Ratsietison, le "grand frère" qui porte la colère silencieuse des Malgaches ordinaires
Un économiste malgache porte les espoirs déçus de citoyens privés d'eau, d'électricité et de pouvoir d'achat.
Jean-Jacques Ratsietison : la voix des Malgaches ordinaires face à un système qu’il refuse d’accepter
Ses admirateurs l’appellent “Zoky Jean-Jacques”, autrement dit “grand-frère” en malgache. Ce surnom affectueux dit beaucoup sur la place que Jean-Jacques Ratsietison occupe dans l’imaginaire populaire de Madagascar. Pour les citoyens qui subissent chaque jour les coupures d’eau, les pannes d’électricité et un coût de la vie de plus en plus insoutenable, cet économiste spécialiste de l’audit d’entreprises à l’international représente quelque chose de rare : une voix réputée intègre, qui parle leur langue et nomme leurs souffrances.
C’est dans ce contexte que les revendications populaires de 2025 ont éclaté. Pour Ratsietison, artisan du changement de régime de septembre 2025 et observateur amer de ce qui a suivi, les attentes du peuple étaient limpides : de l’eau, de l’électricité, un pouvoir d’achat digne de ce nom. Dix mois après l’avènement du régime transitoire, aucun progrès notable n’est enregistré sur ces fronts. La junte militaire se défend en affirmant que soixante ans de dégâts accumulés ne peuvent se réparer en quelques mois. Ratsietison rétorque qu’il existait un levier immédiat, délibérément ignoré : la suppression du Marché interbancaire de devises, le MID.
Ce mécanisme est au coeur de sa pensée depuis plus d’une décennie. L’économiste intervient de longue date dans le débat public malgache, portant des analyses sur le développement économique du pays. Il a même fondé un parti politique baptisé FMI Malagasy, dont la traduction est “Du pouvoir d’achat pour tous les Malgaches”, précisément pour diffuser cette conviction : le MID appauvrit le peuple en favorisant les fuites de capitaux. Malgré un écho grandissant auprès du grand public, les gouvernants successifs ont systématiquement décliné ses offres de service.
La mécanique qu’il décrit est concrète dans ses effets sur les ménages. Selon lui, l’État ne dispose que de deux voies pour obtenir de l’ariary. La première consiste à acheter sa propre monnaie avec des devises étrangères via le MID, un mécanisme qu’il qualifie d’aberrant. La seconde repose sur l’émission de bons du trésor assimilables, les BTA, que seules les banques peuvent acquérir en raison de la paupérisation généralisée de la population. Ces banques créent elles-mêmes la liquidité nécessaire par un jeu d’écriture, ou se tournent vers la Banque Centrale. Dans les deux cas, résume Ratsietison, “celui qui prête l’argent n’en possède pas” et c’est toujours le citoyen ordinaire qui règle la facture.
Le profil de l’économiste, et ses arguments dans leur intégralité, sont accessibles à l’adresse suivante : https://mondafrique.com/economie/madagascar-portrait-dun-economiste-integre/
Sur la question des fuites de capitaux, Ratsietison s’appuie sur des sources américaines estimant qu’entre 2013 et 2022, quelque 20 milliards de dollars auraient quitté Madagascar. Il accuse par ailleurs le MID d’avoir facilité l’absorption d’un détournement de 3,8 millions d’ariary, soit environ 900 millions de dollars, récemment révélé par la Cour des Comptes et impliquant selon lui Andry Rajoelina et Ravatomanga. Le mécanisme invoqué est précis : une ligne budgétaire intitulée “soutien au développement”, dotée de 300 milliards d’ariary par an et créée sous le premier ministre Ntsay Christian, aurait permis de transférer progressivement des fonds à l’étranger par le biais de surfacturations et de conversions via le MID.
Aux détracteurs qui l’accusent de vouloir fermer Madagascar aux devises étrangères, Ratsietison répond que la suppression du MID stopperait les sorties illicites sans bloquer les entrées. L’or, les mines, les exportations, toutes ces ressources resteraient disponibles pour procurer des devises au pays. Il plaide également pour une renégociation urgente des contrats miniers qu’il juge léonins : Madagascar ne perçoit que les impôts sur l’activité des géants miniers, sans toucher aucune part sur la valeur des minerais extraits. Bien géré, estime-t-il, le patrimoine national suffirait à affranchir le pays des emprunts internationaux.
Sa vision de la relance économique passe aussi par une politique massive de projets immobiliers. Comme l’abolition du MID, cette idée est restée lettre morte sous les régimes successifs. Pour les Malgaches ordinaires qui attendent toujours l’eau courante et une facture d’électricité supportable, Jean-Jacques Ratsietison demeure à la fois un espoir et le témoin d’occasions manquées. La question qui plane sur Madagascar est simple et brûlante : combien de temps encore le “grand-frère” devra-t-il attendre que quelqu’un l’écoute vraiment ?
Questions-réponses
Pourquoi les Malgaches ordinaires font-ils confiance à Jean-Jacques Ratsietison ?
Ils le perçoivent comme une voix réputée intègre qui parle leur langue et nomme leurs souffrances quotidiennes, notamment les coupures d'eau, les pannes d'électricité et le coût de la vie insoutenable. Son surnom affectueux 'Zoky Jean-Jacques', qui signifie 'grand-frère' en malgache, reflète cette proximité avec le peuple.
Quelles sont les conditions de vie concrètes que Ratsietison dénonce pour les ménages malgaches ?
Les citoyens subissent chaque jour des coupures d'eau, des pannes d'électricité et un pouvoir d'achat de plus en plus dégradé. Dix mois après l'avènement du régime transitoire de 2025, aucun progrès notable n'est enregistré sur ces fronts essentiels.
Comment le mécanisme du MID affecte-t-il concrètement le citoyen ordinaire selon Ratsietison ?
Selon lui, l'État obtient de l'ariary soit en achetant sa propre monnaie via le MID, soit en émettant des bons du trésor (BTA) que seules les banques peuvent acquérir en raison de la paupérisation généralisée. Dans les deux cas, c'est toujours le citoyen ordinaire qui règle la facture, car celui qui prête l'argent n'en possède pas réellement.
Quel parti politique Ratsietison a-t-il fondé et dans quel but ?
Il a fondé un parti baptisé FMI Malagasy, dont la traduction est 'Du pouvoir d'achat pour tous les Malgaches', précisément pour diffuser sa conviction que le MID appauvrit le peuple en favorisant les fuites de capitaux.