Humiliés et mis à l'écart, les élus des 211 fédérations Fifa brisent le silence
Océanie

Humiliés et mis à l'écart, les élus des 211 fédérations Fifa brisent le silence

Des représentants de fédérations nationales, tenus à l'écart d'un projet majeur, obtiennent des excuses officielles de la Fifa.

Une gifle. C’est le mot qui résume le sentiment des représentants élus des 211 associations membres de la Fifa après la semaine écoulée. Ces hommes et ces femmes, mandatés par leurs fédérations nationales pour peser sur les grandes orientations du football mondial, ont appris par la presse l’existence d’un projet qui les concernait directement, sans en avoir été informés au préalable. Pour eux, la réunion de crise convoquée le mercredi 6 août 2026 au complexe Mohammed VI de Salé, près de Rabat, siège africain de la Fifa, était donc bien plus qu’une formalité administrative.

La réunion n’était pas ouverte à la presse.

Ce qui en est ressorti, rendu public en fin de soirée par communiqué, tient en trois points : des excuses, des garanties pour l’avenir, et une réaffirmation du soutien à Gianni Infantino, le président italo-suisse de 56 ans qui dirige l’institution depuis dix ans.

La semaine précédente, Infantino avait annoncé, à la surprise générale, vouloir créer une entité extérieure baptisée Fifa Forward Enterprise (FFE) pour gérer les activités commerciales de l’institution et ses grandes compétitions, dont les Coupes du monde, en ouvrant la porte à des investisseurs privés. Le projet, révélé d’abord par la presse, avait provoqué une levée de boucliers dans l’ensemble du football organisé. La confédération européenne UEFA avait été parmi les premières à s’y opposer, brandissant même la menace d’un boycott des Coupes du monde et déclarant avoir “perdu confiance” en Infantino. La Concacaf, confédération nord-américaine et des Caraïbes, avait réclamé une “mise à plat complète” de la gouvernance du président. Dans la nuit du vendredi au samedi, la Fifa avait finalement retiré le projet.

Le communiqué publié mercredi reconnaît “que des erreurs ont été commises après la fuite de la proposition dans les médias”. Des excuses ont été présentées, accompagnées d’un engagement à veiller à ce que de tels manquements ne se reproduisent plus. Le texte admet également “qu’il n’était nullement dans l’intention d’exclure le Conseil de la Fifa et les associations membres du processus” et que la situation “aurait dû être gérée différemment”. Malgré ces concessions, le communiqué précise que tout ce qui a été fait l’a été “dans le strict respect du cadre réglementaire de la Fifa”.

Pour les fédérations qui avaient déjà retiré leur soutien à Infantino, celles de Finlande, du pays de Galles, de Serbie et de Suède notamment, ces explications restent à apprécier.

Les pressions de la semaine n’étaient pas venues uniquement du monde du football. Le mercredi même, le Premier ministre canadien Mark Carney avait rejoint la voix du dirigeant britannique Andy Burnham pour critiquer ouvertement le patron de la Fifa. “Je n’ai certainement aucune confiance en M. Infantino, après ce qui s’est passé”, avait déclaré Carney, ajoutant que “l’idée qu’une bonne gouvernance consiste à ne pas divulguer d’informations à ses plus proches conseillers, c’est fatal”. Le vendredi précédent, Burnham avait estimé qu’Infantino était “la mauvaise personne pour diriger” la Fifa.

Au sein même de l’institution, plusieurs cadres avaient pris leurs distances. Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial à la Fifa, avait publiquement marqué son désaccord. Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, avait démissionné le vendredi, déclarant s’opposer “catégoriquement” au projet. Mattias Grafström, secrétaire général de la Fifa, avait pour sa part écrit aux salariés de l’institution pour regretter “une série d’événements tristes et condamnables”.

Malgré tout cela, la direction collégiale de la Fifa a choisi de refermer les rangs. Le communiqué affirme que “les membres du Conseil de direction présents ont réaffirmé leur plein soutien au président de la Fifa, Gianni Infantino, en tant que seul responsable élu par les 211 associations membres”. Infantino, de son côté, a exprimé “son plein soutien au Secrétaire général Mattias Grafström et à l’Administration de la Fifa pour leur travail indispensable et remarquable”. Une réconciliation affichée, du moins pour le moment.

La soirée de mercredi avait également un volet plus ordinaire pour Infantino, qui s’était rendu au stade de Rabat pour assister au match Zambie-Malawi dans le cadre de la Coupe d’Afrique des nations féminine. Le reportage complet sur les coulisses de cette réunion de crise est disponible à l’adresse https://www.lalibre.be/sports/football/coupe-du-monde/2026/08/06/apres-une-reunion-de-crise-au-maroc-la-fifa-reconnait-des-erreurs-et-presente-des-excuses-7ZL5SU3VUBF7DFQYHMLS3IIE4U/

L’élection à la présidence de la Fifa est prévue en mars 2027, là encore à Rabat. Infantino demeure le seul candidat déclaré à sa propre succession et aura besoin d’une majorité des 211 fédérations membres pour décrocher un nouveau mandat de quatre ans, qui serait aussi son dernier. Pour les représentants de ces fédérations, qui ont vécu cette semaine comme une mise à l’écart, la vraie question est celle-ci : les promesses formulées à Salé suffiront-elles à restaurer la confiance perdue en l’espace de quelques jours à peine ?

Questions-réponses

Pourquoi les représentants des fédérations membres se sont-ils sentis humiliés cette semaine?

Ils ont appris par la presse l'existence du projet Fifa Forward Enterprise (FFE), qui les concernait directement, sans en avoir été informés au préalable par la direction de la Fifa.

Qu'a décidé la réunion de crise tenue à Salé le 6 août 2026?

La réunion a abouti à trois points: des excuses pour les manquements commis, des garanties pour éviter que de telles situations se reproduisent, et une réaffirmation du soutien collectif à Gianni Infantino.

Quelles fédérations nationales avaient retiré leur soutien à Infantino avant la réunion?

Les fédérations de Finlande, du pays de Galles, de Serbie et de Suède avaient notamment retiré leur soutien à Infantino, et les explications fournies à Salé restent pour elles à apprécier.

Quel est l'enjeu pour Infantino et les fédérations membres à l'horizon 2027?

L'élection à la présidence de la Fifa est prévue en mars 2027 à Rabat. Infantino, seul candidat déclaré à sa propre succession, aura besoin d'une majorité des 211 fédérations membres pour décrocher un nouveau mandat de quatre ans, qui serait aussi son dernier.

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