Île Maurice: le parlement dépénalise partiellement l’avortement, l’Église catholique s’incline devant le vote démocratique
En avril 2009, une photographe de presse est morte des suites d’un avortement clandestin. Ce deuil a traversé la société mauricienne comme une déchirure collective, ravivant une douleur que beaucoup portaient en silence et relançant un débat que la loi n’avait jamais voulu trancher. Trois ans ont suffi pour que ce débat aboutisse à une décision concrète.
Le 12 juin 2012, l’assemblée nationale de l’Île Maurice a adopté un projet de loi autorisant la dépénalisation partielle de l’interruption volontaire de grossesse. La nouvelle législation encadre strictement les cas dans lesquels une IVG peut être pratiquée: le viol, l’inceste, ou un danger de mort pour la mère. Ce vote, annoncé depuis Port-Louis le 14 juin par l’agence Apic, marque une rupture dans le droit mauricien, même si la portée de la loi demeure limitée à ces circonstances précises.
Pour les femmes confrontées à ces situations, le changement est immédiat et tangible. Avant ce texte, toute interruption de grossesse exposait les personnes concernées à des poursuites pénales. La mort de la photographe en 2009 avait illustré de façon tragique ce que l’absence de cadre légal faisait courir à celles qui se trouvaient dans la détresse la plus profonde: elles choisissaient le risque médical plutôt que le risque judiciaire, et certaines en mouraient.
L’ensemble des Églises chrétiennes s’était opposé au projet. L’Église catholique et l’Église anglicane avaient toutes deux exprimé leur désaccord avec la décision du gouvernement. Malgré cela, l’archevêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, a choisi d’accueillir le résultat du vote avec respect plutôt qu’avec confrontation. “Notre respect de la démocratie n’entame pas cependant notre responsabilité civique. Car même si la loi a donné aux femmes le droit d’éliminer une vie humaine déjà commencée en certaines circonstances, je souhaite de tout coeur que cela ne diminue pas notre devoir à tous, y compris aux femmes, de protéger la vie humaine en toute circonstance”, a-t-il déclaré.
Cette déclaration, dont le texte complet est consultable à l’adresse https://cath.ch/newsf/l-eglise-catholique-respecte-ce-resultat-democratique, traduit la position nuancée adoptée par l’institution: accepter le verdict démocratique sans renoncer à ses convictions ni à son engagement auprès des femmes en difficulté.
Mgr Piat a précisé que l’Église catholique entendait poursuivre son action sur le terrain, en dehors de toute confrontation politique. Trois axes concrets ont été évoqués: promouvoir la prise de conscience du devoir civique de protéger la vie humaine, développer des réseaux de solidarité pour accompagner les femmes en détresse, et intensifier le travail d’éducation des jeunes à une sexualité responsable. L’archevêque a insisté sur la nécessité de renforcer cette solidarité pour que la protection de la vie humaine soit réellement efficace au quotidien. Des mots qui s’adressent moins aux parlementaires qu’aux communautés de base.
Le vote du 12 juin s’inscrit ainsi dans une histoire mauricienne marquée par un drame humain singulier. La mort d’une femme, seule face à une grossesse qu’elle ne pouvait ni assumer ni interrompre légalement, a pesé sur les consciences et orienté le débat public pendant trois ans. La loi adoptée ne résout pas toutes les tensions morales que soulève la question de l’avortement dans cette société à forte tradition religieuse, mais elle modifie concrètement les conditions dans lesquelles certaines femmes pourront désormais être prises en charge. La question qui reste ouverte est celle-ci: les réseaux de solidarité que l’Église appelle de ses voeux seront-ils assez solides pour atteindre celles que la loi, même assouplie, laisse encore sans recours?