Les habitants de Ceuta en attente, leurs ministres absents du débat européen sur la crise

Les habitants de Ceuta en attente, leurs ministres absents du débat européen sur la crise

Les résidents de Ceuta vivent la crise au quotidien, pendant que les responsables politiques esquivent le débat.

À Ceuta, pendant que les élus débattaient jeudi dans une salle virtuelle du Parlement européen, les habitants de la ville continuaient d’attendre. La crise migratoire qui a bouleversé leur quotidien est depuis devenue le terrain d’un affrontement politique entre formations espagnoles et institutions européennes, sans que les ministres les plus directement responsables du dossier daignent se présenter.

Fernando Grande-Marlaska, ministre de l’Intérieur, et Elma Saiz, ministre chargée des Migrations, avaient tous deux décliné l’invitation à participer à ces échanges en ligne.

L’absence des deux ministres n’est pas passée inaperçue.

Javier Zarzalejos, président de la commission des libertés civiles et député européen du Parti populaire, parti d’opposition espagnol de centre-droit, avait convoqué la session. Il a dit comprendre les contraintes liées à la gestion de la crise, avant d’ajouter : « Je trouve profondément regrettable que tous deux aient décliné notre invitation. » Lena Düpont, eurodéputée allemande de centre-droit, a estimé que cette absence était un choix délibéré. « Cela aurait pu nous aider à mieux comprendre la situation », a-t-elle dit. Assita Kanko, eurodéputée belge du groupe national-conservateur CRE, a qualifié d’« étonnant » et de « regrettable » que Grande-Marlaska n’ait pas trouvé le temps de participer, résumant l’attente de nombreux élus : « Nous voulons comprendre comment cette crise a pu se produire. »

Du côté du gouvernement de Pedro Sánchez, la riposte a été nette. Juan Fernando López Aguilar, eurodéputé du PSOE, a contesté la légitimité même de la réunion, convoquée selon lui grâce à une majorité allant du centre à l’extrême droite. « Il s’agit d’un détournement sans précédent des procédures parlementaires, dans le but évident de harceler le gouvernement espagnol, ce qui est tout à fait injuste », a-t-il déclaré, rappelant qu’il revient au Parlement espagnol, et non européen, de demander des comptes aux ministres nationaux. Il a néanmoins tenu à ancrer le débat dans le réel : « Le gouvernement espagnol se concentre pleinement sur la situation qui se déroule à Melilla et sur la sécurité et la prise en charge des migrants non accompagnés qui se trouvent encore à Ceuta. »

Pour justifier l’absence de Grande-Marlaska, un porte-parole du ministre a précisé qu’il présidait ce même jeudi un comité national de coordination consacré à la préparation de l’éclipse solaire du 12 août, une réunion précédemment reportée en raison de l’état d’urgence national déclaré lors des feux de forêt. Le porte-parole a aussi rappelé que le ministre avait participé mardi à une réunion ministérielle européenne en ligne de trois heures. Lors d’une conférence de presse tenue après la session, il a indiqué que la grande majorité des personnes entrées illégalement sur le territoire espagnol sont depuis reparties, et qu’il n’y a jamais eu de risque que des migrants atteignent l’Europe continentale.

En l’absence des ministres, seuls deux invités officiels ont pris la parole : Juan Jesús Vivas, le maire de Ceuta, et Magnus Brunner, commissaire européen chargé des migrations. Brunner en a profité pour renouveler ses critiques à l’égard du projet du gouvernement espagnol de régulariser des centaines de milliers de migrants. Tout en reconnaissant que cette décision relève entièrement de la compétence de l’Espagne et que les demandeurs sont pour la plupart originaires d’Amérique latine et parlent donc espagnol, il a estimé que « ce n’est pas un bon signal pour le reste de l’Europe ».

Pendant ce temps, trois groupes politiques situés à droite du PPE, dont les Patriotes pour l’Europe, ont demandé en vain la convocation d’une session plénière d’urgence cet été pour débattre de la crise. La demande n’a pas abouti. Une analyse complète de la réunion est disponible à l’adresse https://euractiv.com/fr/news/la-droite-attaque-les-ministres-espagnols-pour-avoir-manque-la-reunion-de-lue-sur-ceuta/.

À Ceuta, la question reste entière : quand les débats institutionnels se traduiront-ils en réponses concrètes pour ceux qui vivent cette crise au quotidien ?

Questions-réponses

Pourquoi les habitants de Ceuta sont-ils au cœur de cette actualité ?

La crise migratoire a bouleversé leur quotidien, et ils attendent des réponses concrètes de la part des institutions, alors que les débats politiques se déroulent loin de leur réalité.

Quels ministres espagnols ont refusé de participer à la réunion européenne, et pourquoi ?

Fernando Grande-Marlaska et Elma Saiz ont tous deux décliné l'invitation. Pour Grande-Marlaska, un porte-parole a invoqué la présidence d'un comité de coordination pour la préparation de l'éclipse solaire du 12 août, une réunion précédemment reportée en raison des feux de forêt.

Qui a pris la parole lors de la réunion en l'absence des ministres ?

Seuls deux invités officiels se sont exprimés : Juan Jesús Vivas, le maire de Ceuta, et Magnus Brunner, commissaire européen chargé des migrations.

Quelle est la position du gouvernement espagnol sur la situation des migrants à Ceuta ?

Selon le député européen du PSOE Juan Fernando López Aguilar, le gouvernement espagnol se concentre sur la situation à Melilla et sur la sécurité et la prise en charge des migrants non accompagnés encore présents à Ceuta. Un porte-parole du ministre a précisé que la grande majorité des personnes entrées illégalement sont depuis reparties.