont vécu ce matin de janvier 2019, quand la peur et les décombres ont soudé entre eux d’étrangers devenus, selon les mots de Linda Zaourar, une grande famille.

Questions-réponses

Quand et pourquoi l'explosion de la rue de Trévise s'est-elle produite ?

Le 12 janvier 2019, une conduite de gaz endommagée passant sous l'immeuble a explosé, éventrant ou soufflant quatre immeubles et endommageant gravement une dizaine d'autres.

Quel est le bilan humain de la catastrophe ?

Quatre personnes ont perdu la vie, 200 ont été blessées et 400 se sont retrouvées sinistrées.

Qui est poursuivi dans ce procès ?

La Mairie de Paris, pour négligence liée à un affaissement de trottoir non traité, et le syndic de l'immeuble ; GRDF n'est pas poursuivie mais sera présente sur le banc des parties civiles.

Que demandent les victimes près de huit ans après ?

Près de 200 victimes, dont certaines ne peuvent plus venir à Paris ou n'ont toujours pas été expertisées par l'assureur, attendent des réparations morales et financières et la reconnaissance de ce qu'elles ont vécu.