150 000 Réunionnais mal logés : 43,5 millions d'euros pour changer leur quotidien
Océanie

150 000 Réunionnais mal logés : 43,5 millions d'euros pour changer leur quotidien

Des dizaines de milliers de familles réunionnaises face à une enveloppe logement réduite de moitié.

Pour Marlène, pour ses voisins de Saint-Denis, pour les quelque 50 000 ménages réunionnais qui attendent un logement, le chiffre publié à l’occasion du séminaire du 19 août 2025 résonne comme une évidence douloureuse : 150 000 habitants souffrent du mal-logement sur l’île. Ce ne sont pas des statistiques abstraites. C’est la vie quotidienne, les fins de mois impossibles, les familles entassées, les années d’attente.

Et pourtant, les ressources consacrées à leur situation se sont effondrées. La ligne budgétaire unique, dite LBU, constitue le principal levier de financement public du logement social outre-mer. En 2024, elle s’élevait à 85 millions d’euros pour La Réunion. En 2025, à 78 millions. Cette année, l’enveloppe notifiée au préfet Patrice Latron atteint 43,4 millions d’euros d’autorisations d’engagement. Quasi moitié moins qu’en 2024.

Ce recul frappe une population déjà massivement dépendante de l’aide publique. Selon les chiffres cités par la Région, 75 % des Réunionnais sont éligibles au logement social, et 85 % des demandeurs sont éligibles au logement très social. Ce ne sont pas des situations marginales. Ce sont des familles ordinaires, des travailleurs, des parents, des personnes âgées, qui n’ont pas d’autre recours que le parc social.

Huguette Bello, présidente de la Région Réunion, ne mâche pas ses mots. Dans un communiqué publié mardi, elle a salué la notification des 43,4 millions comme une avancée par rapport aux 27 millions initialement envisagés pour l’île dans l’enveloppe nationale 2026, tout en prévenant que “le compte n’est toujours pas bon”. Elle a mis en garde contre la tentation de minimiser ce que cette baisse change concrètement : “Les impacts d’une telle baisse sur les opérations programmées et sur l’activité économique ne doivent pas être sous-estimés.” Elle réclame la tenue d’Assises du logement à La Réunion, rappelant que le financement du logement social sur l’île repose presque exclusivement sur la LBU, et que “le maintien et le renforcement de la LBU sont des conditions impératives pour soutenir une politique du logement à la hauteur réelle des besoins”.

Ce que cela signifie sur le terrain, c’est simple : moins de logements construits, des files d’attente qui s’allongent, des familles qui vivent plus longtemps dans des conditions indignes.

Face à cette réalité, le préfet Patrice Latron a appelé, lors du séminaire du 19 août, à repenser en profondeur les façons de construire. La préfecture évoque la nécessité d’une “mobilisation partenariale élargie, bien au-delà des seuls bailleurs sociaux”, en s’appuyant sur des partenariats public-privé, une optimisation des ressources financières, de nouveaux modèles architecturaux et constructifs, ainsi que sur les matériaux locaux et biosourcés. Le contexte budgétaire contraint, selon la préfecture elle-même, “invite l’ensemble des acteurs de la filière à réinterroger le modèle actuel”.

Dans cet esprit, un appel à projets intitulé “Habitats innovants et durables à La Réunion” a été présenté lors du séminaire. Il vise à favoriser la production de logements abordables en nombre important, à réduire les coûts de construction et d’exploitation, à structurer des filières locales de matériaux et de savoir-faire, et à contribuer à l’insertion professionnelle. Le lancement est prévu dès septembre, et les lauréats seront connus au deuxième trimestre de 2027.

Le séminaire a également permis d’aborder le troisième programme de renouvellement urbain porté par l’ANRU, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Ce programme figure dans le projet de loi “Relance logement” présenté fin juin en Conseil des ministres, avec une enveloppe prévisionnelle de 5 milliards d’euros pour l’ensemble de la France. Il prévoit des mesures de simplification des normes susceptibles de faciliter l’accès aux financements de l’Agence nationale de l’habitat et de la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement. Le texte pourrait être adopté avant la fin de l’année.

Pour les dizaines de milliers de ménages qui attendent un toit à La Réunion, ces annonces ouvrent un chemin long et incertain. Ce qui reste à mesurer, c’est à quelle vitesse ces nouveaux modèles de construction pourront réellement déposer des clés dans des mains qui les attendent depuis des années.

Questions-réponses

Combien de Réunionnais sont touchés par le mal-logement et combien attendent un logement social ?

Selon les chiffres cités lors du séminaire du 19 août 2025, 150 000 habitants souffrent du mal-logement à La Réunion, et environ 50 000 ménages sont en attente d'un logement social.

De combien la ligne budgétaire unique (LBU) a-t-elle été réduite entre 2024 et 2025 ?

La LBU est passée de 85 millions d'euros en 2024 à 43,4 millions d'euros notifiés au préfet en 2025, soit une baisse de quasi moitié. Elle s'élevait à 78 millions en 2025 avant cette nouvelle notification.

Quelle est la position d'Huguette Bello face à cette baisse de financement ?

La présidente de la Région Réunion a salué la notification des 43,4 millions comme une avancée par rapport aux 27 millions initialement envisagés, mais a averti que 'le compte n'est toujours pas bon'. Elle réclame des Assises du logement et insiste sur le maintien et le renforcement de la LBU comme conditions impératives.

Quelles solutions sont envisagées pour compenser la baisse des financements publics ?

Le préfet Patrice Latron a appelé à une mobilisation partenariale élargie, incluant des partenariats public-privé, de nouveaux modèles architecturaux, des matériaux locaux et biosourcés. Un appel à projets 'Habitats innovants et durables à La Réunion' doit être lancé dès septembre, avec des lauréats annoncés au deuxième trimestre de 2027.

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